Publié le 02 novembre 2015

EMPREINTE TERRE

L’impact des déchets sur le réchauffement climatique sous-évalué

L’impact des déchets sur le climat n’est pas suffisamment pris en compte. C’est ce qu’affirme un rapport commandité par Zero Waste et ACR+. Les deux associations y appellent à concevoir un nouveau système de calcul des émissions de gaz à effet de serre (GES) liées à la gestion des déchets dans les inventaires publiés par les Etats. Cette nouvelle grille permettrait de prendre en compte la totalité des émissions, déchets résiduels et déchets réutilisés. Et pourrait changer la donne.

Grapin de l'incinérateur de Lyon Gerland
Cniid

La gestion des déchets produit des émissions de GES. Mais les politiques vertes de réutilisation, de recyclage et de prévention également. Un paradoxe que mettent à jour les associations Zero Waste et ACR+ dans un rapport intitulé "la contribution potentielle de la gestion des déchets à une économie bas carbone" publié le 28 octobre. Et qui les conduit à proposer un nouveau mode de calcul prenant en compte l’impact des activités de valorisation énergétique des déchets, rattachées pour des raisons comptables à d’autres secteurs de l’économie.  

Pour Delphine Lévi Alvarès, responsable du plaidoyer et des relations institutionnelles à Zero Waste France, il est vital d’interpeler les décideurs politiques : "Avec la France qui accueille la COP21 en décembre, c’est une vraie opportunité de sensibiliser les Etats à l’impact réel de la gestion des déchets sur les changements climatiques", assure-t-elle. Car celle-ci est largement sous-évaluée selon Zero Waste.

 

Un système de calcul controversé  

 

Si l'on en croit la comptabilisation officielle, la gestion des déchets résiduels (décharges, incinération…) représentait seulement 3 % des émissions de GES au niveau européen en 2012. Mais ce chiffre est loin du compte selon Delphine Lévi Alvares: "l’impact total est bien supérieur à ces estimations. En réalité, il s’agirait plutôt du double". En cause, selon elle : les règles de comptabilisation des émissions.  

Ainsi, la partie "déchets" des inventaires nationaux de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) ne prend pas en compte la plupart des émissions de ce secteur. Elle se concentre principalement sur les émissions de méthane des "décharges". Or, certains déchets sont réutilisés par les industries qui les produisent. Ils sortent dès lors de la catégorie "déchets" pour intégrer les sections des transports, des énergies, de l’industrie ou de l’agriculture. Le GIEC considère leur empreinte carbone comme "neutre" dès qu’ils sont réutilisés par recyclage, méthanisation, compostage ou par incinération. Ce présupposé conduit la valorisation énergétique à bénéficier d’un statut d’ "énergie renouvelable", lui permettant d’être prise en compte comme un "bénéfice", alors même qu’elle contribue aux changements climatiques, souligne Zero waste.  

Cette comptabilité inadéquate ne va pas donc dans le sens d’une gestion des déchets vertueuse, insiste Delphine Lévi Alvarès. "Plutôt que de se concentrer sur les déchets en tant que potentielle source d’énergie supposément renouvelable, l’accent devrait être mis sur la manière de retenir au mieux l’énergie grise des matériaux et des biens tout en réduisant la production des déchets en premier lieu", précise le rapport.  

 

Pour une politique plus efficace de gestion des déchets  

 

Principale technique dénoncée par le rapport de Zero Waste : l'incinération. Plus facile à mettre en œuvre et surtout productrice d’énergie, l'incinération est en concurrence avec d’autres méthodes de gestion des déchets, certes moins rentables sur le moment mais plus productives à long terme, comme la prévention ou le recyclage. Ainsi, les incinérateurs, qui doivent fonctionner à capacité constante pendant toute leur durée de vie, créent un effet d'inertie et empêchent certaines collectivités de recourir à des activités moins polluantes, estime Delphine Lévi Alvares.  

Mais Zero Waste met aussi en garde contre les politiques de soutien à l'énergie biomasse issue des déchets, pourtant poussées par le GIEC, puisque la combustion de la biomasse est considérée comme étant neutre en carbone. Seulement, ils n’encouragent pas à faire les efforts nécessaires en matière de recyclage et de prévention. Une prévention qui doit d'ailleurs toujours prendre le pas sur toutes les autres solutions insiste Zero Waste. Si l’on prend le cas du plastique destiné à l’emballage par exemple, il serait plus judicieux d’inciter les entreprises à réduire leur utilisation plutôt que de favoriser son recyclage : 1 tonne de plastique économisée permettrait en effet d’éviter l’émission de 3 tonnes CO2 équivalent contre 500 kg CO2 équivalent si elle était recyclée.  

Outre une nouvelle comptabilité des déchets, l'association demande donc aux Etats de cesser immédiatement de soutenir toute forme d'énergie issue des déchets résiduels (soit les déchets qui restent après le tri) et de l'utilisation de la biomasse récoltée pour la production d'énergie ou de carburants renouvelables. Et d'intégrer les déchets dans le marché carbone européen, puisque son exclusion actuelle est considérée par Zéro Waste comme une subvention indirecte aux installations de gestion de déchets qui produisent de l'électricité.

Marie Pecquerie
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