Publié le 29 juin 2010

EMPREINTE TERRE

Bois certifiés : la difficile mise en œuvre des certifications

Les déboires que connaît actuellement le système de certification PEFC ne font certainement pas les affaires des enseignes du bricolage. Car face à la montée en puissance de la consommation responsable, celles-ci ne peuvent plus faire l'impasse sur la certification de leurs produits. Une démarche encore laborieuse.

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Alors que l'Union Européenne resserre l'étau sur les importations de bois d'origine illégale, les entreprises de la filière s'engagent tour à tour dans des démarches de certifications et d'achats responsables. Un engagement motivé par la protection de leur matière première, mais aussi par la nécessité d'en finir avec cette image de « pilleurs de forêt tropicale » qui a longtemps terni leur réputation. Et pour ce faire, le recours à la certification de leurs produits semble la voie la plus pertinente. Or, deux systèmes internationaux se partagent le marché, Forest Stewardship Council (FSC) et Program for the Endorsement of Forest Certification (PEFC), et rendent parfois la tâche difficile pour les distributeurs et détaillants. De l'avis général, FSC semble plus efficace pour certifier du bois d'origine tropicale, notamment car les critères de certification et de contrôle sont plus contraignants. PEFC, crée en 1999 à l'initiative des forestiers français et finlandais, s'attire de son côté les faveurs des partisans de l'achat local. Mais il est aussi de plus en plus décrié par les associations de protection de l'environnement.


La concurrence des certifications nuit tant aux distributeurs qu'aux consommateurs

Les Amis de la Terre en particulier reprochent à PEFC d'être plus laxiste que son concurrent. Effectivement, pour qu'un forestier obtienne la certification, 70% « seulement » de son bois doit répondre au cahier des charges, quand FSC exige des forestiers tropicaux un taux de 100%. L'association dénonce également des dérives dans les procédures de contrôle par PEFC, allant jusqu'à saisir la DGCCRF mi-juin dernier. PEFC se défend de cette accusation, et assure au contraire que les audits réalisés inopinément chez les propriétaires forestiers se font dans la plus grande rigueur.

Pour autant, le système de certification peine à définir ses futurs standards. En révision depuis décembre dernier, ces standards seront appliqués dès 2011, et devaient être votés le 22 juin dernier. Mais face au trop grand nombre d'amendements déposés, PEFC a préféré reporter l'échéance fin septembre. D'après Cécile Gavier, chargée de mission Forêt chez France Nature Environnement « le nombre d'amendements déposés signifie que les gens ne se sont pas encore assez exprimés et que nous ne pouvons pas trouver un consensus à ce stade ». Et de dénoncer « une grande frilosité des acteurs forestiers qui manquent d'ambition et bloquent tout progrès ».
Car sur les produits issus des zones tempérées, PEFC est en concurrence directe avec FSC. Or, cette concurrence entrave la certification des produits finis ayant été fabriqués à partir de bois issus des deux certifications. Autrement dit, un produit composé de bois FSC et de bois PEFC ne peut arborer aucun des deux labels, alors même qu'il est issu d'un processus de fabrication garant d'une gestion forestière durable. Un casse-tête pour les distributeurs.

Engagé dans des démarches d'achats responsables depuis plus de dix ans, Marc Durand, responsable qualité des produits bois chez Adéo (Leroy Merlin), a pu observer ces rivalités entre FSC et PEFC. « Nous avons essayé, au sein de la Fédération des magasins de bricolage et la Confédération du négoce bois-matériaux de mettre FSC et PEFC autour de la même table, explique-t-il. Mais cela n'a servi à rien. Au final, leur concurrence est vraiment contraignante : chacun a ses propres règles d'étiquetage, ce qui crée la confusion des consommateurs. » Même reproche de la part de Lorenzo Maurizio Ferrero, responsable technique chez Lapeyre. Il en appelle aux associations pour clarifier le message auprès des consommateurs : « La différence entre ces deux certifications est encore assez méconnue, il est donc essentiel que les associations, notamment celles de protection de l'environnement ou des consommateurs, continuent de communiquer auprès du grand public sur le sujet. »

Le dilemme du distributeur : acheter local ou certifié ?

Comme le souligne Pierre Royer, responsable éco-produits chez Castorama, « PEFC est tout à fait adapté aux régions européennes, où le mode de contrôle est basé sur une gouvernance solide et un système de confiance. » Lui a incité certains fournisseurs à substituer les produits tropicaux par des essences paneuropéennes, dès lors que la rentabilité économique était au rendez-vous. Quant à Marc Durand, il concède que la dimension très morcelée de la forêt française rend la certification des concessions forestières difficile, alors même qu'elles sont gérées convenablement. D'où le choix délicat entre local et certifié.
Mais d'un avis unanime, se désengager des forêts tropicales serait une belle erreur. Comment dans ce cas responsabiliser les fournisseurs tropicaux sans exiger « du FSC ou rien d'autre » ?

Leroy Merlin travaille justement depuis quatre ans avec TFT, association internationale qui assiste les fournisseurs dans leur démarche de certification, et ambitionne de labelliser 100% de ses produits contenant du bois tropical avant fin 2010. Comme le souligne Marc Durand, « nous ne pouvons pas exiger seulement du bois FSC, car l'offre est encore trop restreinte. Or, si on arrête d'acheter du tropical, on perd 30% de notre volume de bois. Là n'est pas la solution. D'autant que d'autres achèteront ce bois sans scrupules. Les démarches responsables du type labellisation TFT ont au contraire le mérite d'inciter les forestiers à s'engager dans une gestion durable, et tirent l'ensemble de la filière vers le haut. »

Anne Farthouat
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