Publié le 28 août 2015

EMPREINTE TERRE

Aux États-Unis, 10 ans après Katrina, la renaissance "durable" de la Nouvelle-Orléans

Le 29 août 2005, l'un des ouragans les plus puissants de l'histoire américaine s'abat sur La Nouvelle-Orléans. Bilan : plus de 1 800 victimes et plus de 150 milliards de dollars de dégâts. Sur les ruines de cette catastrophe, une nouvelle génération d'entrepreneurs est née. Elle se situe désormais à la pointe sur l'engagement en faveur du développement durable aux États-Unis.

10 ans après le passage de l'ouragan Katrina, la Nouvelle-Orléans s'est reconstruite de manière écologique et durable, à l'image de ces habitations sur pilotis.
Rod Lamkey / AFP

Sarah Mack n'a pas oublié ce 29 août 2005, le jour où Katrina a frappé La Nouvelle-Orléans. Elle avait 28 ans, elle travaillait comme consultante technique pour un fournisseur d'eau. "Juste après l'ouragan, c'était un tel chaos qu'on ne savait pas par où commencer. Et j'ai été désignée pour gérer cette situation d'urgence. Il s'agissait de remettre en route l'approvisionnement en eau potable de la ville", raconte-t-elle. Dix ans après, elle le reconnaît : "Cette catastrophe a complètement transformé ma façon de voir les choses".

Dans la foulée, elle a créé sa propre entreprise, Tierra Resources. Sa spécialité : préserver les écosystèmes humides côtiers, avec un système innovant de plantation par avion et un mécanisme de financement taillé pour les entreprises qui veulent compenser leurs émissions de CO2. Sarah Mack compte parmi les entrepreneurs qui font aujourd'hui de La Nouvelle-Orléans une ville pilote en matière de développement durable.

 

Une population qui se mobilise

 

Après le passage de l'ouragan, La Nouvelle-Orléans est à genoux. On dénombre plus de 1 800 victimes, plus de 100 000 sans-abris, 80 % du territoire de la ville est inondé et les dégâts sont aujourd'hui chiffrés à plus de 150 milliards de dollars. Mais "une des choses qui m'a frappée après l'ouragan, c'est l'énergie des habitants", raconte Andrea Chen, une ancienne professeure qui a lancé Propeller, un incubateur d'entreprises socialement responsables.

"Ils prenaient les choses en main parce qu'ils n'avaient pas d'autres choix. Des enseignants, des agents immobiliers, des artistes ont créé des entreprises pour remettre la ville en état. Et dix ans après, cette énergie est toujours là. Nous avons de plus en plus d'entrepreneurs qui participent à nos programmes d'accélérateur d'activité, ou qui veulent intégrer notre espace de co-working", détaille-t-elle.

Parmi les succès les plus frappants, celui de PosiGen, spécialiste de l'installation de panneaux solaires chez les particuliers, qui compte désormais 165 employés et plus de 7 000 clients. Ce groupe vient de décrocher l'appel d'offres pour la construction d'un toit solaire sur l'Hôtel de ville de La Nouvelle-Orléans. Autre exemple de réussite : Green Coast Enterprises, un promoteur immobilier qui s'est spécialisé dans la construction d'immeubles à basse consommation d'énergie, dans cette région particulièrement chaude et humide des États-Unis. Depuis 2007, il a généré 150 millions de dollars d'investissement.

 

Des pouvoirs publics engagés

 

Ce succès tient aussi à un coup de pouce des pouvoirs publics. Après la catastrophe, l'État de Louisiane et la ville de La Nouvelle-Orléans ont mis en place des programmes incitatifs et accordé des avantages fiscaux pour faciliter la création de nouvelles entreprises. On estime que 10 000 jeunes entrepreneurs ont mis le cap vers cette région, attirés par ce terreau fertile. Le rythme de création d'entreprises à La Nouvelle-Orléans est désormais 64 % plus élevé que dans le reste des États-Unis.

Cette vitalité n'a cependant pas permis de gommer les inégalités. C'est même un défi qui reste à relever pour Andrea Chen, de l'incubateur Propeller : "Il y a encore de grandes opportunités pour créer plus d'emplois verts. Mais nous devons faire vraiment attention à l'équité. Beaucoup de minorités, notamment des hommes noirs, sont encore au chômage".

Parmi toutes les entreprises qui se revendiquent du développement durable, reste aussi à séparer le bon grain de l'ivraie. Les initiatives de certification et de reporting de l'impact social et environnemental sont encore très limitées.

Alors qu'il est en pleine tournée de sensibilisation avant la COP 21, la conférence sur le climat organisée à Paris à la fin de l'année, Barack Obama a choisi de faire étape à La Nouvelle-Orléans. "On a tous vécu les rues inondées. Le changement climatique, il faut qu'on le prenne en compte, c'est une question de survie", confirme Andrea Chen.

Avec une philosophie nouvelle qui tient en un mot, un leitmotiv plein d'optimisme comme les Américains les adorent : "résilience". Ou comment trouver la force, après une épreuve, de se reconstruire.

Fannie Rascle, correspondante à Washington
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