Publié le 31 août 2017

EMPREINTE TERRE

La France votera contre une nouvelle autorisation du glyphosate

Nicolas Hulot a tranché. Le ministre de la Transition écologique et solidaire votera contre une nouvelle homologation du glyphosate, le principal agent actif du désherbant Roundup. Une bonne nouvelle pour les associations environnementales qui attendent désormais de la France un fort lobbying auprès des autres pays membres avant le vote du mois d'octobre. 


Nicolas Hulot donne enfin des gages aux associations environnementales après avoir déçu sur le dossier des perturbateurs endocriniens. L'ONG Générations Futures a annoncé dans un communiqué que le ministre de la Transition écologique et solidaire voterait contre le renouvellement de l’autorisation du glyphosate, le principal agent actif du désherbant le plus vendu au monde, le Roundup. Information que le ministère a confirmée à Novethic. Il précise que cette position était due à "des incertitudes qui demeurent sur la dangerosité du glyphosate". "Mais à ce stade, nous ne pouvons en dire plus", ajoute le ministère.

En juin 2016, la Commission européenne avait prolongé de 18 mois - contre 15 ans demandés par le producteur Monsanto - l’autorisation du glyphosate faute d’accord entre les États membres. La France et Malte s’étaient opposés à ce renouvellement. Sept autres pays s’étaient abstenus : Allemagne, Autriche, Bulgarie, Grèce, Italie, Luxembourg et Portugal.

La France "doit faire pencher la balance"

Depuis sa nomination au gouvernement, Nicolas Hulot ne s’était pas clairement positionné sur le sujet mais face à la fronde, il a publiquement affirmé son choix. "Nous avons reçu un appel du cabinet de Nicolas Hulot il y a quelques semaines, après le lancement de notre pétition contre le renouvellement de la licence du glyphosate, nous confirmant que le ministère voterait contre cette homologation. Nous attendions une déclaration officielle, c’est désormais fait", explique Nadine Lauverjat, coordinatrice de Générations Futures, interrogée par Novethic.

Pour l’heure l’association est "très satisfaite" mais reste sur ses gardes. Car les 6 et 7 octobre prochain, date du vote à la Commission européenne, il faudra faire pencher la balance, une majorité qualifiée étant nécessaire. "Nous allons voir si la France arrive à convaincre d’autres États membres mais on ne se fait pas d’illusion. Cela dépend aussi de la position de l’Allemagne", explique Nadine Lauverjat. 

Les conflits d'intérêts des agences d'évaluation de l'UE

Si la majorité des États accorde une nouvelle licence au glyphosate, les réfractaires pourront toujours interdire la substance sur leur territoire. Pour rappel, le CIRC (Centre international de Recherche sur le Cancer) et l’OMS (Organisation Mondiale de la santé) l’ont classé en 2015 comme "cancérogène probable pour l’homme". Mais en mars 2017, l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a estimé que le glyphosate ne pouvait être classé comme substance cancérogène. C’est sur cette expertise que se base désormais la Commission européenne.

Or, un récent rapport de l’ONG Global 2000, rédigé par le toxicologue allemand Dr Peter Clausing, a révélé que les agences d’évaluation de l’Union européenne n’avaient pas pris en compte 7 des 12 études sur la souris et le rat. Celles-ci mettraient en évidence des augmentations de tumeurs au contact du glyphosate. 

D'autant plus surprenant qu'en mars, une soixantaine d'ONG avait pointé des conflits d'intérêt de plusieurs membres du comité d'évaluation des risques (CCR), travaillant à la fois pour l'ECHA et les industriels du secteur. 

Marina Fabre @fabre_marina


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