Publié le 18 février 2013

EMPREINTE TERRE

Pollution de l'air : le changement d'attitude des autorités chinoises

Pékin et une grande partie du nord de la Chine ont été frappés en janvier par des taux de pollution atmosphérique sans précédent. Pour la première fois, le phénomène n'a pas été censuré par les autorités, qui ont annoncé des mesures.

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Pour Xiancheng, col-blanc pékinoise, le mois de janvier a été un véritable choc. « Je savais depuis longtemps que l'air de la ville était souvent pollué, explique-t-elle. Mais je n'imaginais pas que cela puisse atteindre des niveaux pareils. Aujourd'hui, je crains pour ma santé. » Il y a deux semaines, la jeune trentenaire s'est acheté un masque anti-pollution sophistiqué qu'elle porte désormais lorsque la qualité de l'air se détériore.

En ce début d'année, les habitants de la capitale chinoise sont nombreux à avoir pris conscience de l'ampleur de ce problème récurrent. Certes, il n'est pas rare pour Pékin de connaître des périodes d'intense pollution atmosphérique, dont les effets néfastes sur la santé sont désormais bien connus. Mais la crise du mois de janvier a été d'une ampleur sans précédent.

D'abord, en raison d'une quasi absence de vent, le « smog » - mélange de pollution et d'un brouillard très dense - qui a recouvert toute une partie du nord de la Chine et n'a laissé place au ciel bleu que pendant cinq jours, selon le bureau de l'environnement de Pékin. La pollution a atteint des taux inédits. La concentration de particules fines d'un diamètre inférieur à 2,5 micromètres (les « PM2,5 », considérées comme les plus dangereuses pour la santé) est souvent restée au-delà de 500 microgrammes par m3. Le 12 janvier, elle a même culminé à 993mg/m3, soit près de 40 fois plus que les 25mg/m3 maximum recommandés par l'Organisation Mondiale de la Santé.

Pas de censure des réseaux sociaux

En outre, les autorités ont cette fois fait preuve d'une remarquable transparence, à mille lieues de leur gestion des précédentes périodes de forte pollution. Alors que les seules mesures du taux de PM2,5 auparavant disponibles étaient celles que l'ambassade des Etats-Unis publie toutes les heures sur Twitter depuis 2008, Pékin a commencé à publier les siennes en 2012 - suivie par 74 autres villes du pays depuis janvier 2013. Cette crise sans précédent a été l'occasion de constater, en comparant les chiffres de part et d'autre, que les autorités ne minorent pas leurs estimations. Au contraire, lors du pic du 12 janvier, l'ambassade des Etats-Unis constatait un taux maximal de 886mg/m3, contre 993 pour la municipalité.

Du côté du contrôle de l'information, le gouvernement a également surpris. Les commentaires sur la pollution atmosphérique n'ont pas été censurés sur les réseaux sociaux et tous les médias ont été autorisés à en parler, ce dont ils ne se sont pas privés. Même les organes de presse gouvernementaux ont largement couvert l'événement, sans essayer d'en nier la gravité. Comment expliquer un tel changement de posture ? Pour Cheng Jing, directeur de l'ONG environnementale pékinoise FEPA, « les dirigeants ont certainement cédé à la pression populaire qui devenait de plus en plus forte. Mais c'est également dû au fait qu'eux-mêmes souffrent aussi de la pollution de l'air. C'est un domaine dans lequel les puissants subissent comme tout le monde. » Cheng Jing fait partie d'un groupe de citoyens concernés qui se relayent pour mesurer de façon indépendante la qualité de l'air et publier leurs chiffres sur Internet. Selon lui, « les autorités sont honnêtes en ce qui concerne les PM2,5 mais les estimations qu'ils donnent pour les PM10 (d'un plus gros diamètre donc moins dangereuses pour la santé, ndlr) sont souvent inférieures à la réalité. »

Les milieux écologistes peu convaincus

« Le gouvernement a eu une attitude très satisfaisante pendant cette crise, juge pour sa part Zhou Rong, responsable de la pollution de l'air au bureau pékinois de Greenpeace. Mais aujourd'hui, le coeur du problème n'est pas de publier les chiffres mais de s'attaquer à la pollution elle-même. » Visiblement, les autorités en sont conscientes. Pékin a ainsi annoncé son objectif d'atteindre un taux moyen annuel de PM2,5 de 50mg/m3 d'ici 2030. Pour cela,toute une série de mesures devraient bientôt être mises en place. Le nombre de nouvelles voitures mises en circulation devrait être contrôlé, et les normes d'émissions des véhicules renforcées. Les autorités devraient par ailleurs limiter le nombre de nouvelles usines polluantes autorisées et financer le remplacement de systèmes de chauffage au charbon de 44 000 logements.

Mais dans les milieux écologistes, ces annonces peinent à convaincre. Pour Zhu Rong, « ces mesures n'auront sans doute pas un impact majeur, car même si elles sont appliquées à Pékin, les régions alentour continueront de polluer. En plus, la population de la ville va continuer à augmenter, aggravant le problème... A mon avis, le pire est à venir. » Sous couvert d'anonymat, un autre militant écologiste est plus radical. Pour lui, « ce ne sont que des slogans, une politique de façade. Le gouvernement sait très bien comment s'y prendre. La preuve: grâce à des mesures fortes, un air pur avait été assuré pendant toute la durée des Jeux Olympiques de 2008. Mais mettre en place un développement durable suppose de s'attaquer à des intérêts particuliers auxquels les autorités ne veulent pas toucher. Le gouvernement ne représente pas l'intérêt général », commente-t-il.

Gaël Bernard à Pékin
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