Publié le 14 novembre 2017

EMPREINTE TERRE

Prévenir des conflits en orientant une partie des budgets militaires vers l’adaptation au changement climatique

Une étude du WWF France appelle les États à affecter une partie de leurs budgets militaires à l’adaptation au changement climatique dans les pays en développement. Une façon d’investir dans la paix alors que le lien entre climat et conflits n’est plus à démontrer. Sans quoi, des tensions passagères pourraient bien devenir des conflits permanents, alerte l’ONG. 

La Thaïlande a connu, en 2011, de très fortes inondations qui ont provoqué de nombreux conflits entre les populations et contre le gouvernement sur les distributions inégalitaires de ressources.

22,5 milliards de dollars ont été consacrés à l’adaptation au changement climatique dans les pays en développement en 2014. Soit 1,4 % des dépenses militaires mondiales cette même année. Alors que ces dernières vont continuer à grimper – pour atteindre 2 % du PIB par exemple dans les pays de l’Otan – le WWF France appelle à flécher une partie de ces dépenses vers l’adaptation. "Des investissements pour la paix", précise le rapport (1) de l’ONG publié mardi 14 novembre.  

Une récente étude de l’ONU Environnement a évalué les besoins de financement de l’adaptation aux conséquences du dérèglement climatique entre 140 et 300 milliards d’ici 2030 et entre 280 et 500 milliards d’ici 2050. On est donc très loin du compte. "Cela traduit une conscience insuffisante de la relation soutenabilité-stabilité-sécurité chez les décideurs internationaux. Pourtant, ces dépenses sont une condition nécessaire à la stabilité du monde. Le dérèglement du climat et ses conséquences environnementales doivent être considérés comme un risque stratégique à part entière par les institutions de défense", assurent les auteurs. Selon leurs estimations, il faudrait investir 10 milliards de dollars supplémentaires chaque année.   

"Dès lors, il est légitime d’inciter les gouvernements à orienter une partie des dépenses de sécurité vers le financement de l’adaptation. En plus d’être une nécessité, financer l’adaptation est une véritable opportunité puisqu’en assurant davantage de soutenabilité, on œuvre pour plus de stabilité et de sécurité", écrivent les experts.  

Former les diplomates  

Le WWF défend aussi l’idée de former les personnels des institutions militaires et diplomatiques nationales à la relation entre soutenabilité, sécurité et stabilité. L’ONG propose ainsi que ces enjeux soient enseignés de manière obligatoire dans les écoles militaires et les formations des hauts cadres de la diplomatie.

En Allemagne par exemple, des réunions d’information à destination des fonctionnaires des ambassades et autres représentants à l’étranger pour sensibiliser au débat sur les questions de climat et de sécurité. En France, en amont de la COP21, des formations d’une journée ont été organisées pour les diplomates partant en poste. "Au total, on a recensé environ 1 000 opérations de formation et de communication en amont de la COP21 dans le réseau diplomatique français", précise le WWF France.  

Des stress-tests sur les risques de conflits    

Parmi les autres recommandations, l’intégration systématique d’experts des enjeux environnementaux dans les équipes d’analystes des crises au sein des chancelleries et ministères de la défense. Le Ministère des affaires étrangères anglais dispose ainsi d’un représentant spécial pour le dérèglement climatique. Le WWF plaide également pour l’organisation de stress tests simulant l’évolution de la conflictualité potentielle région par région dans un monde à 1,5, 2, 3 et 4 °C de réchauffement.

La France s’est justement dotée en début d’année d’un Observatoire géopolitique des enjeux des changements climatiques en termes de sécurité et de défense. Hébergé au sein de l’Iris (Institut de relations internationales et stratégiques), il est financé par le ministère de la Défense pour une durée de quatre ans. L’objectif est d’élaborer, par région, une typologie des crises susceptibles d’émerger en fonction des différents scénarii de réchauffement climatique.

"Sans une préparation efficace aux conséquences à venir du dérèglement du climat, les répercussions en termes de conflictualité seront dévastatrices, conclut le WWF France dans son rapport. Cette dimension est centrale puisqu’une mauvaise préparation des institutions supposées assurer la sécurité peut transformer des tensions passagères en conflits permanents. Au contraire, la réactivité et la capacité d’intervention des institutions en cas de déstabilisation d’une région sont des facteurs de résilience". "Les risques sont en effet majeurs. Il est clair que le dérèglement climatique est et sera aussi un dérèglement sécuritaire", insiste pour sa part Laurent Fabius, ancien Président de la COP21, en postface du document.    

Concepcion Alvarez @conce1

(1) Rapport du WWF France


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