Publié le 16 novembre 2012

EMPREINTE TERRE

Où vont les déchets de l'Union européenne ?

A la fois source de valeur et de problèmes, les déchets sont désormais au centre d'un vaste commerce mondial. Que ce soit pour être traités ou recyclés, les déchets classiques mais aussi les plus dangereux traversent de plus en plus les frontières et parfois même le monde. Dans un rapport publié le 8 novembre, l'agence européenne de l'environnement nous donne quelques informations sur la destination des déchets produits par l'Union européenne.

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« Les pays européens exportent plus de déchets que jamais », affirme Jacqueline Mc Glade. La directrice exécutive de l'Agence européenne de l'environnement s'appuie en cela sur un rapport publié le 8 novembre : « Les mouvements des déchets à l'intérieur et à l'extérieur de l'Europe ». Entre 1999 et 2011, les exportations de déchets métalliques de fer, acier, cuivre, aluminium et nickel ont doublé, ceux de métaux précieux ont été multiplié par 3 tandis que les déchets plastiques ont carrément quintuplé ! Parallèlement l'exportation de déchets dangereux (toxiques, irritant, explosifs, inflammables, etc.) ont plus que doublé entre 2000 et 2009 et continuent de croître, après un ralentissement de quelques années.

Une multiplication des flux de déchets internes et externes

Cette forte augmentation s'explique notamment par une règlementation de plus en plus stricte et harmonisée au sein de l'Union européenne qui a favorisé l'export des déchets vers des pays étrangers, soit mieux équipés, soit moins disants.... Au sein de l'Union elle-même, le marché unique a également permis une circulation plus fluide entre les membres de l'UE, puis les politiques de promotion des énergies renouvelables ont favorisé une demande pour certains types de déchets comme le bois, utilisé dans la production d'énergie à partir de biomasse solide, un processus qui a crû de 50% entre 1995 et 2008.

A l'extérieur de l'Union, le besoin de plus en plus important de matières premières pour faire face à la croissance des pays émergents a aussi renchérit le prix de ces matériaux et créé un véritable marché pour le recyclage ou l'incinération de déchets (énergie). Les exportations de ferraille et d'acier ont atteint 18 milliards d'euros en 2011, soit une multiplication par 8 par rapport à 1999, tandis que la valeur des déchets de cuivre, aluminium ou nickel aété multipliée par 6 et celle des déchets de métaux précieux par 15 ! Une part « significative » de ces déchets produits en Europe est ainsi exportée à l'extérieur de l'UE (5,5Mt pour le plastique, 45 Mt pour l'acier et la ferraille, 6,1 Mt pour le cuivre, l'alu et le nickel et 0,07 Mt de métaux précieux). Le plastique par exemple est massivement envoyé en Asie.

Où vont les déchets dangereux ?

Cette multiplication des transferts peut avoir des bons et mauvais côtés selon l'AEE. Ce commerce peut effectivement favoriser le recyclage ou l'élimination de certains déchets qui sont ainsi traités dans des endroits adaptés. Le secteur des déchets ferait ainsi travailler près d'1 million de personnes dans l'UE, selon Eurostat et la branche du recyclage serait particulièrement dynamique (298 680 personnes en 2008 contre 176 828 en 2000). Mais il est aussi évident que celui-ci peut générer des risques environnementaux et sanitaires à la fois dans les pays où seront traités in fine les déchets dangereux (et qui ne sont pas toujours réellement équipés pour) mais aussi dans la phase de transport elle-même (voir « Probo Koala : chronique d'un drame annoncé » ).

Aujourd'hui, l'Union européenne produit environ 74 millions de tonnes de déchets dangereux (2009), 11 Mt en France. 10% de ceux-ci, principalement des déchets industriels, sont exporté (+131% entre 2001 et 2009, soit 7,4Mt), sachant que parallèlement, l'Union en importe 8,9Mt (+197% entre 2001 et 2009). La quasi-totalité (97% en 2009) des déchets dangereux -notamment les résidus provenant de l'élimination des déchets industriels et les sols contaminés- restent cependant à l'intérieur des frontières européennes, affirme le rapport. Du moins officiellement. Les déchets sont ainsi transférés dans les pays voisins, soit parce que le pays n'a pas les installations adéquates pour traiter ceux-ci, soit parce que cela revient moins cher. Cependant, l'Agence européenne de l'environnement n'est pas dupe : les déchets électroniques qui sont habituellement classés dans la catégorie des déchets dangereux ne peuvent pas être envoyés dans les pays hors OCDE. Théoriquement du moins (voir « l'exportation de déchets dangereux vers les pays en développement bientôt interdite »). Car « il existe beaucoup d'indices montrant qu'une part substantielle des déchets électroniques européens est exportée vers des endroits comme l'Afrique de l'Ouest et l'Asie, sous couvert de déchets classiques », souligne le rapport. Entre 250 000 et 1 300 000 tonnes de produits électroniques usés feraient ainsi le voyage entre l'Union et ces zones...

Quelle politique européenne des déchets ?

Les transferts illégaux de déchets inquiètent également l'Agence européenne de l'environnement qui estime que le phénomène va s'accroître à l'avenir. Rien qu'entre 2007 et 2009, 400 cas ont été notifiés à la Commission européenne par les Etats. En réalité, le chiffre doit être bien supérieur estime cependant l'agence. Selon Europol, le commerce des déchets illégaux est d'ailleurs de plus en plus développé par le crime organisé. Selon elle, ce trafic est de plus en plus sophistiqué et peut aussi concerner aussi bien les pays d'Afrique et d'Asie que les Etats membres ou voisins de l'Union comme la Roumanie, la Hongrie ou l'Albanie. De fait la commission européenne réfléchit actuellement à des mesures plus strictes (renforcement de la législation ou des contrôles) destinées à lutter contre ce trafic.

Le rapport recommande par ailleurs à l'Union de consacrer plus d'efforts à la prévention des déchets, en encourageant notamment les nouvelles technologies permettant de générer moins de déchets ou de les rendre moins dangereux de façon à devenir plus efficace dans la gestion de ses ressources, un élément clé de la stratégie de croissance 2020 de l'UE.

Béatrice Héraud
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