Publié le 16 mai 2017

EMPREINTE TERRE

Implants contraceptifs Essure : les prémices d’un scandale sanitaire

Troubles neurologiques, palpitations cardiaques, extrême fatigue… Les implants contraceptifs Essure, commercialisés par le géant pharmaceutique Bayer, devront faire l’objet d’une expertise médicale, a estimé le tribunal de Bobigny, le 5 mai, après avoir été saisi par trois plaignantes. Elles seront bientôt des centaines à effectuer la même démarche judiciaire : 400 dossiers sont en préparation. 

L'implant contraceptif Essure, commercialisé par Bayer, est dénoncé par plusieurs patientes pour ses effets secondaires graves
Bayer

Assiste-t-on à un nouveau scandale sanitaire ? Début janvier, trois femmes ont lancé une procédure d’indemnisation liée à l’utilisation du dispositif contraceptif Essure, fabriqué par Bayer HealthCare. Toutes trois ont ressenti de graves pathologies depuis la pose de ces implants composés de nickel-titane et de fibres de PET (polytéréphtalate d'éthylène). Sous forme de ressorts, ils sont placés sans opération dans les trompes de Fallope obstruant ainsi la fécondation.

"Mes règles étaient hémorragiques et dérégulées, j’ai ressenti des inflammations intestinales, des palpitations cardiaques, des troubles neurologiques qui m’empêchaient certaines fois de tenir des propos cohérents… Les symptômes sont arrivés successivement et lentement", raconte à Novethic Marielle Klein, une des plaignantes et présidente de l’association RESIST, Réseau d’entraide, soutien et informations sur la stérilisation tubaire. 

 

Des frais judiciaires à la charge des plaignantes

 

Charles Joseph-Oudin, l’avocat des victimes du Mediator, un spécialiste des questions de santé, a assuré la défense des plaignantes. Les trois femmes ont remporté, le 5 mai, une petite victoire contre la firme pharmaceutique. D’une part, le juge des référés du tribunal de grande instance de Bobigny a estimé qu’il n’y avait pas de prescription des faits, comme le réclamait Bayer. D’autre part, il a missionné un expert médico-judiciaire pour attester de ces effets secondaires.

"On est satisfaits de cette mesure d’expertise", a réagi maître Charles Joseph-Oudin, contacté par Novethic. "Mais nous sollicitions les frais d’expertise à la charge du laboratoire". Sur ce point, ses trois clientes n’ont pas obtenu gain de cause : l’expertise se fera à leur charge.

 

"Les industriels doivent participer à la manifestation de la vérité"

 

Marielle Klein dit ne pas avoir l’argent pour payer cette expertise médicale dont le montant s’élève à 3000 euros. "Cela condamne toutes les femmes qui n’ont pas d’argent mais ont des problèmes avec les implants, à ne pas avoir accès à un procès. Il y a quand même des inégalités financières fortes entre le laboratoire Bayer et nous", estime-t-elle. Une cagnotte Leetchi a d’ailleurs été lancée pour aider Marielle Klein dans sa démarche.

"Il nous semble pourtant important que les industriels participent à la manifestation de la vérité", renchérit maître Joseph-Oudin qui affirme avoir plus de 400 dossiers similaires en préparation dans son cabinet.

Contacté par Novethic, la firme affirme qu’elle "collaborera avec les experts en charge de l’expertise comme elle le fait avec les autorités de santé, afin d’apporter un éclairage complet sur le bénéfice favorable du dispositif médical Essure". Et de souligner : "Bayer se réserve toutefois le droit de faire appel de l’un ou des décisions".

Pour se faire retirer les implants, Marielle Klein a dû subir une hystérectomie, un retrait des trompes et de l’utérus. Depuis, "’j'ai retrouvé 90% de ma condition physique", explique-t-elle. Son but est de faire interdire la commercialisation des implants Essure. Pour l’instant, il s’agit surtout de prouver qu’il y a bien un lien de causalité entre les pathologies et le dispositif de Bayer. "Cette expertise est un passage obligé. L’objectif, à terme, est d’obtenir une indemnisation pour les victimes", espère Charles Joseph-Oudin.

 

Class action aux USA, interdiction au Brésil

 

En France, depuis 2001, plus de 240 000 femmes ont eu recours à la méthode irréversible, Essure. Face à l’augmentation des signalements liés à la pose de cet implant, l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a décidé de placer ce dispositif médical sous surveillance renforcée depuis 2015. Mais elle rappelle qu’elle ne "dispose pas d’élément, à ce stade, permettant de remettre en cause le rapport bénéfice/risque du dispositif".

À ce sujet Bayer tient à rappeler que la sécurité des patientes a toujours été "sa première priorité" et "quelle qu’en soit la cause, les témoignages appellent à une écoute et Bayer est attaché à une juste compréhension de la situation".

Aux États-Unis, cela fait des années que la méthode Essure fait polémique. "Ce sont des lanceuses d’alerte", estime Marielle Klein. Plus de 9500 plaintes ont été déposées auprès de la Food and Drug Administration (FDA). Une action de groupe composée de milliers de plaignantes s’est ainsi constituée et les ventes ont considérablement chuté passant de plus de 70 000 en 2011 à environ 18 000 en 2016.

Le 20 février dernier, l’implant contraceptif a été interdit au Brésil. L’Agence nationale de surveillance sanitaire (Anvisa) affirmait disposer de "preuves technico-scientifiques" prouvant que le dispositif présentait un "risque maximal". 

Marina Fabre
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