Publié le 19 mai 2015

EMPREINTE TERRE

Climat : le prix du carbone au cœur de la climate week

La question du prix du carbone sera au cœur des discussions que vont avoir cette semaine les acteurs économiques du Business & Climate Summit, puis du Climate Finance Day. Sur la table depuis plus de dix ans, la monétarisation de la tonne de CO2 au niveau mondial et national, voire au sein des entreprises, connaît aujourd’hui un engouement sans précédent. Pour ses partisans, il s’agit de la meilleure façon d’intégrer le changement climatique dans les décisions des acteurs économiques.

Panorama mondial des prix du carbone en 2014.
CDC Climat

Donner un prix au carbone, c’est l’une des principales solutions préconisées par les acteurs économiques engagés dans la lutte contre le changement climatique. Si l’outil n’est pas nouveau, il fait cependant consensus, de manière  inattendue, depuis le Climate summit organisé en septembre dernier à New York. À la veille de ce dernier, une initiative de la Banque mondiale sur la tarification carbone avait été signée par plus de 74 pays, 23 collectivités locales et un millier d’entreprises et d’investisseurs, représentant 54% des émissions de gaz à effet de serre mondiales et 52% du PIB de la planète.

 

Un outil qui fait consensus…

 

Six mois plus tard, de grands patrons comme Gérard Mestrallet, PDG d’Engie (ex-GDF Suez), Peter Agnefjäll d’Ikea, Stuart Gulliver d’HSBC Holdings et bien d’autres, mais aussi des organisations patronales comme le Medef, ou des coalitions internationales d’entreprises telles que We mean Business se sont publiquement déclarés en faveur d’un prix du carbone. "Ce prix doit être prévisible et stable car pour investir, les entreprises ont besoin de visibilité", déclarait ainsi Jean-Pascal Tricoire, PDG de Schneider Electric et président du Global Compact France le 12 mai dernier dans un entretien accordé à l’Usine Nouvelle.

Autant dire que la question sera au cœur des débats de la Climate week qui se déroule cette semaine à Paris, car "Il permet aux entreprises de prendre des décisions dans le temps et de le faire de la manière la plus efficace", a expliqué à l’AFP Mark Kenber, PDG du Climate Group et organisateur de la Climate Week. On attend d’ailleurs une déclaration en ce sens à la fin du Business & Climate Summit qui va réunir à l’Unesco un millier de leaders économiques, investisseurs et décideurs politiques sur la façon de concilier activité économique et lutte contre le changement climatique.

 

… mais qui reste à définir

 

Cependant, si le fait de donner un prix au carbone fait consensus, le moyen de le faire reste l’objet d’intenses débats. Des débats bien loin d’être tranchés.

En théorie, les économistes de tous bords sont unanimes : le plus efficace est de donner un prix unique au carbone au niveau mondial. C’est notamment ce que préconisait dès 2009 le prix nobel d’économie Jean Tirole.

En pratique, "c’est un vrai puzzle", souligne Emilie Alberola, chef de pôle recherche - marché du carbone et des énergies - à CDC climat. Des initiatives éparses sont actuellement en cours, à diverses échelles. Des marchés carbone sont par exemple mis en place dans l’Union européenne, en Californie ou au Québec. D’autres sont testés dans plusieurs provinces chinoises, avant le lancement d’un marché national du carbone prévu pour 2016. Des taxes carbones existent déjà en Suède, en France ou au Mexique. D’autres devraient voir le jour en Afrique du Sud et au Chili.  Et des règlementations sectorielles sont en cours d’adoption aux États-Unis, notamment pour limiter les émissions de GES des centrales électriques (Clean Power Plan).

Des entreprises pionnières ont même adopté un prix du carbone interne. En 2014, le CDP en comptabilisait 150 dans le monde, avec des tarifs variant quasiment du simple au centuple : entre 6 et 7 dollars la tonne de CO2 chez Microsoft à 324 dollars chez Pennon group, une entreprise britannique de traitement des eaux et des déchets, en passant par 60 à 80 dollars la tonne chez Exxon Mobil.

En France, l’initiative Carbon value for business portée par plusieurs organisations (comme l’Institut RSE, Ecovadis, CDC Climat, Carbone 4, Des enjeux et des hommes, etc) entend aider les entreprises à suivre cet exemple avec un site internet à vocation pédagogique et opérationnelle. L’enjeu est de taille pour les entreprises, selon Patrick d’Humières, président de l’Institut RSE. Car "la mise en place d’un prix du carbone interne permet à l’entreprise de prendre en compte le coût de ses émissions dans ses décisions et de tendre vers la décarbonation. C’est aussi une anticipation bienvenue aux règlementations futures, qui permettra aux entreprises pionnières de rester compétitives", estime-t-il.

"Je ne suis pas sûr que les acteurs du marché soient suffisamment matures pour fixer un prix du carbone durable" nuance de son côté Philippe Germa, président du WWF.  Car pour l’ONG, ce prix ne peut être que "très élevé".

Ce qui est certain, c’est que "les prix du carbone interne aux entreprises constituent des 'options' sur un futur prix du carbone. Sans engagement politique, leur approche sera limitée", souligne Emilie Alberola.  Seulement, un accord des 196 parties de la Convention sur le climat lors de la COP21 de Paris reste plus que difficile, et son inscription dans le texte officiel des États largement utopique. Si inscription de ce principe il y a, ce sera dans l’Agenda des solutions qui regroupe les initiatives volontaire des acteurs économiques, des collectivités locales et de la société civile. C’est tout l’enjeu de cette semaine.

Béatrice Héraud
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