Publié le 05 mai 2016

EMPREINTE TERRE

Risque carbone : un baril de brut sous les 120 dollars plus rentable pour les majors pétrolières

Limiter le réchauffement climatique à 2°C d’ici la fin du siècle serait rentable pour les majors pétrolières si le prix du baril ne dépassait pas les 120 dollars... C’est ce que tend à démontrer une étude que publie ce jeudi Carbon Tracker Initiative. Édifiante, la publication devrait conduire de nouveaux investisseurs à s’engager sur la question climatique. Explications.

Plateforme pétrolière durant une tempête en mer de Norvège, janvier 2007.
Marcel Mochet / AFP

140 milliards de dollars. Ce chiffre correspond, selon Carbon Tracker Initiative, à l’appréciation des actifs des majors pétrolières si elles ne développaient que des projets compatibles avec l’objectif des 2°C. Une appréciation de 140 milliards de dollars supplémentaire par rapport à un scénario "Business as Usual" (BAU).

Cette estimation provient de la nouvelle étude du think tank financier Carbon Tracker Initiative (CTI), publiée ce jeudi 5 mai. Elle analyse l’ensemble des portefeuilles d’actifs détenus par les sept plus grosses majors : Exxon, Shell, BP, Chevron, ConocoPhillips, Eni et Total.

Cette étude vient apporter de l’eau au moulin des investisseurs, de plus en plus nombreux et de plus en plus inquiets sur la question de la résilience des actifs pétroliers dans un scénario 2°C. Le fonds souverain norvégien, le plus important au monde, a récemment soutenu les résolutions climat déposées en amont des AG d’ExxonMobil et de Chevron cette année. Des résolutions qui demandent aux sociétés pétrolières d’effectuer un "stress test" de leur stratégie et de leurs investissements dans le cadre d’un scénario 2°C.  

 

+43% avec un baril à 60 dollars

 

Si l’on en croit les résultats de CTI, leurs portefeuilles seraient bien plus rentables dans une stratégie bas-carbone. "Dans un scénario 2°C, les majors vont devoir s’adapter à la baisse de la demande de pétrole. Elles pourront toutefois continuer à créer de la valeur si elles s’abstiennent d’investir dans les projets les plus coûteux et les plus émetteurs de carbone", explique Mark Fulton, conseiller auprès de Carbon Tracker et co-auteur de l’étude.

En effet, elles créeront plus de valeur avec un portefeuille compatible avec les 2°C qu’avec un portefeuille BAU tant que le prix du pétrole reste inférieur à 120 dollar/ baril. Avec un baril à 60 dollars, le portefeuille 2°C vaut 43% de plus que le portefeuille BAU, et encore 15% de plus avec un baril à 80 dollars. Ce chiffre tombe à 5 % d’augmentation avec un baril à 100 dollars. La valeur de ces actifs serait identique avec un baril à 120 dollars. Or, à ce stade, l’AIE prévoit un prix du baril à 80 dollars au plus tôt en 2020 et à 100 dollars en 2040.  

 

Privilégier la valeur au volume

 

Carbon Tracker Initiative va même plus loin : en distinguant les projets "nouveaux" (dont le développement n’a pas encore commencé) des projets en cours, le think tank démontre que la très grande majorité de ces projets ne sont pas nécessaires dans un scénario 2°C et ne seront pas viables économiquement, sauf dans l’hypothèse d’une hausse des prix du pétrole forte et durable. Ce qui n’est pas le cas des projets en cours.

Le pétrole issu des sables bitumineux canadiens, de l’offshore, du pétrole lourd au Venezuela, etc... a été majoré d’une prime de risque de 0,5% car sa rentabilité est soumise à une plus grande volatilité. Résultat : le seuil ne se situerait plus à 120 dollars le baril mais à 180 dollars, pour que le portefeuille BAU soit plus rentable que le portefeuille 2°C. "Les pétroliers ont connu par le passé des phases où ils ont privilégié la valeur au volume. Cela doit désormais devenir une logique permanente, étant donné que le risque lié à la poursuite de projets à coût élevé ne cesse d’augmenter", a déclaré Paul Spedding, ancien responsable mondial de la recherche de pétrole et de gaz à HSBC et conseiller pour Carbon Tracker.

En France, dans le cadre de l’article 173 de la loi de transition énergétique, les investisseurs institutionnels devront rendre des comptes sur leur gestion des risques liés au climat.

Par ailleurs, la task force sur la transparence financière climatique (TFCD), présidée par Mike Bloomberg, travaille sur des lignes directrices de reporting sur le risque climat à destination du secteur financier (voir notre interview de Christian Thimann, le vice-président de cette task force).

Concepcion Alvarez
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