Publié le 24 avril 2017

EMPREINTE TERRE

Climat : pourquoi les géants pétroliers soutiennent l'Accord de Paris

Des centaines d'entreprises américaines pressent Donald Trump de respecter les engagements pris par les Etats-Unis lors de la COP21. Parmi elles, des géants des énergies fossiles comme le pétrolier Exxon, le charbonnier Peabody ou encore le spécialiste du gaz naturel liquéfié Cheniere Energy. Tous y voient des opportunités économiques et redoutent de se retrouver isolés.

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SOMMAIRE

Les Etats-Unis de Donald Trump vont-ils rester dans l'Accord de Paris ? Cette question fait l'objet d'intenses tractations au sein de l'administration américaine entre les partisans du retrait pur et simple, tel qu'il a été promis par le candidat républicain, et ceux qui le poussent à faire finalement volte-face. Pour tenter de faire pencher la balance en faveur du maintien dans l'Accord de Paris, de plus en plus d'entreprises américaines se mobilisent. Au nom de leurs intérêts économiques à long terme.

 

Une pression des entreprises de plus en plus forte

 

Le Business Council for Sustainable Energy (BCSE), un groupement d'entreprises du secteur des énergies renouvelables, de l'efficacité énergétique et du gaz naturel, vient ainsi d'adresser une lettre au chef de la diplomatie Rex Tillerson pour lui demander de ne pas sortir des engagements signés lors de la COP21.

"L'Accord de Paris donne aux entreprises un cap à atteindre et le cadre sûr dont elles ont besoin pour faire des investissements d'avenir en matière d'innovation et d'infrastructure", a plaidé de son côté la coalition We Mean Business dans un message sur Twitter il y a quelques jours. Au total, depuis le mois de novembre dernier, un millier d'entreprises et d'investisseurs ont signé un appel en faveur d'une économie bas carbone baptisé Business Backs Low-Carbon USA. Parmi eux, des grands groupes tels que Starbucks, Tesla, Nike, Monsanto, Ikea, Unilever ou Kellogg.

Le danger à court terme pour les "créations d'emplois dans le secteur des énergies renouvelables et dans tous ceux liés à l'Accord de Paris" est réel, insiste Andrew Light, ancien conseiller de l’administration Obama, aujourd'hui expert du think-tank World Resources Institute. Le secteur des énergies renouvelables employait 800 000 Américains en 2016 et l'industrie solaire progresse à un rythme annuel de 25%.

A plus long terme, les experts estiment que les pays signataires de l'Accord de Paris devront investir entre 14 et 33 000 milliards de dollars pour atteindre les objectifs fixés en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Autant de marchés à conquérir. "Si les Etats-Unis deviennent un paria à l'écart du reste de la planète en se coupant de l'accord de Paris, ça aura un impact très fort à long terme sur la croissance américaine", résume Andrew Light.

 

Que veulent les géants des énergies fossiles ?

 

Mais parmi les entreprises qui appellent Donald Trump à rester dans l'Accord de Paris, une cohorte n'était pas attendue dans ce rôle-là : les géants américains des énergies fossiles. Le pétrolier Exxon Mobil (dont l'ancien PDG n'est autre que Rex Tillerson), les charbonniers Peabody et Cloud Peak ou encore le spécialiste du gaz naturel liquéfié Cheniere Energy se sont tous engagés sur le sujet. Au point de faire dire à Bernie Sanders, le démocrate le plus en pointe en matière d'environnement : "C'est pathétique de voir la plus grande entreprise pétrolière au monde comprendre mieux le changement climatique que le président".

S'agit-il pour ces compagnies d'une simple entreprise de green-washing ? Lisa Jacobson, la présidente du BCSE, n'y croit pas. Leur engagement "est intéressant et très utile. Il montre qu'il ne faut pas fuir l'Accord de Paris mais plutôt s'en emparer parce qu'il est assez flexible pour s'engager dans la transition vers une économie bas carbone", assure-t-elle.

 

Le gaz naturel, un champ d'opportunités

 

Le charbonnier Cloud Peak met ainsi en avant les perspectives de croissance liées à la technologie, controversée, de la capture du CO2 sur laquelle il mise. Et pour laquelle ses équipes de recherche ne veulent pas prendre de retard par rapport à leurs concurrents étrangers.

Le pétrolier Exxon, de son côté, estime que les Etats-Unis ont réussi à réduire leurs émissions en utilisant mieux le gaz naturel et insiste sur le fait que "ce succès peut être reproduit à l'échelle mondiale". Signe de cette bascule en cours du pétrole vers le gaz naturel, ce groupe vient de s'engager à investir la somme colossale de 10 milliards de dollars pour la construction au Texas d'une usine d'éthylène, un gaz produit industriellement à partir de l'éthane.

Parmi les entreprises des énergies fossiles, il faut distinguer celles "avec une vision étriquée et nationale qui continuent à penser que suivre le chemin tracé par l'Accord de Paris n'est pas dans leur intérêt. Et les multinationales qui commencent à comprendre que nous vivons dans un monde qui a déjà changé et qui veulent que tout le monde joue avec les mêmes règles du jeu", résume Andrew Light. Reste à savoir lesquelles convaincront finalement Donald Trump.

Fannie Rascle, à Washington
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