Publié le 19 mai 2015

EMPREINTE TERRE

Climat : le Canada s’engage a minima sur ses réductions d’émissions de gaz à effet de serre

Dans la lutte contre le changement climatique, le Canada traîne les pieds. Vendredi 15 mai, le gouvernement conservateur du pays a publié ses objectifs de réduction de gaz à effet de serre. D’ici 2030, Ottawa s’engage à réduire ses émissions de 30 % par rapport à 2005. Des promesses décevantes. Explications.


Ian Willms / Getty images North America / AFP

Le Canada est le 38e pays à présenter sa contribution à la lutte contre le réchauffement climatique. Le pays s’est engagé, vendredi 15 mai, à diminuer de 30 % ses émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2030, par rapport à 2005.

Pour y parvenir, le Canada souhaite encadrer de manière plus rigoureuse les émissions de méthane. À ce jour en effet, il n'existe aucune restriction pour ce gaz aux effets réchauffant 25 fois plus important que celui du CO2, et dont les principaux émetteurs de méthane sont les secteurs gaziers et pétroliers.

Le gouvernement fédéral veut également réduire les émissions des centrales électriques alimentées au gaz naturel, ainsi que celles du secteur de produits chimiques et des engrais azotés. Des objectifs  jugés "honnête et ambitieux" par Léona Aglukkaq, la ministre canadienne de l’environnement.

 

Une crédibilité en berne

 

Mais son optimisme est à tempérer, au regard de l’absence de normes réellement coercitives imposées par exemple à l’industrie des sables bitumineux, extrêmement émettrice. Pour justifier son choix, le gouvernement canadien avance le fait que le secteur est déjà fortement impacté par la baisse du prix du baril. Il reste cependant subventionné à hauteur de 1,5 milliards de dollars par le gouvernement fédéral selon l’un des cofondateurs de l’ONG Equiterre, cité par le Monde

La contribution canadienne est également décevante au regard de l’engagement des États-Unis. Les objectifs de Washington sont de fait quasiment les mêmes, mais les USA prévoient de les atteindre dès 2025, soit 5 ans d’avance par rapport à Ottawa.

Il faut également rappeler que le Canada est l’un des pays les plus émetteurs en moyenne par habitant : 14,7 tonnes de CO2 par canadien en 2010, selon la Banque mondiale.

Les engagements du Canada sont également observés avec suspicion par la communauté internationale. Car le pays n’a pour l’instant pas manifesté une grande ardeur dans la lutte contre le changement climatique. Selon les chiffres officiels publiés par le gouvernement au mois d’avril, ses émissions ont progressé de 20 % par rapport à 2005 !

 

Une opposition qui s’organise

 

À l’annonce de la contribution canadienne à la COP21, les organisations non-gouvernementales ont tancé le gouvernement canadien. De manière collective, elles estiment largement insuffisant les efforts consentis par le gouvernement. Avec "la contribution la plus faible du G7", le Canada est ainsi présenté comme le cancre du climat" par l’ONG Environnemental Defence. Car selon cette dernière, la réduction ne représente en fait qu’une baisse de 14 % par rapport aux émissions de 1990, année de référence pour le protocole de Kyoto. Un protocole dont le Canada s'est retiré en 2011.

Le mécontentement gagne aussi les provinces, qui avaient appelé le gouvernement central à ouvrir un vrai dialogue avant que la contribution nationale ne soit rendue publique. En vain. À l’exception de l’Alberta, qui héberge les principales exploitations de sables bitumineux, les provinces canadiennes sont nettement plus ambitieuses que le gouvernement fédéral dans le domaine environnemental.

À titre d’exemple, l’Ontario s’est fixé un objectif de réduction de 37 % de ses gaz à effet de serre d’ici 2030 par rapport à 1990. Il a également mis en place un système d’échanges de quotas de GES.

Antonin Amado
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