Publié le 09 février 2015

EMPREINTE TERRE

Risque carbone : le fonds norvégien se désengage de 22 entreprises dans les secteurs du charbon, des sables bitumineux et du ciment

Alors qu’à Genève, les délégations de 195 pays discutent des prémices d’un accord global sur le climat, le fonds norvégien a annoncé, le 5 février, qu’il exclut de son portefeuille 22 entreprises présentes dans les secteurs du charbon, des sables bitumineux et du ciment.  Un signal fort à seulement quelques mois du sommet climatique de Paris.

Mine de charbon exploitée dans l’est de l’Allemagne.
Patrick Pleul / ZB / Picture Alliance / AFP

A 9 mois de l’ouverture de la COP21, qui doit amener 195 Etats à trouver un accord pour lutter contre le changement climatique, les initiatives parallèles des acteurs économiques et financiers se multiplient.

C’est notamment le cas de certains investisseurs qui anticipent déjà les impacts du réchauffement climatique sur leurs portefeuilles. Le fonds norvégien, le plus grand fonds souverain du monde avec 870 milliards de dollars d’actifs, vient ainsi d’annoncer qu’il s’est désengagé l’an dernier de 22 entreprises impliquées dans les secteurs du charbon, des sables bitumeux, du ciment et de l’or.

Des activités qui ont en commun de générer une quantité importante de gaz à effet de serre (GES).

Dans son premier rapport sur sa politique d’investissement responsable, publié jeudi 5 février, le fonds explique son choix. Il estime que le modèle économique de ces entreprises n’est plus soutenable à moyen et long termes.

Il juge ainsi quasi inéluctable la mise en place de normes drastiques visant à limiter les activités les plus polluantes.

 

Une décision attendue

 

L’annonce du fonds norvégien ne constitue pas une surprise.

Depuis le début de l'année 2014, il subissait la pression des ONG (organisations non gouvernementales) et du parlement norvégien pour lutter contre le changement climatique.

Le fonds le plus riche du monde, nourri par l’exploitation pétrolière, devait répondre à cette question: doit-il refuser d’acheter les actions des compagnies pétrolières ou de producteurs de charbon pour ne pas aggraver sa contribution aux émissions de gaz à effet de serre?

Un rapport d’experts, mandaté par la direction du fonds, avait déjà apporté un début de réponse en décembre dernier.

Ses auteurs reconnaissaient que le changement climatique pose des problèmes éthiques et financiers. Ces experts recommandaient au fonds norvégien "d’intégrer sa contribution à la lutte contre ce phénomène dans ses lignes directrices d’investissement éthique et de mettre en place un mécanisme lui permettant d’exclure, au cas par cas, les compagnies les plus émettrices de gaz à effet de serre.ʺ

 

Un changement de paradigme

 

Cette décision témoigne de l’influence de ceux qui réclament un désinvestissement systématique des firmes opérant dans les secteurs les plus émetteurs de gaz à effet de serre parce que leur exploitation est incompatible avec le réchauffement climatique.

Une étude récente, publiée dans la revue Nature, a par ailleurs mis en évidence le fait qu’un quart seulement des combustibles fossiles connus et exploitables peut être effectivement brûlé si la température globale doit être limitée sous les deux degrés.

Autre signe tangible de changement, des majors pétrolières comme BP et Shell reconnaissent désormais qu’elles doivent s’expliquer sur la stratégie à déployer pour répondre à la nécessité de baisser drastiquement les émissions de gaz à effet de serre générées par leurs activités. Une situation encore inenvisageable il y a 3 ans.

Antonin Amado, avec Anne-Catherine Husson-Traore
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