Publié le 25 novembre 2014

EMPREINTE TERRE

Vers l’élimination des HFC, un gaz jusqu'à 23 000 fois plus réchauffant que le CO2

Paris accueillait du 17 au 22 novembre la 26e réunion des parties au protocole de Montréal. Au cœur des discussions des 120 délégations étrangères présentes : la fin des émissions des HFC (hydrofluorocarbures). Cette famille de gaz de synthèse utilisés dans les climatiseurs, les aérosols, extincteurs, etc. sont une véritable bombe climatique. Si certains pays du Golfe, notamment, sont très rétifs à un accord, d’autres commencent à bouger.

Blocs de climatisation alignés sur des toits de Shangaï. Les climatiseurs contiennent des gaz HFC.
© Liu Jin / AFP

Dans la jungle des négociations internationales pour sauver le climat, le protocole de Montréal, ratifié en 1987, continue discrètement son petit bonhomme de chemin. Lentement mais sûrement, il travaille à l’éradication de toutes les émissions industrielles de gaz nocifs pour la couche d’ozone. Avec des résultats probants, puisque les CFC (chlorofluorocarbures) et autres HCFC ont été progressivement interdits. 

 

A la veille de la COP 21 et des grandes négociations climatiques de 2015, il n’est pas anodin que les hydrofluorocarbures (HFC) soient aujourd’hui en ligne de mire. Car si ces gaz fluorés, produits de substitution des CFC, n’affectent pas la couche d’ozone, ils ont le désavantage d’être de puissants gaz à effet de serre. "Les HFC sont de véritables bombes climatiques puisque jusqu’à 23 000 fois plus réchauffant que le CO2", déclare Maxime Beaugrand, avocate représentant l’Institute for Governance and Sustainable Development (IGSD), une ONG basée à Washington qui lutte contre les gaz à effet de serre à courte vie, comme le carbone suie, le méthane ou les HFC.

Ces gaz fluorés, dont le potentiel moyen de réchauffement global est compris entre 92 et 14.800 fois supérieur à celui du CO2, progressent ainsi dans certains pays à un rythme accéléré : de 10 à 15% par an. Et "on s’attend à ce que cette croissance se poursuive durant les trente ou quarante prochaines années, car l’élimination des CFC s’est accélérée, mais aussi parce que la population mondiale augmente, s’enrichit, la planète se réchauffe et les populations cherchent à se maintenir au frais", complète l’avocate.

 

L’Europe s’engage sur une baisse de 80 % de ses HFC dans les 15 années à venir

 

La durée de vie des HFC est faible dans l’atmosphère, mais leur potentiel réchauffant est très important. Éliminer ces gaz permettrait, selon le gouvernement américain, d’éviter les émissions de 100 milliards de tonnes d’équivalents CO2 d’ici à 2050 et une augmentation de température de 0,5°C d’ici à 2100 ! 

 

Sous l’impulsion de Washington, un accord entre la Chine et les Etats-Unis a ainsi été signé en juin 2013, mettant en place des actions concertées pour faire cesser l’utilisation de ces substituts aux CFC. Un accord "thématique" que Pékin et Washington aimeraient bien voir se généraliser. Des négociations sont d’ailleurs en cours avec les Indiens. Pour sa part, l’Europe s’est engagée à réduire de près de 80% sa consommation de ces gaz fluorés d’ici à 2030.

 

La France s’est déclarée d’emblée favorable à un amendement du protocole de Montréal, qui prévoit l’élimination progressive des HFC entre 2016 et 2050. "Je vous encourage à ouvrir cette semaine un groupe de contact, qui examinerait et évaluerait les modalités précises d’un tel amendement », a déclaré Ségolène Royal en introduction à cette réunion. Et « déjà la Chine, l’Inde et l’Afrique du Sud ont commencé à bouger », s’enthousiasme Durwood Zaelke, le président de l’IGSD, l’Institut pour une bonne gouvernance et le développement durable.

Certains pays du Golfe, de leur côté, s’opposent toujours à tout accord, alors qu’ils demeurent d’importants consommateurs de systèmes de réfrigération.

 

Poursuite des négociations en avril prochain

 

Si au terme de cette semaine d’intenses négociations, l’amendement concernant les HFC n’a pu être adopté, les tractations devraient se poursuivre en 2015. "Une réunion extraordinaire aura lieu en avril 2015 ainsi qu’un séminaire. Il aura pour but de convaincre les pays aux climats les plus chauds de l’efficacité des produits de substitution" explique, avec optimisme, Durwood Zaelke. Enfin, "à la veille de la COP21, trouver un accord sur les HFC permettrait de bâtir une vraie passerelle entre les négociations relatives au protocole de Montréal et celles sur le climat", conclut le président de l’IGSD.

Geneviève de Lacour
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