Publié le 11 décembre 2015

EMPREINTE TERRE

COP21 : le vote final repoussé, la tension monte

La fin de la conférence onusienne sur le climat a été repoussée. L'adoption de l'accord de Paris, initialement prévu à 18 heures aujourd'hui, aura finalement lieu demain après-midi. La dernière mouture du texte a ravivé les tensions entre les groupes de négociations. De nouvelles sessions de travail auront lieu ce vendredi. Elles doivent permettre de trouver un compromis afin de signer un accord aussi ambitieux et équilibré que souhaité par la majorité des Parties.

La tension monte au Bourget, où les négociations risquent de durer plus longtemps que prévu.
Martin Bureau / AFP

"Si le texte n'avait pas comporté d'engagements et seulement des ambitions à la baisse nous aurions pu finir dans les temps. Mais ce qui fait que c'est compliqué aujourd'hui, c'est qu'une majorité de pays souhaite un texte ambitieux", souligne Matthieu Orphelin, le porte parole de la Fondation Nicolas Hulot, lors de son point presse du vendredi matin. Après la parution d'une nouvelle mouture du texte la veille, à 21 heures, la nuit "a été très difficile, mais nous ne sommes pas à 24 heures près lorsque l'on travaille sur un texte depuis 4 ans", reprend-il.  

Jusqu'à présent les négociations s'étaient déroulées dans un calme remarqué. Certes, les questions qui fâchent – l'ambition, le financement et la différenciation – étaient loin d'être résolues mais aucun des pays ou groupes de pays n'avaient vraiment tapé du poing sur la table. La tension est montée d'un seul coup hier soir, comme ont pu le constater les observateurs qui suivaient en direct les discussions, grâce à une plus grande transparence des débats mise en place par la présidence française de la COP21.  

 

Lignes rouges contre lignes rouges  

 

"Certains pays se sont retranchés sur leurs lignes rouges", souligne Matthieu Orphelin. La Chine, par exemple, bloque sur l'inscription dans le texte de la participation des pays émergents au financement et sur la "neutralité des émissions de gaz à effet de serre". L'Inde raidit sa position sur le cycle de révision des INDC (les contributions climatiques des Etats) tous les 5 ans, qu'elle juge trop ambitieux.  

Les pays pétroliers buttent quant à eux sur une cible de limitation de la hausse de la température à moins de 2°C et sur la mention du prix du carbone pourtant reléguée dans la partie précédant l'entrée en vigueur de l'accord et dédiée aux acteurs non-étatiques.  

Quant à la Suisse et au Japon, ils soulignent que les pays industrialisés ne peuvent porter seuls les efforts financiers. Et si l'Union européenne a enfin haussé le ton pour appeler à plus d'ambition dans les cycles de révision et pour que les transports maritime et aérien soient réintégrés dans le texte et inclus dans les efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre, elle a aussi annoncé ne pas pouvoir s'engager sur un montant financier pour la contribution à l'article 6 (celui du financement).  

Signe que les négociations sont vraiment rentrées dans le dur, les Chefs d'Etat ont refait leur entrée dans le jeu. Tôt ce matin, le président des Etats-Unis, Barack Obama, a discuté avec son homologue français, François Hollande, et le président chinois, Xi Jinping.  

 

Les négociations continuent  

 

"Tout n'est pas remis en cause. Une COP sans moment de tension n'était pas envisageable", rassure Matthieu Orphelin. Pourtant ce matin, dans les couloirs du Bourget, l'optimisme est visiblement retombé. Surtout chez les associations défendant les pays les plus vulnérables. "Le texte que nous avons vu ce matin (après la nuit de discussion, NDLR) est très dérangeant et totalement inacceptable. Le principe de différenciation tel qu'il est actuellement envisagé nous fait perdre sur tous les plans : toutes les Parties sont appelées à contribuer à l'effort de réduction et au financement mais cela noie la responsabilité historique des pays développés" explique Chee Yoke Ling, directrice du Third World Network.

Des réunions bilatérales sont prévues toute la journée avant la remise d'une nouvelle version du projet d'accord, demain, à 9 heures. Son examen en séance plénière est pour le moment annoncé à 14h.

"La COP21 a soulevé un magnifique espoir que nous n'avons pas le droit de décevoir. Nous ne pouvons pas ajouter de l'humiliation à la misère. Plutôt que de dresser des murs, il serait temps que chacun construise des passerelles. La solidarité ne se négocie pas, elle se construit. Il reste 24h pour revenir à l'essentiel", a souligné l'Envoyé spécial français pour la protection de la planète, Nicolas Hulot, rappelant les Etats à leur responsabilité.

Béatrice Héraud
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