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Publié le 27 septembre 2013

EMPREINTE TERRE

Des déchets urbains transformés en engrais naturel

Le projet de gestion des déchets urbains mené par le français Gevalor et le malgache Madacompost a reçu le prix international lors du Forum Mondial Convergences 2013. Sa particularité : proposer un business model rentable, créateur d'emplois et exportable dans d'autres pays en voie de développement.


Transformer les déchets ménagers en engrais naturel pour les agriculteurs, c'est possible. C'est même une réalité à Mahajanga (Madagascar) grâce à un partenariat entre Gevalor, association française spécialisée dans la gestion des ordures ménagères des villes des pays en développement, et Madacompost, une entreprise malgache. Si le projet soutenu par la fondation Good Planet et Etc Terra a séduit le jury du Forum Convergences 2013, qui lui a attribué le prix International, c'est sans doute parce qu'il allie plusieurs bénéfices.

Le premier concerne la situation sanitaire. La ville de Mahajanga avait été touchée par une épidémie de peste et de cholera en 2000, et cherchait de solution pour assainir ses rues. En 2004, Gevalor a mis en place une unité de compostage des ordures ménagères qui traite aujourd'hui plus de 12 000 tonnes de déchets par an. Second avantage : l'emploi. Grâce au projet, une centaine d'ouvrier travaillent actuellement dans l'usine de compostage, dont des permanents.

25 tonnes d'engrais naturel à partir de 100 tonnes de déchets

Troisième aspect, et non des moindres : la rentabilité du projet. « Dès l'origine, nous voulions mettre en place un projet viable économiquement. Pour cela, nous avons apporté notre appui à une SARL malgache en gardant les rênes quelques temps. Et dès que l'opération est devenue équilibrée, nous nous sommes retirés », explique Georges Morizot, Président de Gevalor et ancien ingénieur du Bureau de recherches géologiques et minières. Pour y parvenir, Gevalor a imaginé un processus de compostage qui permet de transformer une partie des ordures ménagères en compost utilisable comme engrais naturel. Pour 100 tonnes de déchets ainsi traités, l'usine produit 25 tonnes de compost qui couvrent environ 1 hectare de sol. Le compost est ainsi vendu aux maraîchers périurbains et aux agro-industries de la région, qui réduisent d'autant leur importation d'engrais tout en améliorant la structure de leurs sols. Un exemple simple d'économie circulaire. En outre, grâce au financement carbone, l'unité de compostage gérée par Madacompost contribue à hauteur de 30 % aux coûts de la collecte des déchets de la ville. Un résultat dont se réjouit Georges Morizot, qui rappelle qu'au départ, « l'idée de faire financer la gestion des déchets par les financements carbone était source de scepticisme et de critiques ». Et pourtant, les déchets de villes en développement contiennent plus de 70 % de matières organiques transformables en engrais naturels...

La réduction du gaz à effet de serre est en effet un autre atout du programme. En 10 ans, le projet a permis d'éviter 60 000 tonnes de CO2. Au cours des dix prochaines années, Gevalor espère que Madacompost, grâce à des livraisons de déchets accrues de la part de la commune, pourra transformer 25 000 tonnes de déchets par an pour une production de 3 000 tonnes de compost. Et réduire ainsi de 60 000 tonnes les émissions de méthane. Via le mécanisme de la finance carbone, l'unité de compostage récupère un revenu additionnel qui pérennise encore davantage son avenir.

Devant le succès du programme malgache, Gevalor a dupliqué le même principe en Afrique: à Lomé (Togo), où l'unité de compostage devrait être rentable en 2015, mais aussi à Dschang (Cameroun) et à Parakou (Bénin).

Céline Oziel
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