Publié le 11 septembre 2015

EMPREINTE TERRE

POC 21 : les 12 travaux des innovateurs du climat

C’est un camp d’été d’un genre tout particulier qui a pris place au Château de Millemont dans les Yvelines, en région parisienne. Une centaine de personnes sont rassemblées là, sous la bannière POC 21 pour "proof of concept", clin d’œil à la COP 21 qui se tiendra à Paris à la fin de l’année. Leur ambition ? Mettre au point 12 objets innovants pour répondre au défi de la transition écologique, et disponibles en open source, c’est-à-dire accessibles à tous. De nouveaux modes de production qui commencent à faire tache d’huile dans certaines entreprises.

Un atelier de production à POC 21, le camp d'innovation qui se tient en ce moment au Château de Millemont, dans les Yvelines.
Stefano Borghi

Lundi 31 août. Château de Millemont. Une averse furtive a poussé les équipes de POC 21 à se réfugier dans le Grand château datant du XVIIIème siècle, l'une des trois annexes du domaine de six hectares. À l’intérieur, moulures et tableaux anciens côtoient ordinateurs portables et imprimantes 3D. Mauricio Cordova, un jeune entrepreneur venu de Barcelone, vient de lancer l’impression de son filtre antibactérien, intégrable à n’importe quelle bouteille, pour rendre l’eau potable.

Son prototype fait partie des douze projets sélectionnés pour participer à cet "innovation camp" écologique qui a débuté le 15 août dernier et qui va durer cinq semaines. Douze équipes ont pour mission de mettre au point des innovations pour la transition énergétique, reproductibles par tous. Tous les plans, tutoriels ou fichiers 3D seront ainsi partagés sous licence libre (open source).

 

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Plusieurs espaces de coworking ont été aménagés au sein du château. (Photo : Ophélia Noor)

 

Open source et innovation écologique

 

Parmi les projets sélectionnés : une serre semi-automatisée à assembler soi-même, une douche "infinie" qui filtre l’eau en temps réel et la réinjecte, ou encore une éolienne "do it yourself" (à faire soi-même) pour moins de 30 euros, fabriquée à partir de matériaux 100 % recyclés.

C’est Daniel Connell, un Néo-zélandais de 37 ans, qui est à l’origine de cet objet généralement coûteux et complexe à fabriquer. Il est parti de plans en open source trouvés sur Internet. Aujourd’hui, son prototype permet de délivrer 1 kW sous un vent de 60 km/h et est totalement adapté à l’habitat. Son souhait le plus cher ? Que tout le monde à travers le monde fabrique sa propre éolienne. "N’importe qui est capable d’y arriver en suivant le tutoriel", assure-t-il. "Il faut simplement récupérer des matériaux dans son garage et avoir une perceuse, une riveteuse et un cutter à portée de main".

Dans l’ancienne basse-cour, dont les dépendances ont été transformées en ateliers de fabrication et de production, Hugo Frederich, 29 ans, s’initie à l’utilisation d’une fraiseuse numérique, mise à disposition gratuitement, tout comme le reste du matériel et des outils sur le site, qui ont été donnés ou prêtés par des entreprises.

Son projet ? Un concentrateur solaire open source. Équipé de miroirs captant la lumière du soleil, il permet de produire de la chaleur sous forme de vapeur, atteignant jusqu’à 400 degrés. Celle-ci peut être utilisée dans différents procédés industriels tels que la stérilisation, la cuisson, le séchage de matériaux, la distillation ou encore pour des procédés chimiques. "Cela représente un quart de l’énergie industrielle en France et en Europe, un marché important", estime le jeune porteur de projet.

 

Daniel Connell est en train de fabriquer une éolienne à partir de matériaux recyclés pour moins de 30 euros, adaptée à l'habitat. (Photo : CA)

 

Professionnaliser son projet

 

Membre de l’association Open Source Écologie, dans laquelle il développe son prototype, Hugo Frederich, initialement ingénieur, voit dans POC 21 le moyen de professionnaliser son projet : "Nous travaillons dessus le week-end, de façon bénévole, sans lieu à nous ni outils. Ici, j’ai pu rencontrer des designers et des communicants et donner une autre portée à mon projet".

“Nous souhaitions fournir un cadre aux porteurs de projets pour amener leurs idées à un stade de maturité suffisant, afin de leur assurer une diffusion massive pendant la COP 21 [la conférence climatique de Paris qui se tiendra à la fin de l’année, NDLR]", explique Benjamin Tincq, co-initiateur de POC 21 et co-fondateur du collectif sur l’économie collaborative OuiShare, organisateur de l’événement avec OpenState, un collectif allemand spécialisé dans l’open source.

"Nous les faisons travailler en réseau entre eux, mais aussi avec des experts pour leur permettre d’avancer, réfléchir à leur modèle économique et les aider à mieux présenter leurs projets. L’objectif est de montrer comment les nouveaux modes de production, issus du mouvement maker et de l’open source, peuvent aussi contribuer à la transition écologique."

 

Les équipes travaillent en réseaux, s'échangent bonnes pratiques et conseils. (Photo : Stefano Borghi)

 

Des mentors pour guider les jeunes entrepreneurs

 

Pour les guider, les jeunes entrepreneurs bénéficient aussi des conseils avisés de leurs aînés, qui viennent leur rendre visite tous les mardis. Comme Emery Jacquillat. Entrepreneur depuis l’âge de 24 ans, le désormais PDG de Camif.fr, un site de vente de meubles fabriqués en France, est l’un des "mentors" de POC 21. Ce mardi 1er septembre, il a découvert le camp et son effervescence. Sa visite a débuté par l’Orangerie, où les cuisines ont pris leurs quartiers. Il a pu y tester le "Biceps Cultivatus", un meuble de cuisine qui combine culture aquaponique, conservation des aliments sans énergie, compostage des déchets et transformation des aliments au moyen d’un robot mécanique.

"C’est une aventure extraordinaire et extrêmement stimulante. J’en suis sorti très optimiste et convaincu qu’il faut continuer à mener ce genre d’expérimentations, y compris au sein de notre entreprise, car elles répondent à l’envie des consommateurs de donner plus de sens à leur achat". Le site de vente en ligne, dont il a pris la tête il y a six ans, mise désormais sur l’innovation, la transition numérique et la production collaborative : les clients peuvent par exemple fabriquer leurs propres meubles, à partir de plans open source, en partenariat avec un fablab de la région parisienne (La Nouvelle Fabrique) ou acheter des meubles fabriqués par une entreprise d’insertion à partir de matériaux recyclés.

Certains prototypes, comme un bureau connecté, ont même été imaginés en co-production entre les fabricants, les salariés de l’entreprise et ses clients. Autant dire que l’expérience POC 21 ne va pas être perdue pour la Camif ! Une fois que le procédé sera au point et accessible économiquement, Emery Jacquillat intègrerait bien à son catalogue la bouilloire issue du biomimétisme "Nautile" économe en énergie, de Giullian Graves, l’un des 12 sélectionnés de POC 21.

Les 19 et 20 septembre prochains, des portes ouvertes, sur inscription, seront organisées au Château de Millemont pour présenter les douze objets dans leur version prototypée. Un catalogue façon "Ikea" va également être réalisé.

Pour Benjamin Tincq, POC 21 doit être le début d’une nouvelle aventure : "Ce que l’on espère, c’est que l’on va en faire émerger un nouveau type de produit, qui soient sexy comme Apple, mais ouverts comme Wikipédia : robustes, modulaires, réparables et évolutifs, open source".

 

Diaporama-photo :

Concepcion Alvarez
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