Publié le 12 octobre 2017

EMPREINTE TERRE

1 400 entreprises mondiales intègrent un prix du carbone

En quelques années seulement, le prix interne du carbone s’est imposé comme l’un des outils stratégiques de pilotage de la lutte contre le changement climatique dans les entreprises. C’est ce que l’on peut déduire d’une étude publiée ce 12 octobre par le CDP. 1 400 entreprises dans le monde utilisent déjà ou pensent intégrer prochainement cet indicateur.

Au niveau international, 607 entreprises ont déjà mis en place un prix interne sur leurs émissions de carbone et 782 le prévoient.

Kering, Danone, Total, Bic, Air Liquide ou Arkema… Bientôt Seb, Vinci, PSA, Pernod Ricard ou Axa… Voici une liste non exhaustive des entreprises françaises qui ont intégré ou prévoient d'intégrer, un prix interne du carbone. Elles sont près de 70 dans l’Hexagone et presque 1 400 dans le monde si l’on se base sur la nouvelle étude (1) du CDP, une association internationale d’investisseurs qui évalue les performances environnementales des grandes entreprises. Au niveau international, 607 entreprises ont déjà mis en place un prix interne sur leurs émissions de carbone et 782 le prévoient. Cela correspond à une multiplication par huit depuis quatre ans. 

Le secteur de l'énergie et les États-Unis en tête

L’outil est particulièrement prisé par le secteur de l’énergie où les trois quarts des entreprises sont déjà dans cette démarche. En France, Total, Engie et EDF l'ont déjà intégré à leur business. Vient ensuite le secteur des télécommunications où plus de la moitié des entreprises ont l’intention d’utiliser un prix du carbone dès 2019. En bas de classement, on trouve la santé et de la finance, même si les banques françaises Société Générale et BNP Paribas l’ont déjà intégré.

D'un point de vue géographique, les entreprises situées aux États-Unis, le Japon et la Chine sont particulièrement engagées dans cette démarche. Et une montée très forte de l’initiative est observée au Mexique (+69 % par rapport à 2016), en Chine (+40 %) et au Canada (+28 %).

Une évolution liée à la réglementation mais aussi à un mouvement plus global des acteurs économiques et financiers qui s’est accéléré depuis l’adoption de l’Accord de Paris sur le climat. Paul Simpson, le PDG du CDP, insiste notamment sur les recommandations du Groupe de travail sur les divulgations financières liées au climat du Financial Stability Board (la TFCD), les corridors de tarification du carbone et les cibles fondées sur la science (Initiative Science Based Targets) qui "favorisent la transparence, l'information et la gouvernance" et permettent "une meilleure gestion des risques et d'un suivi des progrès vers un monde bien inférieur à 2 degrés".

Un prix de la tonne qui varie de 1 à 900 dollars

Le prix du carbone présente en effet de nombreux atouts pour guider les entreprises dans leur transition vers une économie bas carbone. Il peut d’abord être utilisé pour stimuler les réductions d’émissions. C’est ce qui a amené LafargeHolcim ou Unilever à y venir.

Il permet aussi d’avoir une meilleure gestion du risque, en internalisant un prix - existant, attendu ou potentiel - du carbone, les entreprises peuvent mieux analyser leur exposition au risque lié à des réglementations qui affectent le coût du CO2. C’est par exemple la stratégie de LG Electronics et Volkswagen.

Enfin, intégrer un tel prix permet de mieux identifier les opportunités qui pourraient émerger avec la transition énergétique et donc, de prendre les décisions qui permettent de les saisir en orientant par exemple les investissements de R&D. C’est l’objectif affiché de Solvay ou d’AGL Energy.

Comme il s’agit d’une action volontaire, le prix varie cependant considérablement entre les différentes entreprises. Le CDP affiche une fourchette allant de 1 à 900 dollars la tonne, avec une prédominance de prix entre 10 et 50 dollars. Les économistes Nicholas Stern et Joseph Stiglitz qui ont publié un rapport sur le sujet, estiment que le prix du carbone nécessaire pour assurer les objectifs de l’Accord de Paris (soit une hausse de la température globale limitée à 2°C maximum à la fin du siècle) doit être compris entre 40 et 80 dollars en 2020 et entre 50 et 100 dollars la tonne en 2030.

Des risques pour les mauvais élèves

Actuellement, plus de 40 États et 25 gouvernements régionaux ont mis en place un prix du carbone s’appliquant aux entreprises. 15 % des émissions globales de gaz à effet de serre sont couvertes par une telle tarification. Pour le CDP, cette dynamique met en risque les entreprises n’ayant pas mis en place de prix interne du carbone : 500 à 800 entreprises seraient concernées.

Mais elle doit aussi alerter celles qui ont intégré un prix mais n’ont pas de vision à long terme : " seules 15 % des entreprises qui utilisent un prix du carbone pour tester leurs investissements prévoient les futures hausses des prix, ce qui pourrait inquiéter les investisseurs. Et très peu publient des prévisions au-delà de 2025 malgré le fait que la période de retour sur investissement des actifs de certains secteurs énergivores s’étend bien après cette période", s’inquiète ainsi le CDP.

Béatrice Héraud @beatriceheraud

(1) L’étude du CDP.


© 2017 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

Voir nos offres