Publié le 17 mars 2015

EMPREINTE TERRE

Risque carbone : désinvestissement a minima pour le fonds souverain norvégien

Un mois à peine après avoir annoncé son désengagement de 22 entreprises fortement émettrices de CO2, le fonds souverain norvégien a publié ce vendredi 13 mars son rapport d’activité. Très attendu, il déçoit. Pourquoi ? Parce que si le fonds se désengage bien d’entreprises aux activités particulièrement nuisibles au climat, notamment en Inde, il poursuit voire augmente ses investissements charbon ailleurs dans le monde, tout particulièrement en Chine. Décryptage.

Charbon stocké le 27 janvier 2015 sur le port de Qingdao, dans l'Est de la Chine.
AFP China / Xtra

Il était attendu avec impatience. Le gouvernement norvégien a publié vendredi 13 mars le rapport d’activité de son fonds souverain GPF (GPF - Norwegian Government Pension Fund), le plus grand fonds souverain du monde avec 870 milliards de dollars d’actifs.

Résultat : il se sépare de 53 entreprises présentes dans le secteur du charbon. À première vue, l’annonce est un signal fort envers les investisseurs pour se séparer d’entreprises aux activités fortement émettrices de gaz à effet de serre (GES). Le fonds norvégien est en effet considéré comme le chef de file de l’investissement responsable dans le monde.

 

Désengagement en Inde, investissement en Chine

 

Mais ce levier financier en faveur du climat s’avère bien trop faible pour les ONG norvégiennes. Elles soulignent en effet que le fonds ne fait que baisser de manière marginale ses investissements dans le charbon : moins 4,6% par rapport à l’année précédente, pour atteindre en 2014 un total de 9,16 milliards d’euros.

Surtout, elles relèvent la grande contradiction dans la politique d’investissement de la GPF : un désengagement en Inde à hauteur de 84 millions d’euros, une augmentation des investissements dans le charbon en Chine pour un montant de 85,4 millions d’euros.

La présence d’entreprises sulfureuses dans le portefeuille de la GPF passe également très mal. Les ONG norvégiennes citent comme exemple l’entreprise américaine Duke Energy, qui fait actuellement l’objet de poursuites judiciaires aux États-unis : pour avoir jeté illégalement dans les rivières des millions de litres de cendres de charbon, l’entreprise risque de devoir payer une des amendes les plus lourdes de l’histoire des États-Unis.

 

Une stratégie d’exclusion possible

 

Ce faisant, les gestionnaires du fonds ont suivi les recommandations des experts, publiées le 3 décembre dernier, qui préconisaient l’exclusion au cas par cas d’entreprises les plus émettrices de GES.

Pour les ONG, cela reste insuffisant. "Changer tout simplement les investissements ravageurs pour le climat d’un endroit à un autre ne peut être une solution", estime Arild Hermstad de l’ONG Future in Our Hand, la plus grande organisation environnementale du pays. "Il faut un désengagement complet du charbon et le seul moyen d’y parvenir, c’est d’adopter une vraie stratégie d’exclusion".

Pour ce faire, les organisations misent sur la prochaine étape : la consultation annuelle entre le gouvernement et le parlement qui aura lieu en juin prochain. Le parlement, dont la majorité est acquise au désinvestissement du fonds souverain, se fera le chantre d’une stratégie axée sur l’exclusion du charbon.

Claire Stam
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