Novethic, Le média expert du développement durable

Suivez-nous

Publié le 10 octobre 2012

EMPREINTE TERRE

Quand les risques naturels se cumulent aux risques industriels

En Europe, 7% des accidents industriels sont liés à l'interaction entre un aléa naturel et un risque technologique. Le changement climatique impose de renforcer l'étude et la prévention de ces risques, estime l'INERIS.


Sans obérer l'ampleur du drame humain et environnemental, le séisme du 11 mars au Japon est «une expérience à échelle réelle très intéressante » qui permet d'améliorer les modélisations d'impact des aléas naturels sur les établissements industriels à risque, explique Mathieu Reimeringer de l'INERIS . Créé en 1990, l'Institut National de l'Environnement Industriel (INERIS) mène des actions de prévention sur les risques industriels et c'est à ce titre qu'il a organisé une mission au Japon, pour un retour d'expérience sur le tremblement de terre et le tsunami.
Alors que la Commission européenne vient d'émettre des recommandations pour améliorer la sureté des centrales nucléaires en France, les experts de l'INERIS se sont penchés sur les autres sites sensibles, comme les raffineries. Elles aussi sont vulnérables aux interactions entre risque naturel et risque technologique, estime l'établissement public.

Pour qualifier ces interactions, les professionnels des risques industriels utilisent le terme de « NaTech », contraction de naturel et de technologique. Ce risque désigne précisément « l'impact qu'une catastrophe naturelle peut engendrer sur tout ou partie d'une installation industrielle - impact susceptible de provoquer un accident, et dont les conséquences peuvent porter atteinte, à l'extérieur de l'emprise du site industriel, aux personnes, aux biens ou à l'environnement ». Selon le Joint Research Center d'Ispra (Italie) les accidents de ce type représentent 7% de ceux comptabilisés en Europe. Mais alors que les évènements climatiques extrêmes pourraient se révéler plus fréquents à l'avenir, l'étude des NaTech revêt une importance croissante : c'est du moins l'avis d'Agnès Vallée, responsable d'Etudes et Recherche à la Direction des Risques Accidentels de l'INERIS, qui présentait le 1er octobre dernier, les principaux enseignements de la catastrophe au Japon, sur les sites industriels.

Raffinerie Cosmo Oil : l'effet domino

Bien que les installations industrielles - hors centrales nucléaires - aient « plutôt bien résisté au séisme sur le plan global », le séisme et le tsunami ont fortement impacté les raffineries de Cosmo Oil, près de Tokyo, et de JX Nippon Oil à Sendai. Dans les deux cas, l'aléa naturel s'est conjugué avec un aléa industriel, donnant naissance à un accident « Natech ».

A Cosmo Oil, le séisme a entrainé un incendie qu'il a fallu dix jours pour éteindre, du fait d'une conjonction d'évènements hautement improbables : le 11 mars 2011, une des sphères de stockage du gaz liquide GPL était exceptionnellement remplie d'eau pressurisée, dans le cadre d'un test annuel de solidité. Autrement aurait-elle tenu le choc ? L'eau, plus lourde que le gaz, explique que la sphère soit tombée de son armature lors de la deuxième réplique, selon les experts. Dans sa chute la sphère a percuté une canalisation, entraînant une fuite de gaz qui aurait pu être sans gravité, si la vanne de sécurité avait pu être fermée. Mais elle était maintenue en position ouverte ce jour là... pour cause de dysfonctionnement du réseau pneumatique et pour éviter sa fermeture intempestive ! Le gaz a continué de s'échapper, entrainant un incendie dont la chaleur a fait exploser une première cuve, puis quatre autres. "C'est un exemple typique d'effet domino et d'accidents en chaîne", souligne Mathieu Reimeringer de l'INERIS.

Indépendamment de ce drame, l'Etat Français a demandé aux industries à risque, via un arrêté signé le 24 janvier 2011, soit deux mois avant Fukushima, de réévaluer le risque sismique de tous leurs équipements sensibles (Seveso et classés ICPE) d'ici 2015. Cette évaluation s'appuiera en particulier sur sept nouveaux guides méthodologiques, réalisés par l'INERIS avec les entreprises concernées, ainsi que sur le nouveau zonage sismique de la France, entré en vigueur le 1er mai 2011. A noter que selon ce zonage, 61 sites SEVESO sont situés dans des zones de sismicité moyenne et 9 dans des zones de sismicité forte.

Les risques d'inondation

Outre les tremblements de terre, les inondations sont un des principaux aléas pouvant déclencher un accident NaTech. A Sendai la raffinerie de JX Nippon Oil avait résisté au séisme, mais les vagues ont arraché certaines canalisations, entraînant des fuites à l'origine d'un incendie. Là aussi, les vannes automatiques n'ont pas pu être fermées, de par la coupure d'électricité et le personnel n'a pas pu intervenir pour les fermer manuellement.

Le facteur organisationnel

L'aspect humain est d'ailleurs un des plus gros défis en cas d'accident, rappelle l'INERIS. Le fait d'être prêt à intervenir et bien organisé sur le site est souvent crucial pour empêcher l'effet domino. L'INERIS a mis en place une équipe alliant psychologues et sociologues pour évaluer le degré de préparation et de performance des hommes devant intervenir en cas de sinistre, au plan individuel et collectif.

En ce qui concerne les populations civiles, l'exemple japonais fournit un autre enseignement : "la sophistication des dispositifs d'alerte peut créer un faux sentiment de sécurité qui dissuade les personnes d'évacuer les lieux à temps", fait remarquer Didier Pitrat, chargé de mission spécialisé sur les risques industriels au Ministère de l'Ecologie, dans les colonnes du magazine "Face au Risque" de juillet 2011.

Thibault Lescuyer
© 2014 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

Suivez-nous