Publié le 15 juillet 2003

EMPREINTE TERRE

La Corse bannit les sacs plastiques

A la suite d'un référendum, organisé auprès des consommateurs, les 23 et 24 mai 2003, la Corse est devenue la première région de France à renoncer à l'usage du sac plastique dans la grande distribution. Dorénavant, c'est avec un cabas ou dans des sacs en papier que le consommateur fera ses courses. Cette initiative, fruit d'un consensus assez exceptionnel, pourrait bien déclencher des réactions en chaîne.

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Après l'Irlande, Taiwan ou encore l'Afrique du Sud, c'est en Corse qu'a sonné l'heure de la fin d'un règne polluant, disgracieux et dévastateur : celui du sac plastique offert gratuitement aux caisses des grandes surfaces. Les 100 millions distribués chaque année sur l'Ile de beauté se retrouvent sur les plages, dans la mer et le maquis, avec une durée de vie de 200 ans... A la suite d'une vaste campagne d'information lancée avec affichage, prospectus et débats, un référendum a eu lieu, pour faire appel " à la responsabilité de chacun et dans un souci de démarche éco-citoyenne ". Les 23 et 24 mai, dans les principales grandes surfaces de l'île (3 Géant Casino, 2 Carrefour et 3 Super et Hyper U), situées à Bastia, Ajaccio, Calvi et Porto Vecchio, les clients ont voté. Grâce à un boîtier électronique installé près des caisses, ils ont pu choisir leur solution préférée, entre les trois techniquement validées par l'Office de l'Environnement de la Corse (OEC) : le sac cabas renouvelable à vie, le sac en papier kraft et le sac à base d'amidon de maïs.

C'est finalement le sacs cabas en nylon, vendu 1 €, et le sac en papier kraft, biodégradable, recyclable et proposé à 0,08 €, qui ont été plébiscités, respectivement avec 61 % et 19 % des 30 500 votes. Ils viendront donc supplanter le sac en plastique dès le 15 juillet dans tout le circuit de la grande distribution corse. Pour l'OEC, il ne s'agissait pas de trouver une solution miracle mais des solutions intégrant le cycle de vie complet d'un sac de courses, comme l'explique Mr Jehl, coordinateur de l'opération : " Tout d'abord une solution quantitative, par l'élimination à la source, d'où le concept du sac cabas, qui évite le recours aux multiples sacs plastiques. Ensuite, qualitative, et c'est pourquoi nous avons cherché des matières moins polluantes et biodégradables selon les normes européennes. "

Un ras-le-bol fédérateur

La mobilisation contre les sacs plastiques en Corse aura donc fait du chemin, depuis l'appel lancé en 1999 par les organisateurs du Festival du vent de Calvi pour que soient trouvées d'urgence des solutions alternatives pour enrayer la dégradation et la pollution du paysage insulaire. Le 20 mars 2002, un premier écho positif est donné par le Conseil économique social et culturel de Corse, qui, inspiré par la " taxe " irlandaise, adopte une motion et invite à la mobilisation de " tous les particuliers, les commerçants, les institutions et la grande distribution pour que le sac plastique soit remplacé par un sac issu du recyclage ou autre matière biodégradable ".

L'OEC entame alors une concertation avec les principaux représentants de la grande distribution sur l'Ile (Magasins U, Carrefour et Casino) et annonce, le 17 décembre 2002, le lancement d'une opération de substitution, avec consultation de la population au printemps 2003, " car les Corses sont très concernés par la nature avec laquelle ils entretiennent un rapport intime ". Autre argument l'île, comme l'Irlande, vit essentiellement du tourisme, avec 2 millions de visiteurs par an pour 250 000 habitants. Plus officiellement, le 15 mai 2003, l'Assemblée territoriale corse a voté une motion afin d'interdire le sac plastique sur l'île et encourager les solutions alternatives non polluantes. " Nous avons anticipé, par une décision citoyenne, ce qui allait tôt ou tard être imposé ", concède François Padrona, président des magasins U de Corse.

Pour lui, comme pour ses confrères de la grande distribution, il s'agissait de prendre une part de responsabilité " dans la recherche d'une solution... mais pas dans la pollution : nous ne sommes pas responsables des gens qui abandonnent les sacs n'importe où. Mais nous sommes responsables de la mise en circulation du produit polluant. " Pour preuve de cette prise de conscience, les distributeurs ont accepté que les sacs ne portent plus les logos des enseignes mais un message unique sur la protection de l'environnement, et le facturent à prix coûtant aux consommateurs.

Le début de la fin des sacs en plastique ?

La Corse est donc la première région de France à proscrire l'usage du sac plastique sur son territoire, et ce, sans avoir eu recours à une décision légale, mais par consensus trouvé, en moins de six mois, entre les principaux pourvoyeurs de ses objets flottants non désirés. C'est sans doute cela qui rend l'initiative difficilement transposable en Métropole. La multiplicité des enseignes laisse entrevoir la difficulté de trouver une solution commune. Ainsi, Leclerc fait déjà payer des sacs moins polluants et propose un sac cabas renouvelable mais il n'a guère fait d'émules. Beaucoup craignent de choquer une population de consommateurs habitués à la gratuité.

Pour les instigateurs de l'initiative corse, l'engouement suscité par leur décision est réel. " Mais en France, il y a un lobbying important, constate François Padrona. Et ne serait-ce qu'à voir la réaction des fabricants et du syndicat des fabricants de sacs plastiques, qui ont claqué la porte dès les premières consultations, sans rien proposer, il y a peu de chances que le ministère de l'Environnement prenne une décision dans ce sens. Il semble plus probable que cela vienne de l'Europe, sous forme de directives par exemple. "

En attendant, des actions isolées voient le jour, et devraient faire des vagues. Selon Le Monde du 20 mai 2003, l'association Echomer serait sur le point de bouter le sac plastique hors de l'île de Ré, avec le soutien du conseil régional. En région PACA, selon Emballages Magazine, c'est un député UMP des Bouches-du-Rhône, Jean Roatta, qui, citant la récente initiative corse, souhaite contraindre les commerçants à recourir aux sacs en papier recyclé ou en matière biodégradable. Il aurait récemment déposé une proposition de loi à l'Assemblée. Pendant ce temps, en Corse, la prochaine étape est de sensibiliser les petits commerces aux vertus du sac en papier kraft.

Sylvie Touboul
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