Publié le 22 avril 2015

EMPREINTE TERRE

Déforestation au Brésil et en Indonésie : les subventions publiques aux industries dans le viseur de l'ODI

Les subventions accordées par le Brésil et l'Indonésie aux industries responsables de la déforestation sont plus de 100 fois supérieures aux aides internationales pour la conservation de la forêt dans ces mêmes pays, selon un rapport récent de l’ODI (Overseas Development Institute). L’institut de recherche indépendant propose de conditionner les aides de lutte contre la déforestation à la réforme des subventions publiques.

Tracteur dans un champ de soja. L'exploitation est située dans une zone déforestée du Mato Grosso.
© Rodrigo Baleia / AE / Agencia Estado / AFP

La déforestation au Brésil et en Indonésie représente plus de la moitié des pertes mondiales de forêts entre 1990 et 2010. Ces destructions sont dans le collimateur des négociations internationales sur le changement climatique, alors que, ces dix dernières années, la déforestation a été responsable de pratiquement un quart des émissions de gaz à effet de serre.

 

Des aides et subventions qui encouragent la déforestation

 

Un rapport de l'institut de recherche indépendant ODI (Overseas Development Institute), publié le 31 mars 2015, montre cependant que les mécanismes mis en place en 2009 par la Convention des Nations Unies sur le climat pour protéger les forêts sont dérisoires : les subventions accordées par le Brésil et l'Indonésie aux industries responsables de la déforestation restent plus de 100 fois supérieures aux aides internationales pour lutter contre dans ces mêmes pays, selon le rapport.

C’est en effet près de 40 milliards de dollars que les deux pays allouent chaque année à l’agriculture, un secteur largement responsable de la déforestation. Au Brésil, la forêt amazonienne a reculé ces dernières décennies, face au développement de la culture de soja et de l’élevage bovin. En Asie du Sud-Est, et en particulier en Indonésie, la production d’huile de palme, qui a plus que doublé en dix ans, est la principale cause de la destruction des forêts tropicales.

À ces aides agricoles s’ajoutent les subventions au bioéthanol au Brésil et à l’industrie forestière en Indonésie. Toutes ces productions, emblématiques du boom économique de ces pays, représentent des dizaines de milliards de dollars pour les économies nationales.

 

La cause des émissions de gaz à effet de serre toujours ignorée

 

A contrario, les aides accordées à ces deux pays dans le cadre du mécanisme de Réduction des Émissions liées à la déforestation et à la dégradation des forêts tropicales (REDD+) ne font pas le poids. Chaque année, le Brésil et l’Indonésie reçoivent en effet, et respectivement, environ 150 millions de dollars, principalement de la part de la Norvège et de l’Allemagne.

Cette étude illustre l’échec des politiques internationales sur le climat. Des politiques qui ont cherché à régler le problème des émissions de carbone sans s’attaquer aux causes mêmes de ce problème. Les négociations ne parviennent pas à mobiliser pays occidentaux et opérateurs privés pour abonder ce mécanisme de lutte contre la déforestation.

La proposition de l’ODI de conditionner les aides pour la mise en place de Redd+ à la réforme des subventions publiques est moins convaincante. Ce mécanisme, toujours à l’état de projet pilote, est très largement critiqué. Au Brésil, le récent succès de la lutte contre la déforestation est largement le résultat des politiques publiques fédérales, avec en particulier la création d’aires protégées.

Magali Reinert
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