Publié le 08 décembre 2015

EMPREINTE TERRE

COP21 : les femmes, grandes oubliées des négociations climatiques

Les Nations Unies ont décrété que ce mardi 8 décembre serait la journée de l’égalité des sexes de cette COP21. Cette initiative permet de mettre en lumière un problème largement ignoré jusqu’à présent dans les négociations : l’impact du réchauffement climatique sur les femmes. Pourtant, cette question figure bien dans le projet d’accord universel (paragraphe 10 du préambule et paragraphe 5 de l’article 4). Hindou Oumarou Ibrahim, coordinatrice de l'association des femmes peules autochtones du Tchad, présente au Bourget, nous décrit ce que réchauffement climatique veut dire concrètement pour les femmes de son pays. 

Hindou Oumarou Ibrahim était également présente au Sommet des 196 chaises à Montreuil, le 6 décembre.
Marie Pecquerie / Novethic

Novethic. Hindou Oumarou Ibrahim, vous alertez les négociateurs ici au Bourget sur l’impact du réchauffement climatique qui se fait déjà ressentir dans votre pays, le Tchad. Qu'est-ce que cela veut signifie concètement dans votre quotidien ? 

Hindou Oumarou Ibrahim. Du fait des sécheresses, plus nombreuses et plus longues, la terre ne produit plus. Cela oblige les hommes à partir dans les villes pour y chercher du travail et verser de l’argent à leurs familles restées au village. Cet exode a un grand impact sur les femmes. Au Tchad, elles travaillent deux fois plus : elles s’occupent du foyer, des enfants et des personnes âgées. Elles font le travail des hommes, elles travaillent la terre, s’occupent des bêtes. Avec le réchauffement climatique, ce travail est devenu plus dur : il faut aller de plus en plus loin pour trouver des pâturages et chercher de l’eau.

 

Novethic. Quelles en sont les conséquences sociales ? 

Hindou Oumarou Ibrahim. La structure familiale s’en trouve bouleversée. L’instabilité sociale s’installe dans les communautés. Les hommes partent dans les villes chercher du travail, mais il n’y en a pas. Et ils ont honte de ne pas pouvoir subvenir aux besoins de leurs familles. Quant aux femmes, elles sont surchargées de travail et doivent laisser de coté des aspects importants de la vie sociale dont elles ont la charge, comme l’éducation des enfants. Voilà ce que la désertification veut dire. L’impact du réchauffement climatique, nous le ressentons directement, concrètement, parce que nous vivons avec la nature.

Les conséquences sont difficiles à percevoir dans les pays du Nord. Vous rentrez chez vous tous les soirs après le bureau et vous touchez votre chèque à la fin du mois. Nous, c’est différent. Nous avons besoin de la terre, de la nature. Nous en dépendons directement. Les périodes de sécheresse arrivent plus souvent. Cela veut dire plus d’insécurité alimentaire.

 

Novethic. Comment ces négociations peuvent-elles changer la donne?  

Hindou Oumarou Ibrahim. Nous plaidons principalement pour l’intégration pleine et entière du mécanisme des "pertes et dommages" dans le futur accord de Paris. Pour nous, il doit faire l’objet d’un article de loi à part entière et non sous forme de paragraphe dans un autre article. Ce mécanisme, on peut se l’imaginer comme une sorte de boîte à outil. Nous, société civile, le voyons comme un ensemble de mesures que l’on peut appliquer étapes par étapes et différemment selon les populations victimes des dégâts provoqués par le réchauffement climatique. 

Propos recueillis par Claire Stam
© 2016 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

Cet article vous a plu ?

Recevez, deux fois par semaine,
les dernières infos de Novethic

Ou sélectionnez la ou les thématiques
qui vous intéressent
pour recevoir une alerte

Suivez-nous