Publié le 19 mai 2017

EMPREINTE TERRE

Le jour où la Chine a pris le leadership sur le climat

Avec l’élection de Donald Trump à la Maison Blanche, le retrait américain sur les questions climatiques ouvre le champ à un leadership de la Chine. Une situation inimaginable il y a encore quelques mois ! Mais jusqu’à quand ? La Chine n’acceptera pas longtemps d’être la seule à faire des efforts. Plusieurs diplomates chinois n’hésitent plus à demander des gages aux Occidentaux, en particulier aux Européens, sur leurs stratégies climat.

Xi Jinping, le président chinois, lors de la ratification de l'Accord de Paris avec Ban Ki-Moon à l'Onu en septembre dernier.
HOW HWEE YOUNG / POOL / AFP

Alors que les négociations climatiques se sont achevées jeudi 18 mai à Bonn, en Allemagne, la Chine semble de plus en plus confirmer son rôle de leadership. Les diplomates chinois n’ont ainsi pas hésité à bousculer les États-Unis mais aussi plusieurs membres de l’Union européenne sur leurs stratégies climat à long terme. Lors de l’examen de leurs plans d’actions nationaux (“Multilateral Assessments”), la Chine est revenue plusieurs fois à la charge pour demander à la Roumanie, l’Islande ou encore à la France de préciser comment ils comptaient atteindre leurs objectifs.

"Les Chinois sont en effet inquiets sur la vision à long-terme et la sincérité des Européens à entamer une vraie transformation avec l’objectif de zéro émissions nettes à partir de 2050. De l’extérieur, il est très difficile d’avoir de la visibilité. Et les blocages, notamment en Allemagne sur la sortie du charbon, ne sont pas compris", confirme Guido Schmidt-Traub, directeur exécutif du Sustainable Development Solutions Network, lors d’une conférence de presse organisée à Paris en amont du G20.

 

Des objectifs européens trop bas

 

Pionnière dans les années 1990 avec la création d’un marché carbone et des investissements dans les renouvelables, l’Europe a depuis été rattrapée. Elle a notamment perdu de son leadership au moment de la ratification de l’Accord de Paris, tardant à se mettre d’accord avec la Pologne. En attendant, les États-Unis et la Chine faisaient figure d’exemple en ratifiant le texte à quelques heures d’intervalle, dès le mois de septembre. Une démarche dont l’importance a été capitale pour l’entrée en vigueur de l’accord en un temps record.

Si ses trois objectifs à horizon 2020 (-20 % de gaz à effet de serre, +20 % d’énergie renouvelable et +20 % d’efficacité énergétique) devraient facilement être atteints, l’Europe devrait encore baisser ses émissions d’environ 2% par an pour arriver à réduire de 45 à 50% ses émissions en 2030, "une cible plus cohérente avec l’accord de Paris", estime le Climate action tracker. Elle devra aussi totalement renoncer au charbon, indique l’institut Climate Analytics.

 

Vers un leadership chinois ?

 

Ce constat, ajouté au fait que le États-Unis reculent sur les questions climatiques avec l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, inquiète. Des figures de la lutte contre le changement climatique, comme Laurence Tubiana, directrice générale de European Climate Foundation, pressent le gouvernement chinois de prendre le leadership.

De son côté, Pékin continue de multiplier les signaux en faveur de la lutte contre le changement climatique. Le communiqué final du sommet économique "Belt and Road Forum", qui s’est tenu en début de semaine en Chine et a réuni 70 pays, a consacré un paragraphe à l’enjeu climatique et à la transition vers une économie bas-carbone.

"L'initiative Belt and Road, en tant que nouvelle expérience de gouvernance mondiale, devra s’interroger sur le rôle de l'action climatique et la mise en œuvre de l’Accord de Paris. Les pays situés le long du Belt and Road sont confrontés à des défis similaires et recherchent un nouveau modèle de développement à la fois économiquement et écologiquement durable. Il existe un marché énorme pour les produits et les services à faible teneur en carbone", a commenté Qimin Chai, directeur du département Coopération Internationale au sein de l’équivalent chinois du Commissariat au Plan.

"À ce stade, la Chine a tout intérêt à se positionner ainsi, réagit Célia Gautier, du Réseau Action Climat. Ils y trouvent leur compte économiquement et socialement. Il existe en effet un risque de soulèvement populaire sur la pollution de l’air. Mais ce leadership ne tiendra pas si, à côté, il n’y a pas d’autres partenaires pour contribuer à l’effort. Les Européens vont donc devoir donner des gages."

 

Un G20 très attendu sur le climat

 

Alors que la décision de Donald Trump sur son maintien ou non de l’accord de Paris devrait être annoncée lors du G7, qui se tient en Sicile les 26 et 27 mai, l’Union européenne tiendra la semaine prochaine sa première réunion ministérielle trilatérale avec la Chine et le Canada à Berlin. L’idée est de tenter de trouver un moyen de convaincre les États-Unis de rester dans l’Accord.

"Il est primordial que les pays du G20 (7 et 8 juillet à Hambourg) prennent les devants sur le climat pour faire avancer les discussions au sein de la CCNUCC (Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques), appelle Célia Gautier. Cela peut même passer par des communications extérieures pour rassurer la Chine mais aussi les pays émergents. Il faut qu’il y ait quelque chose dès le G7 avec le trio France-Allemagne-Canada, appuyé par la Chine".

La clé pourrait également venir du sommet UE-Chine, le 2 juin, au cours duquel une déclaration forte sur le climat est attendue.  

Concepcion Alvarez, @conce1


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