Publié le 10 novembre 2015

EMPREINTE TERRE

Feux en Indonésie : l’agriculture et l’industrie du papier au banc des accusés

Plus de 2 millions d’hectares ont brulé en Indonésie. En cause, des forêts vulnérables dégradées par l’exploitation des industries papetière et agricole. Face aux conséquences sanitaires et environnementales majeures de la catastrophe, le gouvernement vient de promettre de réhabiliter ces espaces. Les grandes entreprises, malgré leur engagement à stopper la déforestation, pourraient avoir des comptes à rendre.

Une villageoise tente d’éteindre un feu dans une tourbière à l’extérieur de la ville de Palangkarava en Indonésie le 26 octobre dernier
Bay Ismoyo / AFP

Les feux qui ravagent les îles de Sumatra et de Bornéo depuis plusieurs semaines ont déjà brulé entre de 2 et 3 millions d’hectares, selon le Centre pour la recherche forestière internationale (Cifor) basé en Indonésie. Ces incendies sont les plus importants depuis 20 ans. Pour mémoire, en 1997-1998, 6 millions d’hectares de forêts avaient brûlé.  

Ces feux récurrents ont fait de l’Indonésie un des premiers émetteurs mondiaux de gaz à effet de serre. Depuis le début des incendies de 2015, 1 700 millions de tonnes d’équivalent CO2 ont été libérées dans l’atmosphère, soit plus que ce qu’émet le Japon en une année .  

 

500 000 personnes victimes de problèmes respiratoires  

 

Les conséquences sanitaires sont également alarmantes. Plus de 500 000 personnes ont été victimes de problèmes respiratoires liés à la pollution de l’air depuis le début des feux, selon les services indonésiens compétents. Chiffre auquel s’ajoutent les victimes des pays voisins également exposés aux fumées.  

La cause des incendies est connue. "Plus de la moitié des zones brûlées concerne des tourbières dégradées", explique David Gaveau du Cifor. L’exploitation des industries papetière et de la culture de palme à huile a conduit depuis une vingtaine d’années à la dégradation de millions d’hectares de forêts humides. Ces tourbières asséchées brûlent très facilement. Elles sont donc très vulnérables dans des régions où le feu fait partie du mode d’exploitation des terres (pour défricher des nouvelles zones à planter, pour nettoyer les parcelles à la fin de la saison du riz...). Les incendies s’étendent ensuite aux forêts adjacentes.  

Plus de 120 000 feux actifs ont ainsi été décomptés depuis juillet 2015. Seul le retour des pluies pourra arrêter leur progression. Or, cette année, la sècheresse s’éternise, conséquence d’un phénomène El Niño particulièrement intense (comme en 1997-1998).  

 

Qui va payer la réhabilitation des terres ?  

 

Face au danger que représentent les quelques dix millions d’hectares de tourbières dégradées, le gouvernement s’est engagé à restaurer ces terres. Un chantier énorme. "Cette prise de conscience va pointer la responsabilité des entreprises", souligne Frédéric Amiel, expert forêts à Greenpeace.  

L’industrie papetière a commencé à exploiter ces grandes forêts sur tourbe pour y planter des acacias dans les années 1990. Ces espaces, jusqu’alors délaissés car difficiles et chers à exploiter (terre acide et humide qui nécessite un drainage), sont ainsi rattrapés par le développement des îles forestières de Sumatra et de Bornéo. Puis le boum de l’huile de palme a conduit de nombreux industriels à venir exploiter ces zones ouvertes par l’industrie papetière.  

Sous la pression internationale, les grandes industries arrêtent aujourd’hui la déforestation de nouvelles zones. Mais leur large emprise foncière et la politique contradictoire du gouvernement indonésien continuent de créer un appel d’air pour de nombreux petits et moyens exploitants.  

 

Le gouvernement contre le "zéro déforestation"  

 

Le gouvernement indonésien joue en effet sur les deux tableaux. Il a réduit ses concessions sylvicoles et a multiplié les zones protégées, tout en continuant à promouvoir le développement économique des îles forestières. L’Indonésie maintient en effet son ambition de rester l’un des premiers exportateurs mondiaux d’huile de palme. Le pays fournit la moitié du marché mondial.  

Le gouvernement s’est ainsi opposé fin août à la promesse de "zéro déforestation", signée par les quatre géants de l’industrie de l’huile de palme en Indonésie, sous prétexte que cela mettrait en danger de nombreux petits planteurs. 

Magali Reinert
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