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Publié le 21 octobre 2013

EMPREINTE TERRE

En Corse, le nuage de Tchernobyl aurait favorisé les maladies de la thyroïde

Selon l'enquête épidémiologique menée par le professeur italien Paolo Cremonesi sur les conséquences de Tchernobyl sur les populations de Corse, il existe une forte corrélation entre l'exposition aux radiations issues du nuage de Tchernobyl et une augmentation du nombre de pathologies thyroïdiennes.


Le lien de causalité entre le passage du nuage de Tchernobyl et l'augmentation des maladies de la thyroïde sera-t-il bientôt affirmé de manière officielle ? C'est en tout cas la volonté de l'Assemblée de Corse, qui avait commandé en 2012 une étude indépendante sur le sujet. Le 15 octobre 2013, le professeur Paolo Cremonesi, chef de service des urgences médicales de l'hôpital Galliera de Gênes était à l'Assemblée nationale pour défendre les résultats de son étude.

Risque de cancer accru de 28%

Pour mener son étude, l'équipe de médecins italiens a consulté 14 000 dossiers médicaux et s'est finalement appuyée sur les dossiers détaillés de 5 448 patients vivant en Haute-Corse et dans l'est de l'île, des zones particulièrement touchées par le nuage radioactif. Chez l'homme, le rapport indique que le risque de cancer de la thyroïde est augmenté de 28 % chez ceux qui ont été exposés au nuage. En revanche, aucun chiffre significatif n'a été précisé pour les femmes, faute de données significatives.

L'équipe de recherche ne s'est pas limitée aux seuls cancers. Elle a cherché les effets sur d'autres pathologies moins graves. Ainsi, chez les femmes, l'enquête conclut que le risque de thyroïdites (inflammations de la glande thyroïde) est 55 % plus important chez les personnes exposées au nuage. Et chez les hommes, ce risque augmente de 78 %. Toujours chez l'homme, l'exposition au nuage a accru de 64 % le risque de développer un nodule bénin, et de 103 % le risque d'hyperthyroïdisme.

Dans leur analyse, les médecins ont réalisé un focus sur les retombées du nuage sur les enfants. Ainsi, les mineurs corses exposés au nuage ont 62% de risque supplémentaire de souffrir de thyroïdite par rapport aux jeunes non exposés. De même, le risque de développer un nodule bénin est 11,4 % supérieur chez les enfants exposés.

Des conclusions critiquées

Présentée à l'Assemblée de Corse le 4 juillet, l'étude rencontre néanmoins de nombreuses critiques. L'Institut de Veille Sanitaire a par exemple réagi : « Les études ne permettent pas, du fait de la nature des données utilisées et de la méthodologie mise en œuvre, de démontrer un lien de cause à effet entre les niveaux élevés d'incidence des cancers de la thyroïde et l'exposition aux retombées radioactives de l'accident de Tchernobyl. » Même son de cloche chez Jacques Repussard, Directeur général de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire : « L'étude porte sur un ensemble de pathologies. Or, la communauté scientifique internationale estime que seuls les cancers de la thyroïde peuvent être radio induits. »

Paolo Cremonesi reconnait lui-même des lacunes dans son étude, sans remettre en cause les résultats : « Je suis d'accord sur certains aspects des critiques. En effet, certains points méritent d'être approfondis ». Pour cela, le professeur compte sur la communauté scientifique mondiale qui va maintenant étudier en profondeur le rapport. En fonction des critiques émises par des endocrinologues internationaux, le professeur italien en tirera des conclusions. Paul Giacobbi, Député PRG de Haute-Corse, compte en tout cas sur ces résultats étude pour appuyer une proposition de loi qu'il présentera pour la troisième fois devant l'Assemblée nationale. Objectif : établir, enfin, un lien de causalité entre l'exposition aux radiations suite à un accident nucléaire et la maladie ou le décès.

Vingt-sept ans après la catastrophe, on continue donc de découvrir de nouveaux impacts sanitaires. Un long processus qui rappelle qu'il est impossible d'établir des conséquences précises à court terme d'un accident nucléaire. C'est pourquoi, au Japon, les études épidémiologiques qui sont menées depuis Fukushima ne peuvent rendre compte que d'un aperçu des véritables retombées de la catastrophe.

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Céline Oziel
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