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Publié le 11 janvier 2013

EMPREINTE TERRE

Le parc amazonien de Guyane menacé par une nouvelle mine

Un arrêté du ministère du Redressement productif autorisant l'exploitation de l'or au cœur du parc amazonien de la Guyane française est dénoncé par plusieurs associations de protection de l'environnement. La biodiversité remarquable du lieu est menacée, estiment les ONG.

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La situation délicate des parcs nationaux

Pour France Nature environnement, le cas du permis de Limonade illustre un problème plus large : celui des difficultés que connaissent actuellement les Parcs Nationaux fragilisés par la faiblesse des chartes en cours d'élaboration par les communes dans le cadre de la réforme des parcs nationaux. Une consultation publique sur la Charte du parc amazonien doit d'ailleurs se dérouler du 11 janvier au 11 février.

« Incompréhensible ». C'est ainsi que la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l'Homme qualifie l'arrêté du ministère du Redressement productif (JO du 11 décembre) octroyant un permis d'exploitation à la société aurifère Rexma en plein cœur de la Guyane française. Ce sont en effet 10 km² qui sont ainsi livrés pour 5 ans à cette exploitation minière -particulièrement néfaste à l'environnement-, dans la zone de libre adhésion du parc (Crique Limonade) et à quelques encablures à peine du bourg de Saül, le village-porte du Parc Amazonien.

« Cette décision unilatérale est incompatible avec les textes en vigueur. Elle est aussi en contradiction avec le processus de consultation de la Charte du Parc Amazonien et les objectifs de consultation en cours sur la réforme du code minier », dénonce ainsi FNH qui demande avec FNE (France Nature environnement) et le WWF la pure et simple annulation du permis. En effet, le schéma départemental d'orientation minière (SDOM) interdit l'exploitation minière dans cette zone.

Une biodiversité remarquable

Les conséquences de la mise en service d'une telle mine pourraient être dévastatrices pour l'environnement de ce territoire. « L'étude flore-faune demandée par Rexma lors de sa demande de permis d'exploration montrait notamment qu'1 plante sur 6 rencontrée sur le site du permis est remarquable et que plus de 52 espèces d'amphibiens ont été recensées, ce qui en fait un site de biodiversité remarquable », précise Christian Roudgé, coordinateur de Guyane Nature environnement. Quant à l'exploitation de la mine, elle pourrait entrainer la mise en suspension des sédiments, la pollution, l'altération de la faune piscicole et des chaînes alimentaires ainsi que des impacts sanitaires, énumère FNH.

Par ailleurs, cela semble tout aussi incompatible avec le projet de développement écotouristique de Saül, située à 4 km au sud-ouest du périmètre visé par le permis. En 2006, Rexma, une société française -spécialisée dans l'exploitation des placers aurifères en Amérique du Sud, qui assure intégrer les principes du développement durable dans sa démarche industrielle - avait déjà demandé une autorisation de prospection sur le territoire de la commune. « La population avait clairement montré son opposition viscérale au projet et la municipalité avait alors refusé que la société s'installe à moins de 20 kilomètres du bourg », explique Christian Roudgé. Mais malgré les différents avis négatifs et la démarche parallèle de création du parc national de l'Amazonie par le ministère de l'Ecologie, le ministre de l'Industrie de l'époque (François Loos, actuel directeur de l'Ademe) avait donné son aval.

L'annonce du nouveau permis en décembre dernier a de nouveau secoué la commune qui demande désormais un périmètre de sécurité de 10 km autour du bourg. Seulement, la société envisage de s'implanter à 3,5 km de ce village. Une pétition est donc en circulation depuis décembre 2012 pour soutenir les habitants de Saül et leur maire, Hermann Charlotte. Un millier de personnes a déjà signé le document, dont tous les habitants (une centaine) de la commune, seulement relié par avion et 250 km d'une piste en service de façon intermittente (tout comme les services téléphoniques) au littoral.

Une mobilisation grandissante

Maintenant c'est le niveau national de mobilisation qui est visé. L'alerte des ONG (FNE, FNH, WWF, Guyane Nature Environnement...) soutenue par la députée de Guyane Chantal Berthelot (apparentée PS) et le sénateur maire de Mana Georges Patient (apparenté PS) a été lancé fin décembre avec un courrier envoyé aux ministres de l'Ecologie et du Redressement productif. Interrogé par l'AFP fin décembre, ce dernier avait cependant affirmé que l'arrêté avait été signé le 2 mai 2012, avant l'arrivée d'Arnaud Montebourg au gouvernement. L'arrêté n'ayant pas paru au Journal officiel, la procédure a été normalisée, d'où la date apparaissant sur ledit arrêté, à savoir le 26 octobre, précisait le ministère à l'agence de presse. Au sujet de la zone d'exploitation, le ministre va demander au préfet une réunion de concertation, avait alors complété le ministère. Dont personne n'a entendu parler depuis semble-t-il.

Début janvier en tous cas, plusieurs institutions ou personnalités se sont prononcés contre le permis comme le président de la région Guyane ou le Conseil National de la Protection de la Nature et le Parc national d'Amazonie. Les ONG elles-mêmes insistent pour convaincre le Conseil de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques (Coderst) d'émettre un avis défavorable (non contraignant) à la demande d'autorisation de travaux, indispensable à tout début d'activité de la Rexma. Celui-ci devrait se prononcer début février. Ensuite, ce sera au préfet de région de trancher in fine. En attendant, 3 pelles hydrauliques de Rexma, positionnées à proximité de Saül, attendent de démarrer le chantier.

Actualisation: le 15 janvier 2013, le ministère du Redressement productif fait savoir, dans un communiqué, que « à la suite des positions exprimées quant à l'attribution d'un permis minier à la société REXMA en Guyane, Arnaud Montebourg a souhaité recevoir les élus et les associations pour la protection de l'environnement qui ont fait connaître leurs inquiétudes vis-à-vis de ce projet. Parallèlement à la procédure engagée par le préfet de Guyane, une réunion de travail sera organisée dans les prochains jours au Ministère du Redressement Productif, en lien avec le Ministère des Outre-Mer et le Ministère de l'Ecologie, du Développement Durable et de l'Energie

Après le lancement début juillet d'une enquête par le parquet de Cayenne pour « faux et usage de faux » dans les documents d'expertise environnementale déposés par Rexma, le 23 août 2013, le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg a bloqué l'ouverture des travaux prévus par la société. Le ministre explique craindre « des risques éventuels d'atteinte à l'environnement, à la flore et à la faune si le rapport d'étude devait avoir été effectivement tronqué. Le Préfet de Guyane a, lui, demandé à Rexma de lui apporter « rapidement tous les éclaircissements et précisions ugés utiles » sur le sujet.

Béatrice Héraud
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