Publié le 11 décembre 2015

EMPREINTE TERRE

SEaB Energy installe des micro-méthaniseurs au plus près des consommateurs…et de leurs déchets

Disposer de sa propre énergie grâce à ses déchets. SEaB Energy a imaginé des containers mobiles de 6 mètres de long qui transforment les déchets organiques en énergie. Des containers qui peuvent être installés au bas des immeubles ou au cœur d’un petit village. L’entreprise de 17 salariés, créée en 2009, par Sandra et Nick Sassow est installée à Southampton, sur la côte sud-est de l’Angleterre. Et son carnet de commandes est déjà bien rempli. Entretien avec Sandra Sassow, la présidente directrice générale de SEaB.

Un micro-méthanisateur construit par SEaB Energy.
DR

Novethic. Vous avez mis au point des petits digesteurs qui produisent de l’énergie à partir de déchets. Quelle est la différence avec les méthaniseurs qui commencent à émerger sur le marché ?

Sandra Sassow. Le projet est né du constat qu’il y avait un problème au niveau de la distribution de l’énergie mais aussi du transport des déchets. Ces derniers sont transportés jusqu’à un méthaniseur qui se trouve généralement loin. Cela annule les bénéfices de la méthanisation des déchets puisque l’empreinte carbone du transport est très importante. Par ailleurs, l’énergie ainsi produite vient alimenter le réseau. Avec mon mari, qui a longtemps été consultant pour de grandes entreprises sur les questions d’énergies renouvelables, nous nous sommes dit que la solution pouvait être de produire de l’énergie là où elle est consommée, et de récupérer les déchets là où ils sont jetés, à travers la mise en place de petites centrales locales.  

 

Novethic. Comment fonctionnent vos petits digesteurs ?

Sandra Sassow. Nous voulions une solution très simple, facile d’entretien et qui puisse être installée partout. C’est pourquoi nous avons opté pour des digesteurs anaérobiques (qui fonctionnent sans dioxygène). Les déchets organiques triés et pesés sont broyés sans utiliser d’eau externe puisque nous récupérons également l’eau des déchets, réinjectée dans le système. Par exemple, nous travaillons avec un supermarché pour l’installation de l’un de nos containers. Sur place, il y a déjà une personne chargée de trier et de peser les déchets organiques. Plutôt que de les jeter dans une grande poubelle qui partira dans un centre de traitement ou d’incinération, nous proposons de mettre ces déchets dans notre container qui va ensuite pouvoir produire de l’énergie avec.

 

"Des digesteurs dans le centre de Londres et de New-York"

 

Novethic. Quelles sont les performances énergétique et environnementale de vos produits ?

Sandra Sassow. Notre plus grand container, capable d’ingérer 1 000 tonnes de déchets par an, permet d’éclairer l’équivalent de 330 maisons, selon les standards anglais, et de chauffer en plus 130 maisons. Par ailleurs, nous avons commandé une étude qui compare notre modèle avec un système transportant les déchets jusqu’à un méthaniseur situé à une vingtaine de kilomètres. Il ressort que notre technologie permet d’économiser 400 tonnes de CO2, une différence essentiellement due à l’empreinte carbone du transport. Et nous n’avons pas fait la comparaison avec les systèmes classiques qui n’utilisent pas la méthanisation, un procédé qui reste encore rare. Dans ce cas, la différence serait largement supérieure. 

 

Novethic. Quand pourrons-nous voir ces containers installés dans nos villes ou campagnes ?

Sandra Sassow. Très bientôt puisque nous sommes actuellement en train de construire 15 digesteurs. Je rentre de New York où notre projet a été choisi parmi quarante autres pour une installation l’an prochain dans le centre-ville. De même, le centre de Londres nous a choisi, tout comme l’Afrique du Sud, le Portugal, les Pays-Bas ou le Brésil. En 2016, nous espérons pouvoir livrer deux unités par mois, chaque unité comprenant environ 5 digesteurs. Nous travaillons notamment avec des urbanistes pour intégrer notre technologie dans leurs projets. Notre ambition est que nos digesteurs fassent partie de chaque immeuble de la ville du futur.

 

Novethic. Est-ce que vous visez aussi les pays en développement ?

Sandra Sassow. Oui, dès l’année prochaine, avec notamment des projets menés avec des partenaires. Notre système peut être pertinent pour ces pays car il peut répondre à la question du traitement d’une partie des déchets et, par ailleurs, donner accès à l’énergie, y compris dans des zones reculées. En Afrique, nos unités pourraient remplacer les générateurs fonctionnant au diesel. Nous avons par exemple imaginé installer des digesteurs dans des stations-essence pour que les habitants puissent échanger leurs déchets alimentaires contre du biogaz et de l’eau propre. Nous pourrions ainsi mettre en place un système de production électrique décentralisé de la même manière que les téléphones portables ont rendu inutile la mise en place d’un réseau de lignes fixes. Nos centrales électriques locales pourraient ainsi éviter la construction de réseaux électriques nationaux.

Propos recueillis par Concepcion Alvarez
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