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Publié le 24 octobre 2005

EMPREINTE TERRE

Déchets : un problème urgent et non résolu

Alors que la production de déchets augmente de 1% chaque année, seuls 20% sont recyclés. Le coût de gestion de ces déchets ne cesse de croître, ainsi que les émissions de gaz à effet de serre liées à leur traitement. La campagne Réduisons vite nos déchets, ça déborde , lancée par l'Ademe, entend sensibiliser le public sur le rôle qu'il peut jouer dans la réduction de ces déchets.


L'auocollant " STOP PUB "

Chaque foyer reçoit chaque année 40 kg de courrier non adressé, ce qui représente pour la France 1 million de tonnes par an. Le coût de la collecte et du traitement de ces
courriers non adressés est à la charge des collectivités locales et donc du contribuable. Pour une ville de 100 000 habitants comme Nancy, leur traitement représente une
dépense supplémentaire de 250 000 d'euros par an. Si 5 % de la population appose un autocollant " Stop Pub " sur sa boîte aux lettres et qu'il est respecté, plus de 40 000 tonnes de papier chaque année seraient économisées.

Aujourd'hui, chaque Français jette 360 kg d'ordures par an, soit presque un kilo par jour, selon le Ministère de l'écologie. 80% de ces déchets, soit 290 kg, finissent en décharge ou sont incinérés, moyen peu écologique de les traiter. Certes, des progrès ont été réalisés depuis 10 ans avec la mise en place du tri sélectif et les rejets de dioxines par les incinérateurs ont été divisés par 6, entre 1995 et 2004. Mais le taux de recyclage (20%) reste très insuffisant.
La France court par ailleurs le risque de manquer d'installations de traitement des déchets (incinérateurs, centres de stockage...) en augmentation constante de 1% par an. De nombreux départements rencontrent des difficultés croissantes pour gérer leurs déchets, qui représentent un coût financier très lourd, assumé par les collectivités et les citoyens, via les impôts et les taxes locales. En France, 9 milliards d'euros ont été dépensés, en 2003, pour la gestion de tous les déchets dont 5,2 milliards par les collectivités, selon les chiffres de l'IFEN.
Pour endiguer le problème, le gouvernement a annoncé un plan de réduction, qui a notamment pour objectif de réduire la part de déchets non valorisés de 290 kg à 250 kg dans 5 ans et 200 kg dans 10 ans. Par ailleurs, une campagne nationale de prévention a démarré, le 10 octobre dernier, pour inciter les Français à jeter moins. Intitulée " Réduisons vite nos déchets, ça déborde ", dans le même esprit que la campagne sur les économies d'énergie " Faisons vite, ça chauffe ", la campagne associe des acteurs clés du secteur comme Eco-Emballages, Onyx/Veolia Environnement et des associations comme France Nature Environnement (FNE), et Consommation Logement et Cadre de Vie (CLCV). Le succès de la valorisation des déchets dépend en effet des efforts réalisés par le public en matière de tri sélectif.
Mais l'augmentation du volume des déchets concerne également la responsabilité des industriels et des distributeurs, qui sont à l'origine de nombreux déchets imposés aux consommateurs -suremballages, portions individuelles, prospectus dans les boîtes aux lettres, etc- . La part des emballages non dégradables a en effet explosé : ils représentent aujourd'hui 50 % du volume des poubelles et 33 % de leur poids. Enfin, le cas des sacs de caisse jetables a montré toutes les limites de la bonne volonté des consommateurs comme des distributeurs. Devant le mécontentement de leurs clients, 33 enseignes ont en effet réintroduit le sac jetable, l'une des plus grandes sources de déchets et de pollution. Selon les chiffres de la Fédération du Commerce et de la Distribution, les grandes surfaces qui produisent environ deux sacs plastiques sur trois ont réduit leur distribution de 15% en deux ans. Pourtant, 15 milliards de sacs ont encore été distribués en 2004. Seule la Corse est parvenue à proscrire l'usage du sac plastique sur son territoire, en trouvant un consensus avec les acteurs de la distribution.

Méfiance de la population à l'égard de l'incinération

Si l'incinération reste le principal moyen de traitement, c'est également celui qui pose le plus de problèmes environnementaux et sanitaires. Il existe encore aujourd'hui de nombreuses installations non conformes aux normes européennes, alors que les usines d'incinération d'ordures ménagères doivent se mettre en conformité au plus tard le 28 décembre 2005.
Selon un bilan réalisé début 2005 sur l'avancement de la mise en conformité, des retards pris sur certaines installations montrent que les travaux ne seront pas achevés à cette date. Par ailleurs, les centres de traitement existants arrivent à saturation, la population refusant dans la plupart des cas la mise en place de nouvelles installations. Les rejets excessifs de dioxine par les incinérateurs sont en effet à l'origine de plusieurs scandales. Il faut rappeler en outre que la France arrive en tête des pays européens, avec 600 tonnes/heure de déchets traités par 160 incinérateurs, qui rejettent de la dioxine, mais également des métaux lourds et du monoxyde d'azote, polluants dangereux pour la santé des riverains...
En privilégiant l'incinération, la France accuse aujourd'hui un certain retard en matière de recyclage. Alors que la Suisse recycle 48% des déchets ménagers et industriels, la France ne parvient qu'à 12%. Les 47 millions de tonnes de déchets municipaux représentent pourtant à eux seuls un gisement de 37,1 millions de tonnes de "ressources" à valoriser, alors que leur incinération coûte actuellement 1,3 milliards d'euros... L'échec français dans ce domaine est patent, notamment en raison de l'absence de collaboration entre l'Etat et les différents échelons territoriaux. L'Etat n'a toujours pas défini de politique nationale des déchets, ni dans la prévention, ni dans le traitement. Conséquence : l'objectif " zéro décharge " est loin d'être atteint et près de 80% des départements risquent d'être dépassés par les volumes de déchets à traiter d'ici 2010.

Véronique Smée
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