Publié le 06 décembre 2015

EMPREINTE TERRE

COP21 : pour la présidence française, c'est l'heure de vérité

Les négociations sur le climat qui se déroulent au Bourget et dont la deuxième phase - ministérielle- commence aujourd'hui, sont placées sous la responsabilité de la présidence française. Il revient à Laurent Fabius, le président de la COP21, et à son équipe d’orchestrer les travaux des ministres des 196 parties pour obtenir un accord aussi ambitieux que consensuel. Un travail que la France a pris très à cœur et qu'elle a entamé bien en amont de la conférence elle-même. Au point d'obtenir les éloges des délégations et des observateurs. Mais elle sait qu'in fine, elle sera jugée sur les résultats.

Le texte du projet d'accord est remis à Laurent Fabius, président de la COP21.
Crédit: Arnaud Buissou Anadolu Agency AFP

Un sans faute. Après la première semaine de négociations, les négociateurs – du Nord comme du Sud- sont unanimes pour saluer le travail de la diplomatie française pour la préparation de la COP21 et son rôle de chef d'orchestre des travaux des délégations. Des éloges qui vont bien au-delà des formules diplomatiques traditionnelles de courtoisie, font remarquer experts et observateurs. 

"Même si nous en sommes à un point où ont lieu de nombreuses manœuvres tactiques, même durant cette période, toutes les délégations disent que la présidence française est spectaculaire. Aucune des COP n’a été aussi bien organisée. Nous en saurons plus au moment des conclusions, mais tout le monde est impressionné", déclarait ainsi, jeudi dernier, l'ancien vice président américain Al Gore au président de la COP21, Laurent Fabius. Avant de souligner l'importance de la participation de la société civile et des représentants du milieu des affaires au sein même de la conférence. 

 

Respect de l'équilibre Nord-Sud

 

"La France a joué un rôle très positif dans l’organisation de la COP21. Elle s’est attachée à respecter l’équilibre entre les intérêts des pays du Sud et ceux des pays du Nord", ajoute Saleemul Huq, le directeur du Centre international pour les changements climatiques au Bangladesh et conseiller du G77.

La méthode française contraste notamment avec l'autre grande COP, celle de 2009 à Copenhague, où aurait dû être signé l'accord qui est attendu à Paris. Mais celle-ci s'était soldée par un échec en raison notamment d'une très forte opposition entre le Nord et le Sud, matérialisée par un duel au sommet entre la Chine et les Etats-Unis. Et une présidence danoise qui "à nos yeux, penchait trop du côté des pays développés", fait aujourd'hui remarquer Saleemul Huq.

 

Une course de fond

 

Cette pluie de compliments couronne un long travail débuté bien en amont des négociations officielles qui se déroulent actuellement au Bourget. Un retour en arrière s’impose. En septembre 2012, le Président de la République, François Hollande, fait part de son intention d'accueillir en 2015 la 21ème Conférence des Parties, la fameuse COP21, où doit être signé l'accord entérinant le travail de fond des délégations repris depuis la COP de Copenhague. Une candidature gagnée haut la main puisque sans concurrence. Elle est officialisée un an plus tard lors de la COP19 de Varsovie. 

Depuis, la France a pris son rôle particulièrement à cœur. En tant que futur président de la COP21 et ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius a mobilisé l'important réseau diplomatique de la France au service de la réussite de la COP. "Cela change la donne par rapport à Copenhague, où le Danemark n'avait pas cet atout", fait ainsi remarquer Pascal Canfin, le nouveau directeur exécutif du WWF France et ancien ministre délégué au Développement. 

Dans les différents pays autant que dans les enceintes et institutions internationales où elle siège, Paris a poussé la question climatique. Son ambassadrice chargée de la lutte contre le changement climatique, l'ancienne directrice et fondatrice de l'IDDRI (Institut du Développement Durable et des Relations Internationales), Laurence Tubiana, n'a pas ménagé ses efforts, sillonnant littéralement le monde pour rechercher des compromis. Tout comme l'Envoyé spécial du Président de la République pour la protection de la planète, Nicolas Hulot. François Hollande s'est lui-même engagé, avec l'Accord de Manille, destiné à montrer la coopération avec les pays en développement, ou encore en signant des accords bilatéraux (comme avec la Chine il y a un mois ). Tout au long de l'année, également, des réunions informelles entre ministres des différents groupes de négociations, ont été organisées à Paris pour faire avancer les négociations intermédiaires.

 

Une première étape qui doit être concrétisée par l'accord en lui-même

 

"La COP21, c'est un grand moment pour la France, souligne Jennifer Morgan, directrice générale du programme climat du World Resources Institute. Le pays dispose de tous les outils nécessaires. Sa préparation de la conférence a été de très haute qualité, très constructive, et transparente. Toutes les délégations ont été invitées. Bref, la présidence française a construit les bonnes conditions pour obtenir un accord à la fin de la semaine".

"La présidence française a été appréciée pour sa capacité d'écoute et d'ouverture, confirme Teresa Ribera, la directrice de l'IDDRI. Maintenant elle doit aussi montrer qu'elle est capable de gérer le processus avec l'autorité nécessaire à sa réussite". Et les ONG avertissent: "le plus difficile reste à venir. Maintenant il va falloir faire la preuve que nous pouvons porter un accord ambitieux, souligne Célia Gautier du Réseau Action Climat France. Ce que l'on ne voudrait pas, c'est que la France veuille conclure un accord à tout prix et accepte pour cela de transiger sur son ambition".

Claire Stam et Béatrice Héraud
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