Publié le 21 septembre 2015

EMPREINTE TERRE

Le changement climatique va bouleverser l’économie mondiale des pêches

D’ici 40 ans, le monde de la pêche hauturière sera profondément transformé. Des projections scientifiques tablent sur une augmentation moyenne des captures de pêche de 30 à 70 % dans les régions de haute latitude et une baisse pouvant aller jusqu’à 40 % dans les régions tropicales. En cause, le réchauffement des océans sous l’effet du changement climatique. Si une telle redistribution des espèces de poissons se confirme à l’échelle du globe, l’économie mondiale des pêches s'en trouvera bouleversée.

Pêche industrielle à l'anchois au large des côtes péruviennes en 2003.
Ernesto Benavides / AFP

Le changement climatique bouleverse la vie des océans. Réchauffement, acidification, changements des teneurs en oxygène, sévérité des événements extrêmes sont autant de facteurs qui perturbent les écosystèmes marins. Le réchauffement des eaux (de près de 0,5°C en moyenne depuis 50 ans) modifie en particulier la répartition des espèces de poissons : les espèces d’eau chaude se retrouvent de plus en plus vers de plus hautes latitudes. Aujourd’hui, plus personne ne s’étonne de pêcher du barracuda au nord de la Méditerranée ou du rouget sur les côtes anglaises. Des travaux scientifiques tablent ainsi sur un large déplacement des espèces vers les pôles à une vitesse moyenne de près de 70 km par décennie.

Des projections des pêches mondiales à l’horizon 2055 montrent que le réchauffement de l’eau pourrait conduire à une augmentation moyenne des captures de 30 à 70 % dans les régions de haute latitude et une baisse pouvant aller jusqu’à 40 % dans les régions tropicales. Dans ce scénario, les grandes régions de pêche les plus privilégiées par cette redistribution seront la Norvège, le Groenland, les États-Unis (Alaska) et la Russie. L’Indonésie, la Chine et le Chili seront les grands perdants. Autrement dit, il faut se préparer à une réorganisation complète de la carte mondiale des pêches. Les poissons sont l’une des ressources renouvelables les plus échangées au niveau mondial (pour une valeur de près de 130 milliards de dollars en 2012).

 

Une perte annuelle de 311 millions de dollars en Afrique de l’Ouest

 

La baisse de cette ressource dans les régions tropicales alerte la communauté internationale, tant pour la sécurité alimentaire que pour l’économie de ces pays. Les poissons sont en effet la principale source de protéine pour un milliard de personnes. Et les pays dits "en développement" représentent la moitié des exportations totales de produits issus de la pêche en valeur et plus de 60 % en volume, selon la FAO (Organisation des Nations-Unies pour l'alimentation et l'agriculture).

En Afrique de l’Ouest par exemple, selon une étude publiée en 2012, c’est une perte annuelle de 311 millions de dollars qui est attendue si le réchauffement de l’eau se maintient d’ici le milieu du siècle. La diminution des captures entraînerait une baisse de la moitié des emplois dans le secteur. "Ces changements vont augmenter la vulnérabilité de la région", souligne William Cheung, chercheur à l’University of British Columbia et l'un des auteurs de cette étude.

 

Revoir la gestion des pêches

 

Le déplacement des espèces est déjà bien visible dans cette partie du monde. Les sardinelles aux larges des côtes sénégalaises et mauritaniennes sont ainsi remontées vers les côtes d’Afrique du Nord depuis une vingtaine d’années. Le Maroc bénéficie du coup d’une nouvelle ressource naturelle : les captures de sardinelles représentent quelque 50 000 tonnes par an pour le pays.

La gestion des pêches doit par conséquent être revue à l’aune du changement climatique. Pour évaluer les stocks de poissons, il faut tenir compte de la pression des pêches mais aussi des impacts des changements physiques et chimiques des océans sur les espèces pêchées. Sachant que ces deux pressions n’agissent pas de manière indépendante. "Des espèces fragilisées par la pêche sont beaucoup plus sensibles aux effets des changements environnementaux", explique Arnaud Auber de l’Ifremer (Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer).

Face à la grande complexité des modifications de la vie océanique sous l’effet du changement climatique, mais aussi des nombreuses interactions qui influencent la vie des espèces marines, les scientifiques restent prudents sur leurs projections. Par exemple, les effets de l’acidification sur la biologie des espèces sont encore méconnus. Il est également difficile d’attribuer des modifications au seul changement climatique lorsque d’autres activités humaines sont en cause (pêches, pollutions...).

Magali Reinert
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