Publié le 02 novembre 2015

EMPREINTE TERRE

COP21 : La France et la Chine main dans la main pour un "accord ambitieux"

A un mois de la COP21, "c’est un pas majeur" vers un accord qui a été franchi, a estimé François Hollande lors de la signature d’une déclaration commune avec son homologue Xi Jinping sur le changement climatique. Les deux présidents se sont en effet entendus sur le fait de parvenir à "un accord ambitieux et juridiquement contraignant, fondé sur l’équité". Mais aussi sur des mécanismes de suivi et de long terme pour les contributions nationales (INDC), permettant de s’orienter vers une économie bas carbone.

Le président François Hollande et son homologue chinois Xi Jinping, le 2 novembre 2015 à Pékin.
Jason Lee - Pool /Getty Images

Pour la France, pays hôte de la COP21, l’appui de la Chine est "essentiel". Premier pollueur mondial avec 25 % des émissions de gaz à effet de serre, deuxième économie mondiale et poids lourds des négociations avec son influence auprès du G77, le groupe des pays en développement, la Chine est en effet un acteur incontournable des négociations climatiques. Et un élément essentiel de leur réussite. En 2009, le manque d’allant de son président de l’époque Hu Jintao avait d’ailleurs été l’un des points de blocage à la signature d’un accord à Copenhague.

Six ans plus tard, la donne a changé. Un tournant marqué notamment par la déclaration sino-américaine, il y a tout juste un an où la Chine avait annoncé son pic d’émissions de gaz à effet de serre en 2030 au plus tard. Depuis, la Chine a signé plusieurs déclarations bilatérales, que ce soit avec l’Inde, le Brésil ou l’Union européenne. C’est aussi en France qu’elle avait choisi d’annoncer officiellement sa contribution nationale (INDC). Une contribution "prudente" au vu de ses capacités.

Une visite d’Etat, la deuxième de François Hollande en Chine, sur le thème du climat était donc indispensable. Et François Hollande est venu en force avec le ministre des Affaires Etrangères et futur président de la COP21, Laurent Fabius, la ministre de l’Ecologie, Ségolène Royal et son envoyé spécial pour le Climat, Nicolas Hulot. Il ne revient pas les mains vides. Après avoir obtenu l’assurance de la participation de Xi Jinping à l’ouverture du sommet le 30 novembre, François Hollande revient de son voyage avec une déclaration bilatérale en 21 points saluée comme "très importante" par Jennifer Morgan, la directrice du Global Climate Program du World Resources Institute (WRI).

 

Un accord ambitieux basé sur un mécanisme de révision tous les 5 ans

 

Cette déclaration marque des avancées sur plusieurs points. D’abord, elle entérine la vision commune d’un "accord de Paris ambitieux et juridiquement contraignant, fondé sur l’équité, qui reflète le principe des responsabilités communes mais différenciées ainsi que les capacités respectives, compte tenu des différentes situations nationales, en gardant à l’esprit l’objectif d’une hausse de la température mondiale inférieure à 2°C".

Elle marque ensuite un signal clair sur la nécessité d’une transition de long terme vers des systèmes énergétiques propres, en insistant notamment sur "l’importance de formuler des stratégies nationales de développement sobre en carbone pour 2050". Stratégies que les pays s’engagent à rendre publiques dès que possible "dans les 5 ans à venir".

La déclaration insiste surtout sur la nécessité de mettre en place un mécanisme de révision à la hausse des contributions nationales (INDC) tous les 5 ans sur la période post 2020 (paragraphe 11). Cela suppose notamment l’inclusion dans l’accord d’un "système de transparence amélioré" par la présentation de rapports et l’examen des actions et du soutien. Un pas décisif pour l’accord car ce type de mécanisme était jusque-là refusé par la Chine.

Pour le WRI, cela met également "davantage de pression sur des pays comme les Etats–Unis et l'Inde pour rechercher des positions plus solides sur l'ancrage de leurs INDC". Mais pour la Fondation Nicolas Hulot (FNH), qui salue aussi l’avancée, les deux parties auraient cependant "pu aller plus loin sur la nécessité de réviser les premières contributions nationales avant 2020 à la lumière des progrès réalisés d'ici là" et les pays du G20 (principaux émetteurs) pourraient s'engager unilatéralement à une révision à la hausse de leurs INDC dès 2017.

 

Un pas vers les pays en développement

 

L’importance "politique" de l’adaptation - qui doit être "égale" à celle donnée à l'atténuation dans l'accord de Paris - et la nécessité "urgente" de renforcer le soutien international en faveur de tels plans dans les pays en développement et particulièrement les plus vulnérables, sont aussi mises en avant dans la déclaration. Un point qui est loin d’être anodin car c’est une demande récurrente des pays en développement, un groupe hétérogène (G77 auquel la Chine peut s’adjoindre) mais qui pèse dans les négociations comme on a pu le voir avec son coup de gueule lors de la dernière session de Bonn. Pour la FNH, la France, dont seulement une minorité des financements climat (9 %) bénéficient à ces pays, pourrait s'engager à ce qu'au moins 20 % de ses financements climats en 2020 soient des dons destinés à l'adaptation des pays les plus vulnérables, soit 1 milliard sur 5 milliards.

Sur la question du financement, la France et la Chine insistent sur le rôle des "financements verts et des investissements sobres en carbone". Elles s’engagent à prendre des initiatives communes en la matière, notamment en Afrique, où plus de 600 millions de personnes n'ont pas accès à l'électricité, et les petits pays insulaires, mais insistent aussi sur "le rôle crucial" des banques multilatérales de développement. Les deux pays s’engagent également à augmenter de façon substantielle leurs investissements publics dans la technologie de l'énergie à faible émission de carbone, la recherche, le développement et la démonstration (RD&D) d'ici 2020 en explorant les projets de coopération dans des domaines d'intérêt commun.

 

Une déclaration de "bonne augure" pour la COP21

 

La déclaration est enfin une opportunité de sceller une coopération climato-économique entre les deux pays. "La lutte contre le réchauffement climatique est un enjeu humanitaire - comment la planète pourra être préservée -, c'est aussi un enjeu économique considérable, ce qu'on appelle la croissance verte", a souligné François Hollande. Le président français est ainsi venu avec plus d’une quarantaine de chefs d’entreprises et a profité de sa visite pour assister à des forums économiques, comme le China entrepreneur club, qui réunit grands patrons et industriels ou le Sommet franco-chinois Economie et climat. Des accords plus spécifiques devraient aussi être signés sur la croissance verte. La déclaration commune annonce notamment le lancement d’un groupe de travail franco-chinois sur l’économie verte et sobre en carbone, destiné à renforcer le dialogue bilatéral et la coopération pratique sur les questions liées au climat et à l’énergie.

"Avec cette déclaration, nous avons posé les conditions qui nous permettent d'entrevoir un succès" a déclaré François Hollande. C’est aussi l’avis de plusieurs experts des négociations climatiques qui saluent une déclaration "de bonne augure pour la réussite de la COP21", comme la qualifie FNH ou de "pas en avant", comme le souligne le Réseau Action Climat.

"Il est encourageant de voir de nouveaux développements, et que la diplomatie nous pousse un petit pas en avant. De plus, avec sa récente baisse de la consommation du charbon et son développement croissant des énergies renouvelables, la Chine se positionne en tant que leader sur le changement climatique. Ceci est radicalement différent de Copenhague il y a six ans", souligne de son côté Li Shuo, conseiller politique sur le Climat chez Greenpeace. Avant d’ajouter un bémol : "Pour que Paris soit un succès, de bien plus grandes avances sont nécessaires. Les dirigeants chinois doivent réfléchir à ce qu’ils peuvent apporter de plus à Paris à la fin du mois".

Béatrice Héraud
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