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Publié le 11 décembre 2012

EMPREINTE TERRE

« Les résultats des négociations climatiques sont modestes mais nécessaires»

Les négociations onusiennes sur le climat se sont achevées à Doha le 8 décembre sur un accord a minima. Un texte qui peut tout de même servir de socle pour le futur accord de 2015 selon Paul Watkinson, le chef de l'équipe de négociation climat de la France. Pour Novethic, il décrypte les avancées de cette COP18.


Ministère DD

Novethic. Doha était une conférence de transition, de consolidation disiez-vous en amont des négociations. Au terme des deux semaines de discussions, comment qualifiez-vous l'accord qui en découle ?

Paul Watkinson. L'accord qui a été pris correspond de très près à ce qu'on en attendait. Cela ne veut pas dire que c'est ce que l'on voulait car nous avons besoin d'aller beaucoup plus loin, beaucoup plus vite pour répondre à l'urgence du changement climatique. Maintenant il s'agit de savoir comment s'appuyer sur les résultats de Doha pour lancer de nouvelles initiatives et arriver à un nouvel accord en 2015.

L'un des enjeux majeurs de Doha était la continuité du protocole de Kyoto. Celui-ci est sauvé mais qu'en reste-t-il ? Il ne concerne plus que 15% des émissions mondiales de gaz à effet de serre...

Certes, ce n'est pas Kyoto qui va transformer l'investissement dans le monde entier et qui va faire en sorte que la transition ait lieu, notamment au-delà de 2020. Kyoto n'est qu'un outil parmi d'autres. Ceci étant il ne faut pas non plus sous-estimer la valeur symbolique de cette continuité de Kyoto qui faisait partie des équilibres politiques des accords trouvés à Durban et à Cancun. Il ne faut pas non plus sous-estimer l'importance de la transparence qui en résulte et la définition des engagements contraignants dans ce cadre. Kyoto est aussi le précédent d'un système qui devra s'appliquer à tous au-delà de 2020. Et il peut inspirer les règles de comptabilité pour les pays développés qui n'ont pas pris d'engagement dans Kyoto. Enfin, cela a permis la continuité des outils et des mécanismes qui sont liés à Kyoto. Doha n'a pas tout résolu mais il y a eu des pas dans le bon sens.

La question de « l'air chaud », soit le surplus de quotas d'émissions de GES hérités de la première période de Kyoto, a été l'un des gros points de crispations des négociations. Mais elle ne semble pas avoir été complètement résolue...

Oui et non. L'air chaud est souvent présenté comme une grande menace qui pèse sur l'ambition et l'intégrité du système mais c'est surtout une menace fantôme car cet air chaud est quasiment inutilisable. A Doha, nous avons décidé en plus d'imposer des limitations sur l'utilisation des excédents de la première période vers la deuxième période à 2,5% de la quantité de quotas de CO2 attribués initialement aux pays, mais aussi sur les transferts (ventes et acquisition) et les objectifs trop faibles de réduction responsables de ces surplus. Par ailleurs plusieurs pays, dont l'Union européenne, se sont engagés à ne pas utiliser les UQA (Unité de Quantité Attribuée aux pays développés (Annexe B). 1 UQA = 1 tonne de CO2, ndlr) de la première période acquises par les autres parties pour respecter leurs engagements.

Sous couvert de crise, peu de nouveaux financements ont été actés à Doha. Cela n'hypothèque-t-il pas la réussite de la lutte contre le changement climatique ?

Il n'était pas envisageable que Doha aboutisse à la définition d'un engagement chiffré. Les 60 milliards de dollars demandés par les pays en développement d'ici 2015 auraient été bienvenus dans un monde idéal mais cela n'est pas très réaliste dans le contexte actuel de rapport de forces et de crise économique. Cependant plusieurs pays européens, dont la France (50% des octrois de l'AFD iront au climat sur 2012-2016 avec un accent sur l'efficacité énergétique et les énergies renouvelables notamment), ont apporté des précisions sur leur stratégie de financement. C'est un pas vers plus de transparence, il reste maintenant des travaux à faire, tant sur le plan du financement que de l'atténuation, dans les définitions et le reporting. La décision finale encourage par ailleurs les autres parties à préciser leur engagement pour les prochaines années et à maintenir les niveaux de financements des fast start. Le langage est faible mais ce n'était pas celui défendu par la France et l'Union européenne qui étaient prêts à aller plus loin.

Face à la faiblesse de ce langage justement, quel avenir peut-on donner à ces négociations onusiennes sur le climat ? Il semble que les Etats sont prêts à s'investir nationalement mais ne veulent pas d'un engagement international...

Il faut voir cela en termes de cycle. Un cycle a commencé il y a 7 ans à Montréal et nous a conduit à Copenhague -qui était sans doute le point culminant- puis à Cancun et Durban et maintenant à Doha. Nous sommes en fin de cycle : nous avons fermé cette année les groupes de travail qui avaient été mis en place pour conduire les négociations et qui vont être remplacés par la plateforme de Durban. Nous allons maintenant consolider les acquis et faire vivre les institutions, les mécanismes et les engagements adoptés. Même si nous n'avons absolument pas réussi à faire tout ce qui était nécessaire, nous avons tout de même mis en place tout un ensemble de décisions qui constituent un socle. C'est modeste mais nécessaire. Et la pression qui a eu lieu à Copenhague peut encourager les populations et acteurs politiques ou économiques à s'y mettre. Mais il ne faut pas imaginer que ce sont les négociations internationales qui impulsent l'action nationale. Il faut une impulsion régionale (comme l'UE) mais aussi nationale voire locale : tous ces niveaux sont indispensables. Je comprends les demandes des ONG et des jeunes qui demandent des implications bien plus fortes et de façon urgente mais la Convention ne peut pas tout faire chaque année...

Propos recueillis par Béatrice Héraud
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