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Publié le 23 décembre 2011

EMPREINTE TERRE

Weda Bay : Eramet change de stratégie suite aux campagnes d'ONG

Eramet est la cible d'une coalition d'ONG qui dénoncent son projet d'exploitation d'un vaste gisement de nickel à Weda Bay, en Indonésie. Explications sur la stratégie du groupe avec Catherine Tissot-Colle, directrice de la communication et du développement durable d'Eramet.

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La communication du secteur minier n'est pas à la mesure des enjeux ESG

L'étude Novethic/Be-Linked, qui porte sur 23 entreprises représentant un chiffre d'affaires total de 389 milliards d'euros en 2010, les a réparties en 3 groupes selon le degré de transparence de leur communication. La catégorie des meilleures entreprises réunit AngloAmerican, Vale, BHP Billiton, Rio Tinto, Xstrata et Lonmin. Dans la seconde catégorie (communication partielle) : AngloGold Ashanti, ArcelorMittal, Areva, Fresnillo, Antofagasta, Norilsk Nickel, Rangold, Vedanta, Eramet, Rusal, Boliden et Imerys. Enfin, les plus opaques sont ENRC, Kazakhmys, Evraz, Glencore et Severstal. Concernant leurs relations avec les ONG, l'étude révèle que 11 groupes sur 23 ont mis en place un processus de consultation des parties prenantes, incluant des ONG. Un seul, AngloAmerican, a cependant une politique développée dans ce domaine : il met en œuvre des partenariats avec les ONG sur des questions RSE, consulte les parties prenantes et implique les ONG sur toute la chaîne du projet. Les entreprises du secteur minier sont également peu nombreuses à inclure les ONG dans la gestion de leurs impacts environnementaux, leurs relations sur le sujet demeurant plus conflictuelles que collaboratives. Deux d'entre elles seulement (AngloAmerican et Vale) communiquent clairement sur les évaluations des opérations réalisées en partenariat avec les ONG. Autre point faible du secteur : les politiques de compensation en cas de déplacement des populations. 6 sur 23 affirment avoir un programme de consultation et de compensation, élément pourtant central de leurs impacts sociétaux.

Votre projet Weda Bay en Indonésie vous a rendu beaucoup visible. Les ONG se sont positionnées plus vite que vous avec la campagne intitulée « Une seule planète »*, dont vous avez été la cible. A quoi est du ce décalage?

Catherine Tissot-Colle. Eramet est une entreprise traditionnellement discrète sur internet, mais localement nous entretenons des relations avec les parties prenantes, notamment à Weda Bay. Cette discrétion sur le projet vient du fait que le projet est encore en phase de faisabilité et que, notamment, les études d'impacts sociaux et environnementaux sont en cours. Cependant, nous avons changé de stratégie suite aux campagnes d'ONG contre cette mine de nickel. Notre communication externe sur les nouveaux projets sera plus développée. Nous savons qu'il est légitime que nous soyons interpellés, compte-tenu de nos activités.

Avez-vous l'intention de publier les résultats de ces études d'impacts ?

Tout d'abord, le processus est déjà transparent en soi, puisque nous nous conformons aux standards de la Banque Mondiale. Ensuite, nous avons sollicité et obtenu en juillet 2010 une garantie de la MIGA, l'agence multilatérale de garantie des investissements de la Banque mondiale. L'obtention de cette garantie s'est faite à l'issue d'un processus d'instruction très complet incluant des audits, des visites du site et un dialogue avec les parties prenantes du projet. C'est une démarche qui a été conduite par une structure indépendante, à la quelle participent des ONG, et dont les résultats sont publics. Elle les publie notamment sur son site internet car ces informations doivent être connues des investisseurs. De notre côté, nous développons actuellement des sites internet destinés à informer nos parties prenantes sur les projets en cours. L'un concerne l'entreprise Comilog au Gabon et l'autre, bien sûr, concerne le projet Weda Bay. Il sera alimenté au fur et à mesure que les études d'impacts seront réalisées. Mais il faut comprendre qu'à ce stade, nous ne pouvons pas donner toutes les conclusions.

Etes-vous favorable à la création d'un reporting RSE commun au secteur extractif ?

Je soutiens l'idée d'avoir un référentiel commun, qui pourrait répondre aux attentes des observateurs, des analystes et des investisseurs. De plus, nous commençons à recevoir des questionnaires d'agences de notation extra-financières, qui elles-mêmes ne posent pas exactement les mêmes questions... L'harmonisation me semble aujourd'hui nécessaire. Par ailleurs, ces nouvelles thématiques impliquent de nouvelles expertises et compétences qui ne sont pas faciles à trouver. Répondre aux différentes demandes exige du temps et pas mal de travail.

En interne, comment êtes-vous structurés ?

Nous avons une direction Communication et Développement durable, rattaché au PDG du groupe. Je fais partie du Comité exécutif au côté des différentes directions donc bien placée pour faire avancer ces questions. De manière générale, les sujets RSE sont désormais abordés dès la structuration des projets, avec une équipe staffée pour ce volet. Par ailleurs, des pays comme le Gabon et l'Indonésie sont en train de se doter de codes environnementaux aussi exigeants que les réglementations européennes. Ils interpellent également les entreprises sur les questions de RSE. Il faut donc gérer ces aspects en amont, d'autant que les enjeux économiques sont considérables pour les entreprises du secteur. [Le gisement de Weda Bay renfermerait 5,1 millions de tonnes de nickel et il est considéré comme l'un des plus importants du monde. Le projet est évalué à 3 milliards de dollars, ndlr].

Le secteur extractif est beaucoup plus visible depuis quelques années. Comment cette évolution se traduit-elle chez les investisseurs ?

Si certains investisseurs se préoccupent des enjeux ESG, leurs exigences concernent d'abord la rentabilité, notamment dans le contexte de crise financière actuelle. Dans nos assemblées générales de 2010 et 2011, nous n'avons aucune question sur les volets ESG de nos projets.

*La coalition « Une seule planète » rassemble ONG, syndicats et chercheurs d'Europe et de pays du sud (Crid, Les Amis de la terre, Greenpeace, Cgt, Walhi, Congad, Oxfam, ingénieurs sans frontières, Aitec, CCFD...). Elle a lancé cette campagne avec le projet de mine de nickel d'Eramet en Indonésie, qui constitue selon elle « le premier cas d'une série de situations d'exploitation non durable et non équitable des ressources naturelles ».

Cet article a initialement été publié dans Repères RSE n°95 (octobre 2011)

Propos recueillis par Véronique Smée
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