Publié le 14 août 2015

EMPREINTE TERRE

Captage et stockage de CO2 : une technique encore peu rentable

120 gigatonnes. C’est la quantité de CO2 qu’il faudrait stocker dans le sol entre 2015 et 2050 pour espérer endiguer le réchauffement planétaire à 2 °C d’ici la fin du siècle. Une estimation établie par l’AIE, l'Agence internationale de l’énergie. A ce jour pourtant, on recense seulement 12 installations de captage et de stockage de CO2 (CSC) à travers le monde et 23 projets en construction. Panorama de la situation.

Dans l'est de l'Allemagne, installation d'un réservoir de CO2.
Michael Urban / DDP / AFP

C’est l’une des solutions préconisées par les experts du climat, notamment le GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) dans son dernier rapport : le captage et le stockage du CO2 (CSC) dans le sol. Sans cette technologie, difficile d’espérer rester sous la barre des 2 degrés d’augmentation de la température globale d’ici 2100, a récemment estimé l’AIE (Agence internationale de l’énergie). Dans les différents scénarios de transition énergétique, cette technologie compte donc parmi les solutions pour réduire les émissions de CO2 avec le déploiement des énergies renouvelables et une meilleure efficacité énergétique.

Le principe? Au lieu d’être relâché dans l’atmosphère - où il contribue à l’effet de serre - le CO2 peut être capturé à la source, comprimé et transporté via des pipelines dans un lieu de stockage géologique adapté : les couches aquifères profondes où l’eau est trop salée pour être consommée, les veines de charbon non exploitées ou les gisements de pétrole ou de gaz en fin d’exploitation.

Toujours selon l'AIE, le CSC pourrait contribuer à hauteur de 13 % aux objectifs de réduction du CO2 d’ici 2050, dans le scénario 2 degrés. Mais à ce jour, 50 millions de tonnes de carbone seulement ont été stockées, soit 0,04 % des 120 gigatonnes à atteindre d’ici 2050.

 

Part des technologies liées à l'énergie nécessaires pour passer d'un scénario de réchauffement de 6 degrés à 2 degrés à l'horizon 2050. (Source : AIE, Energy Technoly Perspectives 2015)

 

La Norvège est pionnière

 

Il existe actuellement 12 installations de CSC dans le monde. Le panorama a été dressé par deux représentantes du BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières) lors d’une présentation organisée par l’AJE (Association des journalistes de l’environnement) en mai dernier.

La Norvège fait figure de pionnière dans le domaine. Depuis 1996, elle stocke environ 1 million de tonnes de CO2 par an sous le plancher de la mer du Nord. Pour cela, elle utilise les infrastructures d'extraction du pétrole existantes. Autre levier utilisé par le pays: la mise en place d’une taxe carbone à 100 euros la tonne, juste au-dessus du coût induit par l’injection du CO2 dans le sol. Pour l’instant, c’est le seul pays d’Europe à pratiquer le CSC. 16 millions de tonnes de CO2 ont déjà été stockées.

Les autres installations existantes concernent l’Amérique du Nord, avec sept sites aux États-Unis et deux autres au Canada. Le modèle économique y est toutefois radicalement différent puisqu’il est lié non pas tant à la réduction des émissions de CO2 mais au modèle d'extraction du pétrole et de charbon. Dans les gisements bientôt épuisés, le CO2 est injecté pour extraire le pétrole ou le charbon difficilement accessibles puis séquestré dans ces mêmes gisements, c'est ce que l'on appelle la récupération assistée de pétrole/charbon.

 

4 projets seulement en Europe

 

Ces sites déjà en exploitation permettent de stocker 20 millions de tonnes de CO2 par an. Par ailleurs, 23 projets de CSC sont en cours de lancement aux États-Unis (8), au Canada (4), en Chine (4), au Moyen-Orient (2), en Australie (1) et en Europe(4).

"2015 devait être une année charnière en Europe. Une douzaine d’installations supplémentaires devaient être financées grâce aux quotas de CO2, mais le marché carbone n’a jamais décollé et les industriels se sont détournés de cette technologie", déplore Catherine Truffert, conseillère auprès de la direction scientifique du BRGM.

De fait, ce ne sont finalement que quatre installations qui sont en train de voir le jour. Elles sont actuellement en construction au Royaume-Uni et aux Pays-Bas, en mer du Nord. "Les réservoirs de la mer du Nord constituent des espaces de stockage utiles pour démarrer car ils sont bien connus. Ils peuvent nous permettre de stocker du carbone pour les dix à vingt années à venir. Le temps de consolider nos connaissances et établir une cartographie des sites de stockage et de leurs capacités en Europe", explique Catherine Truffert.

 

50 000 tonnes de CO2 stockées à Lacq

 

Un site pilote de stockage est également installé en Espagne, sur le site de Hontomin. Laboratoire de recherche, il doit servir de démonstrateur aux scientifiques européens. En France, sur le site de Lacq Rousse, un projet de captage, transport et stockage du CO2 a permis de tester cette technologie pendant trois ans, de 2010 à 2013. Financé par Total à hauteur de 60 millions d’euros, il a permis de stocker plus de 50 000 tonnes de CO2 dans un gisement de gaz épuisé.

Mais cela ne s’est pas fait sans soulever une certaine opposition des riverains. Deux associations environnementales, soutenues par France Nature Environnement, avaient alors dénoncé "le choix d’une zone à forte sismicité, les incertitudes quant à la technique retenue et la sécurité trop aléatoire". Et de nombreuses ONG environnementales dénoncent l'emploi du CSC comme encouragement à continuer à consommer des énergies fossiles.

Outre l’acceptabilité sociale, le principal frein lié au CSC reste financier, car c’est une technologie qui coûte cher. "Pour investir, les industriels ont besoin de bâtir leur modèle économique sur du moyen terme", insiste Catherine Truffert du BRGM. "C’est pourquoi il faut un engagement fort sur le prix du carbone, qui devrait tourner autour de 60 euros la tonne."

Concepcion Alvarez
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