Publié le 23 juillet 2013

EMPREINTE TERRE

Les eaux de baignade françaises surveillées à la loupe

Avec les grosses chaleurs, les plages font le plein sur tout le littoral hexagonal. Reste encore à s'assurer de la bonne qualité de l'eau. Plusieurs organismes s'en chargent, certification à la clé. Suivant les différents classements la France est plus ou moins bien notée mais la qualité des eaux y reste satisfaisante. La Bretagne fait tout de même l'objet d'une vigilance particulière en raison des algues vertes.

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Prélèvement d'eau de mer
© Saur

Comme chaque année, l'Agence européenne pour l'environnement (AEE) a publié en début de saison estivale son rapport sur la qualité des eaux de baignades en Europe aussi bien pour les plages côtières, qui comptent pour les deux tiers des sites de baignade, que pour les rivières et les lacs. Les résultats sont plutôt gratifiants : 94 % des sites de baignade de l'Union européenne sont conformes aux normes minimales de qualité de l'eau et 78 % d'entre eux répondent aux critères d'excellence. D'autant plus que ces chiffres tendent à s'améliorer d'année en année. En contrepartie, seuls 2 % des sites n'ont pas satisfait le minimum requis.

La France, mauvais élève ?

Au classement européen qui rassemble les 28 Etats membres et la Suisse, la France joue les mauvais élèves. Alors que ses 3 322 sites, eau de mer et eau douce confondus, font d'elle le pays de L'Union européenne qui offre le plus grand nombre de lieux pour se baigner, elle se retrouve en 25ème position. Selon l'AEE, 60 % de ses eaux de baignade sont de qualité excellente, contre une moyenne de 78 % pour l'ensemble des pays évalués. Les sites en eaux côtières estampillés « non conformes aux valeurs recommandées » se concentrent pour la plupart en Bretagne et en Provence Alpes-Côte d'Azur.

« Ces mauvais résultats ne sont qu'apparents » affirme Pacal Kohaut, chef de projet baignade à la Saur, Société d'aménagement Urbain et Rural. Il note des failles dans le mode de classement du rapport européen. Celui-ci se fonde sur les données fournies par chaque Etat, pour les analyses réalisées pendant la saison balnéaire de l'année précédente. Deux types de bactéries sont recherchés : les entérocoques intestinaux et la bactérie Escherichia coli, qui peuvent indiquer la présence d'une pollution principalement due aux déchets d'élevage ou aux eaux usées. « Le point faible de la France est son très grand nombre de sites de baignade. Contrairement à certains pays, qui en recensent très peu et parfois sauvages. En métropole, beaucoup sont situés près des zones urbanisées, et sont soumis à de plus fortes pressions de pollution. » En effet, 80 % de la pollution provient des excréments d'animaux et de la contamination par les eaux usées des réseaux d'eau pluviales qui se jettent dans ces eaux de baignade. Les épisodes de pluie viennent amplifier le phénomène, en lessivant les pollutions terrestres. « Là encore les pays ne sont pas à égalité. Ceux qui bénéficient d'un climat sec sont moins soumis aux problèmes de pollution. Et il faut noter qu'il suffit d'une pollution minime pour dépasser les seuils recommandés par l'AEE. ». Enfin, la France compte également un grand nombre de points de baignade en eaux douce, « plus difficiles à préserver de la pollution et où elle persiste plus longtemps. »

Le contrôle au niveau français

En France, les prélèvements sont réalisés tous les 10 jours pour les Agences régionales de la santé (ARS). Elles les envoient ensuite à des laboratoires agréés par le ministère de la Santé qui délivrent les résultats sous 1 à 3 jours. Le contrôle inclut également une surveillance visuelle destinée à détecter la présence de résidus goudronneux, de verre, de plastique ou d'autres déchets ainsi que de l'apparition de certains micro-organismes.

Les plages bretonnes font d'ailleurs l'objet d'une surveillance rapprochée pour le développement des algues vertes, qui handicape lourdement le tourisme local. Résultat de l'apport en nitrates issus de l'élevage intensif (ce qui vaut d'ailleurs à la France d'être condamnée par la Cour de justice de l'Union européenne, elles parent les côtes d'un duvet vert qui dégage du sulfure d'hydrogène (H2S) lorsqu'il se décompose, un gaz toxique et irritant pour les voies respiratoires. « L'ARS Bretagne intervient dans la mesure d'H2S présents dans l'atmosphère et s'occupe de communiquer les informations au public. explique Murielle Perez, ingénieure d'études sanitaire de l'Agence régionale de santé Bretagne. Il revient ensuite aux municipalités de fermer la baignade et d'organiser le ramassage. »

Label « Démarche qualité des eaux de baignade »

Dès 2014, les Etats membres de l'UE vont devoir se conformer à une directive européenne plus stricte avec pour objectif que toutes les plages affichent une qualité « au moins suffisante » à l'horizon 2015. La France a d'ailleurs créé en 2009 le label « Démarche qualité eaux de baignade » afin de valoriser les sites qui anticipent ce changement en mettant en place un système de surveillance quotidien des sources de pollution et de la qualité de l'eau et informent en temps réel le public. Selon Pascal Kohaut : « C'est à ce jour le seul véritable moyen de connaître la qualité des eaux, puisque les données sont fournies le jour même, grâce à des techniques d'analyses rapides. Si une pollution est décelée, la municipalité et les citoyens sont informés dans la journée. » Seules 150 collectivités ont à ce jour reçu cette certification. L'outil est encore récent et demande du temps à se mettre en place.

Enfin, un autre label, beaucoup plus connu du grand public, « Pavillon bleu » vient orner 382 sites de baignades, répartis sur 144 communes françaises. Mais ce label ne concerne pas uniquement la qualité des eaux (basés sur les mêmes critères que ceux de l'agence européenne de l'environnement) : il est enrichi de plusieurs autres concernant les aménagements du site concerné, pour les plages et ports de plaisance.

(1) Le 13 juin 2013 la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) a rendu un arrêt condamnant à nouveau la France pour non-respect de la directive nitrates. la Cour constate « le manquement de la France, dans la mesure où elle n'a pas pris les mesures nécessaires permettant de respecter toutes les obligations découlant de la directive » datant de 1991 qui vise à « protéger la qualité de l'eau dans toute l'Europe en empêchant que les nitrates utilisés dans l'agriculture ne polluent les eaux souterraines et de surface et en favorisant le recours aux bonnes pratiques agricoles ».

Oriane Dioux
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