Publié le 17 mars 2017

EMPREINTE TERRE

Trump sabre le budget environnement des États-Unis

Le nouveau président américain a dévoilé jeudi son premier budget. Une attaque en règle contre tout ce qui touche au climat et à la transition énergétique. Il prévoit notamment une coupe de 31% dans les fonds alloués à l'EPA et la fin de la participation des États-Unis au Fonds vert de l'ONU pour le climat. C'est désormais au Congrès que la résistance s'organise. 

Donald Trump face au Congrès, le 28 février dernier.
Jim Lo Scalzo / EPA / Pool / Anadolu Agency / AFP

Le document s'intitule "A Budget to Make America Great Again", en écho au slogan de campagne de Donald Trump. De fait, le tout premier budget présenté jeudi par le président américain est dans la droite ligne des promesses du candidat Trump : baisse tous azimuts des dépenses de l'État et attaques ciblées contre les administrations en charge de la protection de l'environnement. Même si le dernier mot en matière budgétaire revient au Congrès, la machine est bel et bien lancée.

L'inquiétude des associations environnementales américaines est immense. La saignée la plus visible touche l'Agence de protection de l'environnement (EPA), en charge de la mise en place des normes environnementales : Donald Trump souhaite amputer son budget de 31%, au-delà des projections les plus alarmistes dévoilées dans la presse américaine ces dernières semaines.

Pour économiser ces 2,6 milliards de dollars, il faudrait notamment supprimer 3.200 postes, soit un cinquième de l'effectif global. "Le budget de l'EPA, c'est déjà la famine. Cette proposition nous enlève le pain et l'eau de la bouche", résume John O'Grady, représentant syndical des employés de l'EPA. 

 

Casser le thermomètre

 

L'administration Trump ne se contente pas de fixer des objectifs généraux chiffrés pour chaque administration. Elle pointe du doigt les coupes à effectuer, programme de recherche par programme de recherche. À l'EPA, celui consacré aux perturbateurs endocriniens est notamment cité.

La NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration, en charge des relevés de température) devrait abandonner Sea Grant, un programme établi dès 1966 pour aider les autorités locales à mieux appréhender la montée générale du niveau des eaux. Il est jugé "de moindre importance".

La NASA devra quant à elle faire une croix sur certaines de ses missions d'observation par satellite des océans et du dioxyde de carbone.

 

America First

 

Donald Trump s’en prend aussi à la transition énergétique initiée par l'administration Obama. Au sein du ministère de l'énergie, les fonds alloués à la recherche sur les véhicules du futur seraient supprimés, parce que "le secteur privé est mieux placé pour la financer", peut-on lire dans le budget Trump.

Les lignes budgétaires ainsi dégagées seraient réaffectées à des programmes autour des énergies fossiles, de l'efficacité énergétique et du nucléaire.

Donald Trump souhaite au passage débloquer 120 millions pour relancer le projet controversé de stockage des déchets à haute valeur radioactive de Yucca Mountain.

Prenant au mot le slogan "America First" (l'Amérique d'abord), ce budget tourne aussi le dos à de nombreux engagements internationaux. Les États-Unis stopperaient purement et simplement leur participation au Fonds vert de l’ONU pour le climat. Barack Obama avait promis de l’abonder à hauteur de 3 milliards de dollars. Seul un milliard a pour le moment été versé.

"Les programmes bilatéraux signés avec la Chine et l'Inde sont aussi des cibles à éliminer. Ils permettaient d'aider ces pays à mieux faire face au changement climatique et à lancer la transition vers une économie bas-carbone. Cela représente un impact international énorme. On est en train de supprimer tout ce qui nous permet de nous conformer à l'Accord de Paris. C'est un retrait de fait", s'alarme Andrew Light, ancien négociateur pour les États-Unis, aujourd’hui expert pour le World Resources Institute, un think tank spécialisé sur le climat. 

 

Bataille acharnée au Congrès

 

C'est désormais vers le Capitole que tous les regards se tournent. Car si le président américain propose, c'est bien le Congrès qui rédige les lois de finance.

Même avec une majorité républicaine, Donald Trump aura du mal à faire approuver son plan de bataille en l'état et il devra sans doute faire des concessions. Certains programmes locaux de l'EPA, en faveur de la région des Grands lacs ou de la baie de la Chesapeake, vont être défendus bec et ongles par les élus des États concernés, quelle que soit leur couleur politique. Mais qu'en sera-t-il des autres propositions ?

La crainte des associations de défense de l'environnement est de voir ne serait-ce qu'une partie de ce budget validée. "Nous pressons le Congrès de tout faire pour éviter les coupes drastiques dans les programmes internationaux, environnementaux, scientifiques et d'énergie. Ne pas agir pour le climat aujourd'hui nous coûtera très cher demain", met en garde Bob Perciasepe, ainsi administrateur adjoint de l'EPA, aujourd'hui à la tête du think tank Center for Climate and Energy Solutions. 

Andrew Light met quant à lui en garde contre la "tragédie" à venir.

Fannie Rascle
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