Publié le 04 novembre 2015

EMPREINTE TERRE

Le Fonds vert : un outil de financement de la lutte contre le changement climatique très politique

Initié en 2009 à Copenhague, le Fonds vert pour le climat, doit permettre de canaliser les financements des pays développés vers des projets d’adaptation et d’atténuation dans les pays en développement. Aujourd’hui, celui-ci a réuni un peu plus de 10 milliards de dollars de dollars auprès de 35 pays. Mais la concrétisation de ces promesses et le financement effectif de projets efficaces d’un point de vue climatique seront essentiels pour que les pays en développement prennent part à l’accord attendu lors de la COP21.

Les membres du Fonds vert réunis à Berlin, en Allemagne, le 20 novembre 2014.
Rainer Jensen - dpa

Le Fonds vert pour le climat (FCV), c’était l’une des promesses de Copenhague en 2009. A l’époque, pour tenter de débloquer une situation alors verrouillée entre pays du Nord et pays du Sud, les premiers consentent à mettre en place un fonds destiné à financer la lutte contre le changement climatique dans les pays en développement. À terme, le FCV doit devenir le principal canal de distribution des financements publics pour le climat vers le Sud. Comment ? Via des subventions ciblées, des prêts concessionnels aux gouvernements et la mise en place d’instruments du secteur privé.

Il aura cependant fallu attendre presque 5 ans pour que le fonds soit opérationnel. Il est aujourd’hui fort de 10,2 milliards de promesses de dons, issues de 35 pays (la France a promis 1 milliard d’euros). Mi-2015, 60 % de ces dons avait effectivement été versés, ce qui va lui permettre de financer des projets dès 2016.

En attendant, plusieurs projets pilotes ont été lancés avec une enveloppe totale d’investissements de 900 millions de dollars. Ces fonds serviront à soutenir "les micros, petites et moyennes entreprises et à mobiliser les financements à grande échelle en provenance du secteur privé", a ainsi expliqué Héla Cheikhrouhou, la responsable du Fonds vert pour le climat.

 

Un fonds très politique

 

Une avancée importante car la question du financement et plus spécifiquement la crédibilité des promesses financières des pays développés sont essentielles à la réussite de l’accord attendu à Paris lors de la COP21. En effet, les pays du Sud, souvent les plus vulnérables au changement climatique mais aussi les plus pauvres, font de l’abondement du fonds un indicateur de la crédibilité des pays développés en matière de financement de la lutte contre le changement climatique.

Ce fonds vert, c’est la possibilité de voir se monter des projets destinés à réduire les émissions de gaz à effet de serre des pays en développement (transports bas carbone, réductions d’émissions dans les bâtiments, gestion durable des terres et forêts,…) et leur permettre de s’adapter au changement climatique (résilience renforcée des systèmes d’alimentation, d’eau, de santé, des infrastructures et des écosystèmes…). Ainsi, assure Héla Cheikhrouhou, les ressources seront allouées de manière égale entre l’atténuation et l’adaptation, cette dernière partie étant systématiquement sous-financée dans l’architecture financière actuelle.

"Un de nos principaux objectifs est aussi de s’assurer que les pays qui n’ont pas eu leur chance sur le MDP (mécanisme de développement propre) et sur d’autres mécanismes de financement climat puisse bénéficier du Fonds vert. L’Afrique n’a pas été bien servie jusqu’ici par les finances climatiques. Nous avons des clauses claires dans notre instrument fondateur sur l’importance de servir les pays vulnérables, notamment en Afrique", déclarait dans une interview au Point Afrique la directrice exécutive du Fonds vert, qui a une bonne connaissance du sujet en tant qu’ancienne responsable du département Energie, environnement et changement climatique a la Banque africaine de développement.

"Notre objectif est d’intervenir dans les projets les plus efficaces en termes de lutte contre le changement climatique et là où l’argent est peu ou pas présent", précise Héla Cheikhrouhou. Avec des standards environnementaux et sociaux calqués pour le moment sur ceux de la Société financière internationale, qui s’occupe des activités du secteur privé de la Banque mondiale.

 

Un fonds géré par une structure légère

 

Le fonds est piloté depuis Séoul, en Corée du Sud, par un secrétariat et un conseil d’administration de 24 membres, représentants d’un nombre égal de pays développés et de pays en développement. Mais le FCV va surtout fonctionner en partenariat avec tout un réseau d’institutions, à différentes échelles (locales, nationales ou internationales) et sous différents statuts (gouvernementaux, privés, société civile, etc.).

Une fois accréditées par le fonds, ces institutions pourront présenter les projets qui leur paraissent intéressants. Dans chaque pays, un "point focal" est également chargé de proposer au Fonds vert un programme de travail, et de vérifier la cohérence des propositions avec les plans nationaux de lutte contre le changement climatique. Dans un premier temps, le fonds devrait essentiellement accorder des subventions et des prêts concessionnels.

Parmi les partenaires du FCV, on compte pour le moment l’établissement de crédit allemand (la KFW), la Banque asiatique de développement ou le Programme des Nations unies pour le développement. Mais aussi le Centre de suivi écologique, un organisme sénégalais spécialisé dans la désertification et la protection des côtes ou le fonds Acumen, qui travaille à l’amélioration des conditions de vie des communautés pauvres africaines et asiatiques dans le domaine de la santé, de l’agriculture et des énergies propres.

La Banque mondiale agira quant à elle en tant que banquier du Fonds vert : c’est elle qui exécutera les décisions du conseil d’administration du fonds, du moins temporairement. Une gouvernance qui est cependant encore loin de faire l’unanimité, notamment dans certains pays en développement, qui souhaiteraient avoir davantage la main sur les projets financés ou limiter l’accès du privé au fonds

Surtout, les sommes réunies sont pour l’instant un "bon départ" mais restent encore insuffisantes selon la directrice du fonds. "Soyons clairs : nous devons recueillir encore plus de financements à l’avenir si nous voulons avoir l’impact que nous recherchons. Le Fonds vert est ouvert aux nouveaux contributeurs qui se présenteront et engageront des ressources. Le financement climatique que nous canaliserons et catalyserons doit être neuf, additionnel et adéquat puisque 400 milliards de dollars par année sont nécessaires pour rendre résilients et écologiques les investissements à long terme des pays en développement", a-t-elle affirmé lors de la conférence d’Addis-Abeba sur le financement du développement en juillet 2015.

Pour le moment, les pays développés se sont engagés sur un financement climatique Nord/Sud d’au moins 100 milliards de dollars par an d’ici 2020.

Béatrice Héraud
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