Publié le 09 mars 2015

EMPREINTE TERRE

Perturbateurs endocriniens : un coût d'au moins 150 milliards d'euros pour l'Europe

150 milliards d'euros : c'est le chiffre choc d'une étude publiée le 6 mars dernier. Il s'agit du montant estimé du coût des perturbateurs endocriniens pour la société européenne. Un coût probablement en deçà de la vérité. En effet, l'incertitude liée à la difficulté de quantifier les effets sanitaires connus de ces substances chimiques a conduit les scientifiques à écarter de nombreux produits et maladies. Explications.

Photo d'illustration
iStock

Une vingtaine de chercheurs américains et européens vient d'évaluer l'impact économique des effets sanitaires des perturbateurs endocriniens : entre 150 et 260 milliards d'euros, soit entre 1,2% et 2 % du PIB européen, selon les conclusions publiées le 6 mars 2015.

Leur travail s'est basé sur les nombreuses études épidémiologiques et toxicologiques disponibles. En interférant avec les mécanismes hormonaux, les perturbateurs endocriniens sont en effet responsables de multiples pathologies (obésité, diabète, troubles neuro-comportementaux, troubles de la fertilité, cancers...). 

 

Le coût de la perte de QI

 

La somme totalise les coûts directs de la prise en charge médicale et les coûts indirects liés à la perte de productivité de la population.

Près de 85% du coût total concerne l'exposition aux organophosphorés, des produits toxiques présents dans les pesticides. Les chercheurs ont évalué le manque à gagner lié à la perte de capacité intellectuelle suite à une exposition à ces substances.

"L'évaluation du coût d'une perte de quotient intellectuel pour la société est un calcul solide. Il a déjà été utilisé pour évaluer les impacts économiques du plomb et du mercure", explique Martine Bellanger, économiste à l'EHESP (École des Hautes Études en Santé Publique) qui a participé à l'étude.

Le deuxième coût le plus important est lié aux conséquences des phtalates sur l'obésité des adultes. Viennent ensuite d'autres effets des phtalates, notamment responsables de mortalités précoces et d'une baisse de la fertilité masculine. Pour évaluer l'impact économique de cette dernière, les scientifiques ont pris en compte les coûts de la procréation médicale assistée.

Concernant le bisphénol A, interdit dans les contenants alimentaires en France depuis janviers 2015, l'étude évalue leur effets sur l'obésité infantile. Les impacts économiques liés aux effets des phtalates et du bisphénol A s'élèvent à 26 milliards d'euros.

C'est la première fois que des scientifiques se lancent dans une telle évaluation économique. Car si les effets délétères des perturbateurs endocriniens sont aujourd'hui connus, les liens de cause à effet sont difficiles à quantifier pour des maladies dont les origines peuvent être multiples.

Pour cela, les scientifiques ont appliqué une méthode déjà utilisée dans d'autres domaines, et consistant à évaluer le poids de la preuve, en particulier par l'évaluation de la diminution des maladies concernées si l'exposition à ces produits chimiques est supprimée.

 

Un chiffre sous-estimé

 

Cette méthode complexe a conduit les chercheurs à ne tenir compte que des effets les plus certains.

Le cancer des testicules n'a pas été comptabilisé par exemple, car la probabilité du lien de cause à effet était trop faible, même si la responsabilité des perturbateurs endocriniens est avérée. D'autres maladies, notamment les cancers hormono-dépendants (comme les cancers du sein ou de la prostate), ont également été écartées à cause du manque de données.

Par ailleurs, seuls quelques perturbateurs endocriniens ont été évalués, parmi les centaines qui sont aujourd'hui présents dans notre environnement. Là encore, faute de certitudes.

Ainsi, si le coût total est énorme, il est probablement en deçà de la réalité. "Le chiffre est sous-estimé", confirme le toxicologue Robert Barouki, directeur de l'unité "pharmacologie, toxicologie et signalisation cellulaire" à l'INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale).

Cette évaluation économique vient donc fournir de nouveaux arguments aux partisans d'une réglementation plus sévère des perturbateurs endocriniens.

Le dossier est aujourd'hui dans les mains de la Commission européenne, qui a commandé depuis bientôt un an une évaluation de l'impact économique pour les entreprises d'une restriction de l'usage de ces produits. Le chiffrage des coûts pour la société va sans aucun doute relativiser ce dernier. 

Magali Reinert
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