Publié le 01 décembre 2015

EMPREINTE TERRE

COP21 : REI mise sur le bois comme solution d’avenir pour le climat

La construction représente 40 % des émissions mondiales. Il y a donc urgence à se pencher sur la question. Parmi les solutions innovantes mises en place, le bois fait figure de champion avec des émissions réduites de moitié par rapport à une construction classique. REI, une entreprise de 15 salariés installée à Montreuil, en région parisienne, est spécialisée dans la promotion de logements collectifs en bois. Rencontre avec son fondateur, Paul Jarquin.

REI doit livrer 32 logements en bois dans "Le Bourg" à Montreuil d'ici 2017.
Sergio Grazzia

Novethic. Pourquoi avoir choisi le bois ? Quels avantages présente-t-il ?

Paul Jarquin. Dans l’immobilier, il existe deux critères d’éco-performance : la consommation énergétique et les émissions de gaz à effet de serre. Le bois répond parfaitement à ces deux sujets. Il permet de réduire les émissions de 50 à 60 % par rapport à une construction classique et il est douze fois plus performant que le béton pour l’isolation thermique. C’est donc assez naturellement que je me suis tourné vers ce matériau. J’avais aussi une envie très forte de faire les choses autrement, par militantisme écologique. Quand une opportunité s’est présentée sur un terrain à Montreuil, la ville où j’ai grandi, je n’ai donc pas hésité.  

 

Novethic. Depuis la création de votre entreprise en 2009, est-ce que la filière s’est développée ? Est-ce que l’intérêt pour ces constructions est en train de grandir ?

Paul Jarquin. Depuis 2009, nous avons livré cinq immeubles en Ile-de-France, ce qui représente environ 100 logements. Et trois autres opérations démarrent cette année (250 logements). Donc oui, ça bouge, avec notamment une accélération ces deux dernières années. On assiste à une réelle adhésion de la part des collectivités ou même du gouvernement, qui a lancé un Plan Bois. Les acheteurs se montrent aussi de plus en plus intéressés. Et les aménageurs lancent des chartes "construction bois" dans le cadre de leurs appels d’offre. C’est le cas par exemple d’Epamarne, à Marne-la-Vallée qui prévoit de construire 30 % de logements en bois par an, soit 600 sur 1 800, y compris dans le collectif. De même, Euratlantique à Bordeaux se positionne sur ce matériau.  

Il existe donc une dynamique. Un marché est en train de se créer. Il y a un savoir-faire et une volonté politique. Tous les indicateurs sont au vert aujourd’hui pour permettre le développement de la filière, mais il faut encore accélérer le mouvement. Cette année encore, en France, les constructions en bois vont rester sous la barre des 10 %, et celles-ci concernent majoritairement les maisons individuelles, les logements collectifs ne représentant que 3 à 4 % du total.  

 

Novethic. Quels sont les principaux obstacles au développement de la filière bois ?

Paul Jarquin. Ce sont surtout des blocages psychologiques car la culture du béton en France est très forte. Les gens se demandent si les logements en bois vont être aussi résistants, aussi pérennes. Notre travail est de bien communiquer autour de ces sujets. Par ailleurs, il y a le problème de la déforestation. Les gens peuvent se dire que ce n’est pas forcément bon de couper des arbres mais nous disposons en France de la 2e plus grande forêt d’Europe et nous la sous-exploitons. Il faut savoir qu’un arbre qui a 100 ans ne va plus fournir les mêmes services écologiques (capture de CO2). Nous avons besoin d’exploiter notre forêt, de façon durable évidemment, en replantant, pour qu’elle puisse continuer de jouer son rôle de poumon vert. C’est par ailleurs une ressource non délocalisable.  

 

Novethic. D’où vient le bois que vous utilisez dans vos constructions ?

Paul Jarquin. Nous travaillons majoritairement avec des charpentiers installés dans les Vosges qui se fournissent dans les forêts alentour. Au total, on estime que 80 à 85 % du bois utilisé vient de France. Nous nous appuyons également sur le label européen PEFC, qui garantit une gestion durable des forêts. A terme, le marché de la construction en bois a vocation à être très local car il ne sera pas rentable de faire venir du bois de Russie, séché en Chine… Plusieurs labels vont d’ores et déjà dans ce sens.

 

Novethic. En quoi la construction en bois transforme notre façon d’habiter ou de vivre ?

Paul Jarquin. C’est le second pilier de notre démarche. Outre le volet écologique, nous essayons de changer un peu les mœurs et de favoriser le vivre-ensemble. Dans nos constructions, nous avons par exemple installé des buanderies collectives, des parkings électriques communs ou encore des jardins potagers partagés. Nous essayons le plus possible de co-construire avec les futurs acquéreurs mais aussi avec les voisins, de miser sur le travail collaboratif.  

Propos recueillis par Concepcion Alvarez
© 2016 Novethic - Tous droits réservés

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