Publié le 23 juin 2015

EMPREINTE TERRE

En pleine croissance, l’aviation civile devra réduire ses émissions de CO2

Alors que l’aviation civile est portée par une croissance exceptionnelle du nombre de passagers - celui-ci devrait doubler, voire tripler d’ici 2050 - elle doit désormais composer avec les enjeux environnementaux qui pèsent sur ce secteur, responsable d’environ 2 % des émissions de dioxyde de carbone sur la planète, et qui a longtemps bénéficié d’un important soutien financier de la part des États.

Un Airbus A380 en démonstration lors du salon aéronautique du Bourget 2015.
Miguel Medina / AFP photo

Le 51ème salon du Bourget, qui s’est terminé dimanche 21 juin, est une démonstration supplémentaire de la vivacité du secteur aéronautique. Et plus particulièrement du secteur de l’aviation civile.

Comme chaque année, Airbus et Boeing ont rivalisé d’annonces concernant les commandes enregistrées durant ces quatre jours. Au total, 752 nouvelles commandes et engagements d’achat ont été annoncés (421 pour Airbus, 331 pour Boeing).

Si ces engagements deviennent des commandes fermes, ce sont 752 aéronefs supplémentaires qui équiperont les flottes grandissantes des grandes compagnies aériennes mondiales.

 

Que représentent 752 avions de ligne en termes d’émissions de CO2 ?

À raison de 3 500 heures de vol annuelles moyennes, ces 752 avions (moyens et longs courriers) auront, au bout de 25 ans d’activité, rejeté environ 15,5 millions de tonnes de dioxyde de carbone, soit l’équivalent des émissions annuelles de CO2 d’un pays comme le Paraguay (16,6 millions de tonnes en 2010) ou encore 4% des émissions françaises (en 2010).

 

Mais bien que le secteur soit porté par une croissance vive, il doit de plus en plus composer avec les enjeux environnementaux mondiaux, et doit désormais concilier l’accroissement prévu du trafic aérien avec une réduction de ses émissions de gaz à effet de serre. Une équation compliquée à résoudre pour ce secteur qui a jusqu’ici bénéficié d’un soutien économique unique.

En effet, bien que l’aviation civile soit responsable de 4,9 % du réchauffement climatique, elle n’est que très partiellement soumise aux réglementations sur les émissions de gaz à effet de serre. Car si les émissions des vols intérieurs sont de la responsabilité des États, les émissions des vols internationaux ne sont soumises à aucune régulation. Et ne sont pas incluses dans le protocole de Kyoto. Or, leurs émissions n’ont eu de cesse d’augmenter depuis vingt ans, en dépit d’un poids stable dans les émissions mondiales (2 %).

 

Exonération de taxes pour l'aviation civile

 

Le secteur bénéficie également d’une exonération totale de taxes sur le kérosène pour les vols internationaux. Prévue par la Convention internationale de Chicago en 1944, cette exonération avait pour but de favoriser le développement de lignes aériennes commerciales. Le kérosène est le seul combustible d’origine fossile à ne pas être taxé.

Pour le RAC (Réseau Action Climat), l’aviation civile est le "passager clandestin" de la COP 21, "payé pour réchauffer la planète". Les ONG réclament la fin de l’exonération sur les vols domestiques, une niche fiscale coûtant environ 1,3 milliard d’euros à l’État chaque année.

Du côté des constructeurs et des compagnies aériennes, l’objectif est d’atteindre une croissance "neutre" en carbone, c’est-à-dire de ne plus augmenter ces émissions, et ce dès 2020. Pour y parvenir, l’effort sera concentré sur la diminution de la consommation de kérosène avant, pendant et après le vol, en améliorant l’efficacité énergétique des avions et la consommation en fuel lors des cycles d’atterrissage et de décollage.

 Scénario envisagé par l''Organisation de l'Aviation Civile Internationale (OACI) pour réduire les émissions de CO2.

Les compagnies aériennes misent également beaucoup sur le développement des agro-carburants pour réduire de 50% les émissions du secteur d’ici à 2050. Représentant à peu près 3 % de la consommation de carburant, les agro-carburants sont donc appelés à se développer.

Gary Dagorn
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