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Publié le 11 décembre 2012

EMPREINTE TERRE

Investissement 2 degrés analyse le risque climatique pour les financiers

Lancée le 10 décembre 2012 à Paris, l'association 2 ° Investing Initiative veut être un laboratoire d'idées au service des changements de modèles financiers. L'objectif de ses travaux est de proposer des études et des indicateurs permettant de combiner financement de long terme et lutte contre le changement climatique. Une double exigence plutôt éloignée des pratiques actuelles des marchés financiers qui n'intègrent pas vraiment le risque climatique.


Diagnostic, remèdes et analyse des blocages à surmonter pour détourner le "fleuve finance" de son cours - qui le conduit plutôt à favoriser le changement climatique et le court termisme-, tel était l'ambitieux programme de la matinée de débats organisée par l'association 2 degrés Investing pour son lancement.

Le diagnostic est le suivant : «Pour limiter le réchauffement à 2 degrés, nous disposons d'un budget carbone maximum de 450 Gigatonnes d'émissions de CO 2 d'ici 2050 » a expliqué Hugues Chenet l'un des deux animateurs de l'association. « Or on devrait être à 550 Gigatonnes d'ici 2035 auxquelles on peut additionner celles générées par les les réserves prouvées d'énergies fossiles. Elles s'élèveraient à 2900. Nous pourrions donc atteindre les 6 degrés». Une fois le décor planté, l'association a essayé de faire mesurer l'impérieuse nécessité de changer de modèles pour financer la transition énergétique et favoriser de nouveaux modèles économiques générant moins d'émissions de carbone. Elle a publié son premier rapport, « Climat, allocations d'actifs et réglementation financière » qui complète le diagnostic et propose des premiers remèdes. « Le risque climatique est perçu comme lointain, à horizon 2040 » explique Stanislas Dupré, fondateur de l'association. « Il n'est pas intégré dans les modèles de gestion financière où les principaux étalons pour mesurer performance et risques sont les indices boursiers phares. Or ces derniers sont composés entre 10 et 15 % d'entreprises qui extraient ou produisent des énergies fossiles. »

Les premiers remèdes que propose l'association consistent d'abord à intégrer le risque climatique dans la mesure de la performance et l'évaluation des risques. Cela suppose de nouveaux modèles, qui n'ont pour l'instant été testés que par quelques banques comme Crédit Agricole ou la néerlandaise Rabobank. L'association prône aussi beaucoup plus de transparence et de reporting de la part des entreprises et des investisseurs pour pouvoir mesurer leur degré d'exposition au risque climatique. Enfin l'idée est de verdir les mécanismes de régulation pour qu'ils permettent les financements de long terme dans des infrastructures ou des modèles économiques facilitant la mise en place d'une économie verte.

Le débat qui a réuni une demi-douzaine de spécialistes financiers et Corinne Lepage, de retour de Doha, a montré l'ambition de l'association. Pour qu'elle atteigne son but, il faut remettre en cause les principaux mécanismes qui dominent le secteur financier. Tous les participants du débat se sont accordés pour considérer qu'il fallait d'abord penser à l'utilité sociale des produits financiers et à leur finalité beaucoup plus qu'à la seule question qui vaille à l'heure actuelle : « Combien cela rapporte ? »

Corinne Lepage a conclu les débats en rappelant la grande utilité de ce type d'initiative. « Quand on parle de climat, on ne discute pas de problèmes environnementaux mais d'économie. Les conséquences du changement sont déjà très concrètes. Les montants que doivent rembourser les assurances pour les dégâts provoqués par les désastres climatiques plus fréquents et plus intenses sont astronomiques. Il faut agir vite et trouver des moyens de le faire alors qu'on est dans un système de blocage complet de la gouvernance mondiale incapable de s'organiser. »

Cette association d'intérêt général, « en mode cravate » selon l'expression d'un de ses fondateurs, bénéficie du soutien du Commissariat Général au développement durable et réunit une vingtaine d'acteurs dont la Caisse des dépôts et des partenaires étrangers en Angleterre et au Pays-Bas. 2 degrés Investing Initiative rassemble investisseurs, gestionnaires d'actifs, ONG, chercheurs et veut rester ouverte aux particuliers engagés. Il lui reste à créer un élan suffisant pour bousculer les certitudes d'acteurs financiers abreuvés de concepts comme la main invisible des marchés !

A.C. Husson-Traore
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