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Publié le 24 janvier 2013

EMPREINTE TERRE

La Convention mondiale sur le mercure s'avère peu contraignante

La Convention sur le mercure, substance particulièrement toxique pour le cerveau, a été adoptée le 19 janvier 2013. Affaiblie au fil des négociations par les industriels, elle a certes mis en évidence la nécessité d'enrayer la contamination planétaire par le mercure, mais ne prévoit pas de mesures contraignantes pour la décontamination des sites pollués, ni d'indemnisation des victimes.

Pollution au mercure - Lac Marapendi (Brésil)

Poisson contaminé

La voie d'exposition la plus importante au mercure pour les humains est la consommation de poissons, reconnaît le PNUE dans sa dernière évaluation de 2013 . Présent sous la forme de méthylmercure, le plus toxique pour le développement du cerveau et du système nerveux central. Les agences sanitaires ont établi des normes de mise sur le marché et des doses journalières tolérables (DJT) pour les poissons prédateurs (thon, requin, brochet). Ainsi si l'on s'en tient à la norme protectrice établit par l'Académie nationale américaine des sciences en 2000, la limite de 0,1µg par kilo de poids corporel et par jour ne devrait pas être dépassée. Ce qui signifie pour une femme de 60 kg, pas plus de 42 grammes par semaine de poissons prédateurs (thon, requin ou brochet). Une étude publiée le 7 janvier dans la revue Environmental Health sur la base des données du biomonitoring du programme européen Democophes montre qu'un tiers des enfants de l'échantillon présentent des niveaux de méthylmercure dans les cheveux supérieurs à la limite considérée comme sans risque par les dernières études.

Dans la nuit du 19 janvier 2013 la première Convention sur le mercure a été adoptée à Genève par 140 Etats, après 4 années de négociations, sous l'égide du Programme des Nation Unies pour l'environnement (PNUE). Au début des années 2000, le PNUE engage une réflexion visant à élaborer une stratégie mondiale, seule capable de réduire les émissions globales de mercure face à la diversité des sources et des secteurs impliqués. Le mercure et ses composés sont toxiques pour le cerveau, le système nerveux, la vision, l'ouïe, les reins et le système cardio-vasculaire : les émissions globales de mercure dans l'atmosphère menacent la santé humaine, l'environnement, la chaîne alimentaire. De plus, dans les milieux aquatiques, au contact des bactéries, il se transforme en méthylmercure, la forme la plus toxique du mercure. C'est au cours des années 1953-1960 que l'extrême neurotoxicité du méthylmercure fut reconnue lorsqu'à Minamata (Japon) des milliers d'enfants sont nés avec des lésions cérébrales irréversibles et de lourds handicaps sensoriels et moteurs. En cause, la consommation par les femmes enceintes de poissons de la Baie de Minamata où étaient déversés les rejets des usines employant le mercure dans les processus de fabrication. Symboliquement la Convention sur le mercure devrait être signée à Minamata en octobre 2013 et porter le nom de « Convention de Minamata ». Si la volonté du PNUE était de mettre en place un instrument juridiquement contraignant, force est de constater que les dispositions du traité ont été affaiblies au fil des négociations, au point que l'association des victimes de Minamata ne souhaite pas voir la convention porter ce nom. A de jour, 1 500 000 m3 de boue draguées de la Baie demeurent entassés sur une décharge sans avoir été décontaminées. Et le traité ne prévoit pas de mesures contraignantes pour la décontamination des sites pollués par le mercure, ni d'indemnisation des victimes.

Les centrales à charbon et les mines d'or fortement émettrices

Pourtant, les déchets de mercure et les anciens sites industriels participent aux réémissions permanentes de mercure auxquelles s'ajoutent de nouvelles sources. Selon les estimations du PNUE, les réémissions d'anciens rejets comptent pour 60%, les émissions actuelles liées aux activités humaines représentent 30%, et, 10 % seulement, proviennent de sources géologiques naturelles. Au total, les émissions de mercure pour 2010 sont estimées à 1960 tonnes avec une marge d'incertitude, souligne le PNUE, de l'ordre de 1010 à 4070 tonnes.


Parmi les secteurs les plus émissifs, les centrales à charbon qui se multiplient sous la pression de la demande énergétique des pays en développement. L'Asie du Sud et du Sud-est en particulier voit ses émissions augmenter au rythme de son essor économique. La production d'acier et de métaux non-ferreux (plomb, zinc, etc) contribuent massivement aux rejets de mercure ainsi que la fabrication de ciment et les déchets des raffineries de pétrole. La Convention prévoit la mise en place de mesures de contrôle des émissions pour ces industries mais, déplore le Bureau européen de l'environnement (EEB), « ces mesures de contrôle ne démarreront que cinq ans après l'entrée en vigueur du traité, voire 10 ans après, si des pays en font la demande ». Et le traité ouvert à la signature en octobre 2013, n'entrera en vigueur qu'après sa ratification par 50 Etats, ce qui signifie au minimum 4 années.

L'extraction artisanale de l'or employant le mercure pour amalgamer le précieux métal constitue une des sources principales des émissions atmosphériques dans le monde à l'heure actuelle (près de 36% des usages intentionnelles du mercure) et sa part a augmenté au fil de la hausse du prix de l'or. La plupart du temps illégale, cette pratique affecte la santé des communautés où elle est employée par exposition directe aux vapeurs mercurielles et par la contamination des eaux, des poissons consommés et des sols. Mais les gouvernements n'ont pas exclu « des usages autorisés », l'emploi du mercure pour ce secteur. Les pays concernés pourront néanmoins élaborer des stratégies pour réduire la quantité de mercure utilisé pour l'orpaillage et mener des campagnes d'information. Aucune obligation de réduction des émissions de mercure n'est faite à l'industrie du chlore qui utilise le processus de catalyse au mercure, des agréments volontaires avec l'industrie du chlore ayant été passés aux Etats-Unis et en Europe voici plus de dix ans. Cette source est pourtant considérée comme la plus émissive avec l'extraction artisanale de l'or et le secteur du chlorure vinyle monomère (pour produire le PVC) qui connaît une nette progression en Chine. Selon Dols Van Wijk d'Eurochlor (1) « le frein le plus important à une production alternative au mercure est financier. La crise économique a ralenti les efforts des industriels car le changement de process représente un investissement très important ».

L'objectif initial fixé à 2020 en Europe ne sera pas atteint

Le traité prévoit en outre l'interdiction pour 2020, de produits contenant du mercure : batteries, thermomètres et tensio-mètres, certains types de lampes fluorescentes (lampe dite basse consommation), des cosmétiques. L'usage des amalgames dentaires au mercure devra être réduit autant que possible (Danemark, Suède, l'ont déjà banni), les alternatives n'étant pas encore considérées comme ayant fait leurs preuves tant par la Fédération dentaire internationale que par l'OMS. Pour Philippe Grandjean, chercheur en médecine environnementale et auteur de nombreuses études sur les effets du mercure sur la santé « c'est un pas en avant. Un consensus qui peut permettre aux Etats d'avancer ».


1) Euro Chlor représente 34 unités de fabrication dans 15 pays de l'Union européenne, détenant environ 7600 tonnes de mercure liquide.

Anne-Corinne Zimmer
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