Publié le 28 septembre 2015

EMPREINTE TERRE

Le Brésil affiche son ambition climatique avant la COP 21

À la tribune des Nations Unies, Dilma Roussef, la présidente brésilienne, a annoncé un objectif de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre de 37 % d’ici 2025 par rapport à 2005. Une contribution ambitieuse, saluée par de nombreux spécialistes du climat, mais jugée irréaliste par plusieurs ONG environnementales.

Dilma Roussef, à la tribune des Nations Unies à New-York, le 27 septembre 2015.
Timothy A Clary / AFP

Septième économie mondiale et gros émetteur de gaz à effet de serre (GES), le Brésil vient enfin d’annoncer sa contribution de réduction de gaz à effet de serre en vue de la COP 21, la conférence des Nations Unies sur le changements climatique.

La présidente Dilma Rousseff l’a dévoilée lors de sa prise de parole, dimanche 27 septembre, à la tribune de l’ONU. Le document officiel a quant à lui été publié ce matin. Les ambitions brésiliennes ont dépassé les espérances des observateurs : le pays prévoit une réduction absolue de ses émissions de GES de 37 % d’ici 2025, et de 43 % d’ici 2030, par rapport à 2005.

Bien que cette annonce prenne en compte des résultats déjà obtenus par le passé – les émissions de GES ont déjà été réduites de 41 %  entre 2005 et 2012 par rapport à un scénario dit Business as Usual (BAU) - elle a été saluée :  "avec celle de l’Union Européenne, c’est l'une des contributions les plus intéressantes dévoilées jusqu’à présent", affirme Carlos Rittl, président de l’Observatorio do Clima (Observatoire du Climat), un réseau qui réunit des entités de la société civile brésilienne sur les questions du climat.

Pour atteindre cet objectif, le Brésil garantira, d’ici 2030, une part de 45 % d’énergies renouvelables dans son mix énergétique global. Une part incluant la production d’électricité et de carburants, contre 39,4 % aujourd’hui (2). "Elle est de 13% en moyenne dans le reste du monde", a souligné la présidente Dilma Rousseff.

La production d’électricité sera assurée, d’ici 2030, à 67 % par l’hydroélectrique – contre 60 % aujourd’hui -  et à 23 % par d’autres sources d’énergie renouvelable (solaire, éolien et biomasse). À ce jour, ce chiffre est inférieur à 10 %.

Les efforts à fournir seront d’autant plus importants pour atteindre les objectifs annoncés par la présidente que le pays traverse une crise énergétique.

 

Zéro déforestation illégale d'ici 2030

 

Par ailleurs, la présidente a réitéré l’objectif brésilien de mettre fin à la déforestation illégale d’ici 2030 et de replanter 12 millions d’hectares de forêt.

Elle a également fixé l’objectif de restaurer 15 millions d’hectares de pâturages dégradés. Elle a enfin réaffirmé l’ambition brésilienne de développer une agriculture bas-carbone. Il s'agit d'un véritable défi dans un pays où l’agrobusiness représente quasiment un quart du PIB.

Pour Haroldo Mattos dos Lemos, président de l’Institut Brasil Pnuma, le comité brésilien du programme des Nations Unies pour l’environnement, les objectifs brésiliens, combinés aux autres contributions déjà dévoilées, "restent insuffisants pour éviter une augmentation de plus de deux degrés d’ici la fin de ce siècle".

"Malgré une annonce intéressante, le Brésil a le potentiel et la responsabilité d’être bien plus ambitieux ", ajoute Carlos Rittl pour qui l’objectif d’atteindre "zéro déforestation illégale" n’est pas satisfaisant : "la déforestation légale est encore très importante. Le Brésil doit viser zéro déforestation", qu’elle soit illégale ou légale.

Pour mémoire, l’IBGE, l’Institut Brésilien de Géographie et de Statistiques, a révélé le 25 septembre, que le pays avait perdu 1,8 % de ses forêts en deux ans seulement, entre 2010 et 2012.

 

La crédibilité brésilienne entammée ?

 

Peu de détails ont pour l'instant filtré sur la mise en place de ces annonces. Et déjà des interrogations apparaissent quant à leur financement et leur application concrète.

Des questionnements d'autant plus pregnants que le pays traverse une crise économique "très sérieuse", rappelle Haroldo Mattos dos Lemos. "Le PIB va reculer de plus de 2 % en 2015. Dans une telle situation, les coupes budgétaires touchent souvent des secteurs comme la culture ou l’environnement", s’inquiète t-il.

Pour Carlos Rittl, ces objectifs pourraient au contraire représenter une opportunité de "création d’emplois et de croissance", notamment dans l’éolien et le solaire.

Dilma Rousseff a aussi insisté sur "l’importance de la coopération Sud-Sud dans le combat contre le changement climatique". En présentant une contribution "plus importante que certains pays développés, le Brésil montre l’exemple, analyse Carlos Rittl, et se met en position de pouvoir demander aux autres pays du Sud des efforts plus importants".

Le volontarisme environnemental de Dilma Roussef est en tout cas de bon augure pour la COP 21, qui aura lieu du 30 novembre au 11 décembre prochain.

Aglaé de Chalus, correspondante au Brésil.
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