Publié le 31 août 2017

EMPREINTE TERRE

À l'université d'été du Medef, on parle aussi économie circulaire

À l'université d'été du Medef, on ne parle pas seulement de la réforme du code du travail. On y échange aussi sur l'économie circulaire. Un business model pourvoyeur d'emplois locaux, d'innovations et de croissance... à condition que les pouvoirs publics créent des conditions réglementaires et économiques favorables. Tel est le message porté par Jean-Louis Chaussade, DG de Suez, et Fabrice Bonnifet, directeur développement durable et QSE (Qualité-Sécurité-Environnement) de Bouygues. 

L'université d'été 2017 du Medef se tien du 29 au 30 août.

Le campus d'HEC à Jouy-en-Josas (Yvelines) a été investi pendant deux jours par le Medef qui y tient son université d'été. En écoutant les orateurs du salon d'honneur, on y constate que l'économie linéaire, le modèle actuel basé sur le triptyque "produire-consommer-jeter", a de moins en moins la cote. C'est vers l'économie circulaire que tous les regards se portent. Un vrai signe de changement des mentalités ! "C'est le moyen le plus économique, le plus juste... et le plus censé pour produire des biens sur la planète", assure Jean-Louis Chaussade, directeur général de Suez.

Le plastique, loin d'être fantastique

"Si on regarde les énergies fossiles et le plastique qui est en issu, tout tend à nous prouver que, si l'on ne rentre pas bientôt dans l'économie circulaire, nous aurons assez rapidement des difficultés à nous approvisionner en matières premières", explique le dirigeant, à l'occasion d'une table ronde.

"Le plastique est un excellent exemple de la limite du modèle linéaire. On en produit 50 fois plus qu'il y a 50 ans. Plus de 320 millions de tonnes par an aujourd'hui et nous atteindrons plus d'un milliard de tonnes en 2050 ! Certes, les réserves en énergies fossiles, nécessaires pour sa production, sont encore abondantes. Mais peut-on vraiment les utiliser compte tenu du changement climatique ?", interroge-t-il.

Il ajoute : "Et quid de la fin de vie du plastique? Son turn-over est extrêmement élevé et il n'est pas biodégrable. Résultat, il envahit nos territoires, nos océans et par conséquent, la chaîne alimentaire". Pourtant, le plastique n'est aujourd'hui que très peu recyclé (20%). Un non-sens pour Jean-Louis Chaussade, qui prévient que "les générations futures ne nous le pardonneront pas".

Suez dispose actuellement de neuf usines de recyclage de plastique qui produisent 135 000 tonnes de matières. Le groupe s'est fixé l'objectif de doubler sa production de plastique recyclé d'ici à la fin 2019. Pour cela, il multiplie les collaborations sur les marchés de grande consommation comme pour les secteurs professionnels. Le spécialiste des déchets travaille par exemple avec Head & Shoulders pour fabriquer des bouteilles de shampoing à partir de plastique collecté sur les plages. Il s'est aussi associé à Bouygues. Ensemble, ils élaborent une "market place numérique", c'est-à-dire une plateforme d'achats à "prix attractifs" de produits non utilisés issus de la construction des bâtiments comme de la moquette.

Faire des matériaux des bâtiments détruits les Legos de ceux de demain

Depuis quelques années, Bouygues teste de nouveaux concepts en lien avec l'économie circulaire, modèle qu'il entend aujourd'hui "confronter au marché". Parmi les innovations, celui d'un bâtiment "Design for ever" (Conçu pour toujours). Plutôt que vendre les bâtiments qu'il construit, Bouygues vend l'usage des bâtiments. C'est ce que l'on appelle l'économie de la fonctionnalité, qui permet une utilisation plus efficace des produits. 

Le géant du BTP propose ainsi des bâtiments hybrides à énergie positive qui sont "gérés comme le ferait une compagnie aérienne avec ses avions". Fabrice Bonnifet, le directeur développement durable du groupe Bouygues, explique : "Une compagnie gagne de l'argent quand ses avions en vol sont pleins. Nous faisons la même chose en optimisant l'utilisation des infrastructures. Certaines sont en sous-utilisation chronique : quand l'utilisateur principal n'en a pas l'usage, des utilisateurs secondaires prennent le relais !", détaille ainsi Fabrice Bonnifet.

Le marché du BTP génère chaque année 220 millions de tonnes de déchets, dont seulement un tiers est recyclé en moyenne. Pour améliorer ces chiffres, le secteur s'appuie sur une révolution : la "maquette numérique". Elle permet de connaître précisemment la composition d'un bâtiment fini. Un chaînon manquant pour la traçabilité et le réemploi des matériaux de construction. Un enjeu environnemental et économique alors que les matières premières des bâtiments coûtent de plus en plus cher. Il y a quarante ans, elles comptaient pour 10% du coût total, elles atteignent désormais 20%. Et la tendance est à la hausse, assure Fabrice Bonnifet.

Plus d'engagement et de visibilité de la part de l'État

Pour autant, pour accélérer ces innovations, les entreprises demandent plus d'engagement et de visibilité de la part de l'État. "La loi française sur la transition énergétique ne va pas assez loin sur l'économie circulaire. Elle ne travaille que sur l'offre et non sur la demande de matière première. Nous avons aussi besoin de guidelines plus précises au niveau européen", déplore Jean Louis Chaussade.

Le dirigeant de Suez plaide une fois encore pour donner enfin un prix au carbone. Il doit être suffisamment élevé pour inciter les entreprises à faire plus d'investissements dans l'économie verte et pousser les expérimentations. Des demandes partagées par Bouygues qui propose aussi que les appels d'offres intègrent la question du réemploi dans leur cahier des charges et favorisent les entreprises ayant un bon bilan carbone.

L'État, comme les territoires, ont tout à y gagner. Selon François-Michel Lambert, député des Bouches-du-Rhône et président fondateur de l'Institut de l'Economie circulaire, l'économie circulaire pourrait générer 300 à 500 000 emplois en France et plus de 2 millions dans l'Union européenne.

Béatrice Heraud @beatriceheraud


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