Publié le 09 décembre 2015

EMPREINTE TERRE

Pur Projet fait de l'insetting une autre forme de compensation

Pur Projet propose aux entreprises une autre manière de compenser leur empreinte écologique. À la différence de la compensation carbone classique (offsetting), l'insetting développé par Pur Projet intègre des engagements sociaux et environnementaux grâce à l'agroforesterie. Créée en 2008, l'entreprise compte aujourd'hui une centaine de clients, en particulier des grands groupes comme Nestlé, LVMH, Accor. Entretien avec Tristan Lecomte, son fondateur.  

Pur Projet propose de planter des arbres sur les terres agricoles des filières d'approvisionnement des grands groupes.
Christian Lamontagne

Novethic. Vous êtes le fondateur d'Alter Eco, la marque de commerce bio et équitable. Comment vous est venue l'idée de ce nouveau projet ?  

Tristan Lecomte. Alter Eco était de plus en plus questionnée sur l'empreinte carbone de ses produits. Notre réponse a été de développer un projet de compensation carbone au sein de notre filière cacao, en plantant des arbres dans les plantations. Nous nous sommes alors rendus compte des multiples bénéfices de l'agroforesterie. Pour la séquestration du carbone dans les arbres mais aussi pour l'amélioration des sols, la protection des cultures face aux aléas climatiques, la multiplication des sources de revenus grâce à la valorisation des fruits ou du bois tirés des arbres plantés.  

Certains exemples montrent que l'on peut doubler le revenu d'un agriculteur en cinq ans grâce à l'agroforesterie. D'où l'idée de proposer aux entreprises de compenser leur empreinte carbone en plantant des arbres en milieu agricole, en particulier dans leurs filières d'approvisionnement. Aujourd'hui, nous accompagnons une centaine d'entreprises dans des stratégies d'insetting.  

 

Novethic. Quelle est votre définition de l'insetting ?  

Tristan Lecomte. Il s'agit de créer un changement positif sur le long terme en compensant les impacts socio-environnementaux d'une entreprise au sein même de ses filières et de leurs écosystèmes. Il y a différentes manières de faire de l'insetting, avec les énergies renouvelables par exemple. Mais ce qui nous intéresse dans l'arbre, c'est que l'on trouve à la fois des actions d’atténuation avec la séquestration de carbone et de l'aide à l'adaptation au dérèglement climatique grâce à la protection des écosystèmes.

 

Restaurer les écosystèmes pour continuer à s'approvisionner  

 

Novethic. Vous avez une centaine de clients, un chiffre d'affaires de sept millions d'euros. Qu'est-ce qui motive les entreprises à faire de la compensation volontaire avec Pur Projet ?  

Tristan Lecomte. Ce qui les motivent, c'est de sécuriser leurs approvisionnements en quantité et en qualité. La plupart de nos gros clients sont de grandes marques, certaines plutôt de luxe comme Nespresso pour le café ou Clarins et Chanel pour la cosmétique. Nespresso finance un projet de plantation de 10 millions d'arbres : ils ont compris le besoin de restaurer les écosystèmes pour continuer à s'approvisionner en grands crus. L'entreprise nous envoie ainsi chez les 66 000 fermiers auxquels elle achète du café en Ethiopie et en Colombie. Là, nous développons des projets d'agroforesterie pour rendre leur chaîne d'approvisionnement plus résiliente tout en réduisant leur empreinte carbone.  

Nous travaillons aussi dans le secteur des services, comme avec le groupe Accor que l'on accompagne pour inciter sa clientèle à réutiliser leurs serviettes de toilettes, en affichant que les bénéfices iront à la plantation d'arbres. Ce programme leur a permis d'économiser 13 millions d'euros ; ils en ont réutilisé la moitié dans un large programme de reforestation.  

 

Novethic. Quelle est votre expertise agronomique pour les projets d'agroforesterie ?  

Tristan Lecomte. Nous utilisons la méthode classique de développement de projet agricole qui associe les paysans dans le diagnostic. Puis on travaille avec des agronomes locaux, des coopératives partenaires... A cette expertise agronomique s'ajoute aussi tout le suivi des services écosystémiques rendus par les arbres plantés. Nous devons être en mesure de livrer régulièrement rapports, photos, films à nos clients, avec des indicateurs pertinents et des certifications reconnues (VCS, CCBA). 

Pour améliorer les indicateurs des services écosystémiques rendus, nous travaillons avec des universités prestigieuses comme Yale aux Etats-Unis.  

 

Novethic. Ces nouveaux métiers de suivi des services rendus par les arbres plantés sont entièrement financés par la compensation volontaire des entreprises ?  

Tristan Lecomte. Oui, dans un premier temps. Notre rôle est de trouver ensuite des leviers de financement. Par exemple, pour Nespresso qui va planter cinq millions d'arbres en cinq ans en Colombie, nous avons pu mobiliser un fonds de développement agricole du gouvernement des Pays-Bas pour un million d'euros supplémentaire. D'autres cofinancements sont possibles avec l'Agence Française de Développement (AFD) ou la Banque mondiale.  

 

12 000 tonnes de CO2 = 60 000 arbres plantés   

 

Novethic. La compensation est-elle calculée à partir de l'empreinte carbone des entreprises pour lesquelles vous travaillez ?  

Tristan Lecomte. Oui. Par exemple, nous avons calculé l'empreinte carbone du groupe Clarins : ils émettent 12 000 tonnes de CO2 et plantent 60 000 arbres en Thaïlande pour compenser leur bilan carbone. Mais ils plantent aussi des arbres et des plantes médicinales dans le Yunan en Chine pour avoir un impact en terme de biodiversité. J'insiste pour dire que nos stratégies ne visent pas seulement la neutralité carbone. Nous voulons garder cette vision holistique et nous démarquer de la compensation classique qui n'a pas toujours une bonne image. A juste titre, car beaucoup de projets n’apportent pas grand chose en termes de développement et de solidarité internationale. C'est pourquoi nous travaillons principalement avec des petits paysans.  

 

Novethic. Vous citez beaucoup de grosses entreprises, en particulier du luxe. Ce sont vos principaux clients ?  

Tristan Lecomte. Nous travaillons aussi beaucoup avec des petites et moyennes entreprises, mais 80 % de notre activité vient des grands groupes. Ce qui nous intéresse ce n'est pas d'aller chercher des mécénats mais de déplacer des budgets utilisés dans la publicité et le marketing vers l’innovation socio-environnementale.

Propos recueillis par Magali Reinert
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