Publié le 27 juillet 2015

EMPREINTE TERRE

Pollution chimique : les autorités britanniques renoncent à enquêter sur l’affaire Trafigura

L’agence de l’environnement britannique a renoncé à enquêter et à poursuivre la multinationale Trafigura, accusée d’avoir déversé plusieurs tonnes de déchets toxiques à Abidjan (Côte d'Ivoire) en 2006, en invoquant un manque d’expertise et de ressources. L’affaire avait été relancée après une enquête de trois ans, menée par Amnesty International et démontrant la responsabilité de l’entreprise dans cette catastrophe sanitaire qui avait tué 15 personnes et provoqué de nombreux problèmes respiratoires chez des dizaines de milliers d’Abidjanais. Neuf ans après les faits, l’affaire du Probo Koala reste sans suite.

Le cargo Probo Koala amarré dans le port de Tallinn, Estonie, le 28 septembre 2006.
Raigo Pajula / AFP

Le 19 août 2006, le Probo Koala, un cargo affrété par Trafigura, déverse dans divers canaux et décharges de la ville d’Abidjan des déchets toxiques.

Plusieurs milliers d’habitants se réveillent dans une forte odeur de soufre, qui provoque difficultés respiratoires, nausées, vomissements et irritations des muqueuses et des yeux.

Au total, quinze personnes décéderont à la suite de leur exposition aux déchets toxiques, et une centaine de milliers de personnes sera touchée.

 

 

"Pression financière" sur l'agence britanique de l'environnement

 

Après une enquête de trois ans, Amnesty International a publié en septembre 2012 un rapport complet sur les événements, démontrant la responsabilité de Trafigura et recommandant aux autorités d’ouvrir une enquête, afin que les responsables impliqués soient jugés.

L’ONG a réitéré sa requête en 2014, en envoyant un dossier détaillé à la justice britannique, exposant les nombreux motifs qui justifieraient selon elle l’ouverture d’une enquête. Le parquet britannique a déclaré ne pas être compétent sur le dossier, indiquant qu’une telle affaire devrait être traitée par l’agence de l’environnement.

Cette dernière vient à son tour d'annoncer qu’elle ne se saisirait pas du dossier, en expliquant ne pas avoir les compétences et les ressources pour mener l’enquête. Elle a également admis subir des "pressions financières" limitant son pouvoir d’investigation. La direction de cette structure étatique ne précise toutefois pas d'où viennent ces pressions.

Elle indique par ailleurs que Trafigura "prendrait probablement toutes les mesures possibles pour contester ou bloquer toute enquête", ce qui augmenterait considérablement le coût d’investigation, selon l’agence, qui conclut que "le rapport coût / bénéfice s’oppose à la conduite d’une enquête".

 

 

"Un désastre pour la justice"

 

Amnesty International a vivement réagi à l’annonce de l’agence de l’environnement : "Le fait que les autorités britanniques n’aient ni les outils, ni l’expertise ou les ressources pour enquêter sur ce cas est véritablement choquant" déclare Lucy Graham, conseillère juridique d’Amnesty. "Cela revient à donner aux entreprises multinationales carte blanche pour commettre des crimes à l'étranger".

La société Trafigura s’est dite "déçue" par les accusations répétées d’Amnesty International, accusant l’ONG de "recycler" des "affirmations mensongères" à son endroit. La multinationale n’a en revanche pas souhaité répondre aux questions des journalistes du Guardian, et n’a pas tenu à préciser de quelles affirmations mensongères elle parlait.

En dépit de son refus d’ouvrir une enquête, justifié par "l’ancienneté du crime présumé et des faibles chances de présenter une accusation solide", l'agence de l'environnement a concédé que si les accusations à l’encontre de Trafigura étaient vraies, il s’agirait d’une "grave infraction susceptible de concerner la juridiction britannique".

Gary Dagorn
© 2016 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles