Publié le 30 novembre 2014

EMPREINTE TERRE

Maladies chroniques environnementales : quelle prise de conscience du gouvernement?

En ouverture de la conférence environnementale, François Hollande a annoncé un "siècle de l’hygiène chimique". Autrement dit, réduire l’exposition des citoyens aux substances chimiques pour endiguer l’épidémie de maladies chroniques. Si aucune mesure emblématique n’est sortie de la table ronde environnement et santé, les associations se félicitent d’une ouverture du ministère de la Santé à ces questions.

A Godewaersvelde, dans le nord de la France, un fermier répand des pesticides avec son tracteur en juin 2013.
© Philippe Huguen / AFP

"Le XXe siècle a été l'ère de l'hygiène bactériologique. Le XXIe siècle doit être celle de l'hygiène chimique." C'est l'ambition formulée par François Hollande en ouverture de la Conférence environnementale. L'événement s'est tenu à Paris les 27 et 28 novembre.

L’expression renvoie au succès du mouvement hygiéniste du XIXe siècle qui, en limitant l’exposition aux bactéries par l'installation du tout-à-l’égout, le traitement des eaux, l'hygiène corporelle..., a permis de réduire les maladies infectieuses.

En parlant d’hygiène chimique, le chef de l’État entérine la responsabilité des substances chimiques dans l’épidémie des maladies chroniques telles que cancers, diabètes, troubles cardiovasculaires. Et il s’engage à réduire l’exposition des citoyens aux polluants chimiques.

 

Le gouvernement va amender son projet de loi de santé publique

 

La référence satisfait les associations, qui réclament depuis des années la prise en compte des polluants chimiques dans les dossiers de santé.

Ces organisations, tout comme les parlementaires engagés sur ces questions, saluent aussi le revirement de la ministre de la Santé, Marisol Touraine, sur la santé environnementale. Le gouvernement s’est en effet engagé à amender son projet de loi sur la santé publique, présenté en Conseil des ministres mi-octobre 2014, pour y ajouter un volet environnement.

Si le contenu de ce volet n'est pas encore connu, la portée politique de cette initiative mérite d’être soulignée. Mais elle devra être suivie d'actes concrets. Le gouvernement a déjà présenté trois plans nationaux de santé environnementale (PNSE). Leur traduction législative se fait attendre.

 

Reconnaissance de la notion d’exposome

 

Ce terme, que même la secrétaire d’Etat à la Recherche, Geneviève Fioraso, a admis découvrir à l’occasion de la table ronde, réunit l’ensemble des expositions au cours de la vie d’un individu. Son utilisation en santé environnementale permet de reconnaître l’impact sanitaire de tous les polluants (pesticides, perturbateurs endocriniens, nanoparticules...). "Mais encore faut-il collecter et interpréter les données concernant ces expositions", souligne André Cicolella du Réseau Environnement Santé.

Depuis la disparition de l’Institut français de l’environnement, en 2008, dissous par décret par le gouvernement Raffarin, la France n’a plus les moyens d'assurer une veille environnementale nationale. Une lacune qui dément toute ambition politique sur le sujet, admet le toxicologue.

Au-delà des discours, aucune mesure emblématique n’est venue appuyer cette conversion du gouvernement à la santé environnementale. Pour mémoire, il n’y avait pas eu de table ronde sur le sujet en 2013.

 

Réévaluer la toxicité des néonicotinoïdes

 

Sur les perturbateurs endocriniens et les nanotechnologies, la ministre de l’Ecologie Ségolène Royal s’est engagée à porter ces sujets au niveau européen. En particulier en posant sur la table une définition des perturbateurs endocriniens, afin de pousser à l’adoption d’une réglementation à Bruxelles. Depuis l’interdiction française du bisphénol A, l’Hexagone est en pointe sur cette question en Europe.

Concernant les pesticides, le gouvernement s’est engagé à respecter le calendrier européen sur la réévaluation de la toxicité des néonicotinoïdes. Incriminés dans la forte mortalité des insectes, ces pesticides sont interdits par un moratoire européen jusqu’en septembre 2015.

L’Agence nationale de la sécurité sanitaire (Anses) contribuera à apporter de nouvelles évaluations, qui détermineront la reconduite du moratoire. 

 

Ondes et OGM absents des débats 

 

Il reste enfin les sujets qui n’auront pas été traités.

Les ondes, d’abord, alors que les études scientifiques sont formelles sur leur impact sanitaire. Depuis le Grenelle des ondes, en 2009, plusieurs décrets sont toujours attendus, en particulier concernant la reconnaissance de la maladie d’hypersensibilité aux champs électromagnétiques (EHS).

Les organismes génétiquement modifiés (OGM), ensuite. Aucune mesure n'a été retenue à leur sujet, alors qu'en France, les acteurs de la recherche publique continuent de s’opposer sur l’opportunité de travailler sur les biotechnologies.

Magali Reinert
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