Publié le 09 mars 2015

EMPREINTE TERRE

Climat : L’Union européenne présente une contribution sans surprise

Et de deux. Après la Suisse, c’est au tour de l’Union européenne de présenter officiellement ses engagements en termes de lutte contre le changement climatique pour la conférence de Paris sur le climat. Mais celle-ci se cantonne aux objectifs déjà affichés il y a quelques mois dans le Paquet énergie-climat, ce qui déçoit les ONG environnementales.

Le commissaire européen au climat et à l’énergie, Miguel Arias Canete.
Union Européenne

Émettrice de 9% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, l’Union européenne vient de publier sa contribution officielle à la lutte contre le changement climatique. C’est la deuxième partie à le faire après la Suisse.

 

Réduire les émissions de GES à 6 tonnes par habitant d’ici 2030

 

Sans surprise, puisqu’elle reprend dans les grandes lignes les axes de son Paquet énergie-climat 2030 publié en octobre dernier, l’Union européenne y prend l’engagement de réduire ses émissions domestiques d’au moins 40% d’ici 2030 par rapport à 1990.

"Cela représente une progression significative par rapport à son engagement actuel de réduction de 20% de ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020 par rapport à 1990 (avec compensation)" et  permettra à l’Union européenne "d’être en ligne avec son objectif de réduire ses émissions de 80 à 95% d’ici 2050", est-il mentionné dans la contribution.

Avec cet engagement, l’UE espère faire tomber le nombre de tonnes de gaz à effet de serre émises par chaque Européen à 6 tonnes équivalent CO2 par an en 2030, contre 12 tonnes en 1990.

L’ensemble des pans de l’économie sera mis à contribution. Les secteurs industriels et énergétiques bien sûr, mais aussi les déchets, l’agriculture, la forêt et les changements d’usage des terres "dès que les conditions techniques le permettront et dans tous les cas avant 2020".

 

Une contribution qui laisse les ONG sur leur faim

 

Pour le RAC (Réseau Action climat) qui réunit les grandes associations environnementales sur la question climatique, cette contribution ne peut toutefois être considérée que comme "un premier pas". Notamment parce que "la contribution adoptée par les ministres européens maintient le flou sur plusieurs points". Exemple concret : aux yeux du RAC, l’inclusion des forêts dans le périmètre des 40 % de réduction n’est pas forcément une bonne nouvelle, car il reste beaucoup de biais méthodologique sur la mesure de la séquestration du carbone.

"En l’état, nous craignons donc que cela serve surtout à réduire les efforts des autres secteurs", affirme ainsi Célia Gautier, responsable des politiques européennes pour le RAC. "Même flou sur la question de l’exclusion des crédits carbone issus des marchés internationaux, des engagements financiers de l’Europe vis-à-vis des pays pauvres ou encore de l’adaptation au changement climatique", regrette en outre le RAC. Car c’est autant de place laissée à la négociation entre États, loin d’être sur la même longueur d’onde sur tous ces sujets complexes.

Mais l'enjeu va au-delà de la propre contribution de l’UE, car selon le RAC, "L’Europe ne devrait pas sous-estimer sa capacité à entraîner d’autres pays dans la course de Paris".

 

Des contributions à remettre au plus vite

 

Pour la Conférence de Paris sur le climat, l’ensemble des 196 parties ou États participants à la CCNUCC (Convention cadre des Nations Unies sur le changement climatique) doivent en effet publier ce que l’on appelle dans le jargon onusien leur "contribution prévue déterminée au niveau national" ("intended nationally determined contribution" ou INDC, en anglais), soit leur feuille de route pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, et éventuellement leur politique d’adaptation au changement climatique.

Ces contributions sont fixées au niveau national, mais l’Europe constitue une exception. Comme l’UE négocie au nom de ses 28 États membres dans le cadre de la CCNUCC, c’est tout naturellement qu’elle présente une contribution commune (sans préciser la répartition nationale de la charge).

C’est donc ce qu’elle a fait ce 6 mars, après validation par le Conseil des ministres de l’Environnement des 28. Rien n’empêche ensuite les différents États membres de faire état de leur engagement propre (il ne s’agira pas d’une INDC au sens stricte), mais à ce jour seule la France, hôte de la prochaine COP, a fait connaître son intention de communiquer sur sa propre stratégie.

 

Date souhaitée de publication : "si possible avant le premier trimestre 2015"

"J’appelle tous les pays à présenter leur contribution dès que possible, afin de disposer d’une vision partagée des objectifs respectifs de toutes les parties en amont de la COP21 à Paris", a ainsi déclaré le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius, suite à la présentation de la contribution européenne.

"Ce sera un élément important pour évaluer l’impact collectif des objectifs nationaux au regard de l’objectif général de limitation du réchauffement climatique à deux degrés. Ce sera aussi très utile pour apprécier la portée de l’impératif d‘adaptation aux impacts du dérèglement climatique, notamment dans les pays les plus vulnérables", a-t-il poursuivi.

Dans les faits, les contributions devraient s’étaler jusqu’à octobre au moins. D’ici le 31 mars, on attend celles de la Chine et des USA, mais c’est sans doute en juillet que l’on aura une idée vraiment précise des contributions les plus importantes. Resteront ensuite celles des pays les plus pauvres… et des plus récalcitrants, qui pourraient présenter leur engagement à la toute fin de l’année.

Béatrice Héraud
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