Publié le 11 septembre 2014

EMPREINTE TERRE

Brésil : Grave crise de l'eau à São Paulo

8,8 millions d’habitants bientôt privés d’eau ? La capitale économique du Brésil est menacée. La sécheresse qui sévit depuis 2013 a mis à sec la principale retenue d’eau qui l’alimente. Déjà, la distribution se montre problématique. Un rationnement que le gouverneur refuse de reconnaître, campagne électorale oblige, tandis que des critiques fusent à l’encontre de l’entreprise qui gère l’approvisionnement pour sa mauvaise gestion.

São Paulo, mégalopole de plus de 20 millions d'habitants, connaît sa plus grave sécheresse depuis près de 100 ans.
© MAURICIO BENTO / BRAZIL PHOTO PRESS

Un scénario catastrophe menace São Paulo d’ici peu, qui priverait près de 9 millions d’habitants d’eau. La plus grande mégalopole d’Amérique du Sud, avec plus de 20millions d’habitants, traverse la période de sécheresse la plus sévère jamais connue depuis 84 ans. Alimentant 45% de la région métropolitaine, les quatre lacs du réservoir de Cantareira, au nord de la ville, sont presque à sec. Fin août, leur niveau n’était qu’à 12% de la normale. Et ce, malgré l’exploitation, depuis mai dernier, du "volume mort " stagnant et pollué du réservoir.

Dès juillet, les effets de la pénurie se font sentir. Dans les entreprises où l’eau entre dans le processus de production, plus de 3 000 personnes sont licenciées ; c’est l’évaluation de la Centrale unique des travailleurs (CUT), principal syndicat brésilien. Et 46% des habitants, notamment dans les quartiers les plus pauvres de São Paulo, ont connu récemment une baisse de pression, voire une interruption de la distribution d’eau, selon l’institut de sondage Datafolha.

 

A quelques semaines des élections

 


"São Paulo connaît un rationnement qui ne dit pas son nom", affirme le professeur Antônio Carlos Zuffo, chef du département des Ressources hydriques de l’université de Campinas. A quelques semaines des élections générales du 5 octobre, et alors que le gouverneur sortant, Geraldo Alckmin (PSDB, Parti de la social-démocratie brésilienne), est candidat à sa réélection, il serait de mauvais ton de l’assumer. "Le gouvernement parie sur le retour de la pluie pour remplir les réservoirs et désigne son absence comme principal responsable de la crise", regrette Glauco Kimura, coordinateur du programme Eau du WWF Brésil.

 

En ne misant que sur la pluie, São Paulo pourrait connaître une situation critique jusqu’en 2016, selon les autorités fédérales. Elles craignent aussi que l’Etat pauliste ne décide de capter l’eau du fleuve Paraíba do Sul, dont la source est située dans cet Etat, mais qui alimente 15 millions d’habitants en aval, dont Rio de Janeiro, deuxième ville du pays.

 

L’entreprise gestionnaire de la distribution soumise à une enquête

 

La gestion de la Sabesp, chargée de l’eau et l’assainissement dans 364 communes de l’Etat, est sous le feu des critiques. L’entreprise a bien mis en place depuis le 1er février une tarification incitative. "Les clients alimentés par le bassin de Cantareira réduisant de 20% leur consommation obtiennent 30% de réduction de leur facture", explique-t-elle dans un communiqué. 78% des habitants de la région métropolitaine de São Paulo ont adhéré au programme, et 52% ont obtenu ce décompte.


Mais l’entreprise "s’oppose frontalement au rationnement", qui "pénaliserait la population et pourrait produire des effets inverses". En 2004, son contrat de concession lui imposait de "réduire la dépendance du système Cantareira grâce à des sources alternatives et de lutter contre les fuites de son réseau, qui atteignent jusqu’à 25%, rappelle le représentant du WWF. Cela ne s’est pas concrétisé."


Cotée à la bourse de São Paulo, la Sabesp, dont l’Etat est actionnaire majoritaire, a versé près de 5 milliards de réaux (1,7 milliard d’euros) à ses actionnaires privés pendant la durée du contrat de concession, soit le double de son budget dédié à l’assainissement. Le ministère public de São Paulo a annoncé en avril dernier l’instruction d’une enquête sur d’éventuelles erreurs de gestion à l’origine de cette crise de l’eau.

Victor Roux-Goeken, correspondant au Brésil
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